samedi 2 février 2008

insécurité de la sécurité

En France, le discours ambiant de la première décennie du vingt et unième siècle est pétri de considérations sur la sécurité.

La Mission linguistique francophone constate qu'il en résulte des dérives lexicales malencontreuses. Si le vif succès du mot "insécurité" n'appelle pas de mise en garde, il n'en va pas de même pour emploi fautif des barbarismes "sécuriser", "sécurisé" et "sécurisation", actuellement omniprésents dans le vocabulaire des professionnels de la langue, et par suite, du public.

Les choses ne sont plus sûres, elles sont sécurisées.
Les biens et les personnes ne sont plus en sécurité, ils sont sécurisés.
Les inquiets ne sont plus rassurés, ils sont sécurisés.
Les faibles ne sont plus protégés, ils sont sécurisés.
Les périmètres dangereux pour notre sécurité ne sont plus interdits ni bouclés, ils sont sécurisés.
Les champs de mines ne sont plus déminés, ils sont sécurisés.
Les falaises, les voûtes, les murets qui menacent de s'écrouler ne sont plus consolidés ni étayés, ils sont sécurisés.
Les villes assiégées ne sont plus envahies ni conquises ni prises ni même défendues, comme elles l'étaient jadis ; les correspondants de guerre nous disent qu'elles sont maintenant "sécurisées" par l'assaillant - ou sécurisées par l'assiégé s'il se défend bien.

Bref, "Sécurisé/sécuriser" peuvent signifier tout et son contraire.

Mais cette vacuité de sens n'est pas leur moindre défaut. La Mission linguistique francophone rappelle que "sécuriser" et "sécurisé" sont des barbarismes dérivés d'une mauvaise traduction du verbe anglais "to secure" [signifiant "assurer", "rassurer", "rendre sûr", "garantir"].

Paradoxe ultime : aussi présent qu'il soit sous divers aspects déformés, le mot sécurité lui-même perd sa vigueur de jour en jour et vit dans la plus grande insécurité, menacé de disparition sous les coups lourds et gauches du barbarisme "sécurisation" (sic) - un synonyme illégitime dont abusent rédacteurs et locuteurs professionnels, tous secteurs confondus - organismes officiels compris.

Conclusion : "sécuriser", "sécurisé" et "sécurisation" sont à proscrire activement. La langue française dispose de tous les mots voulus et n'a nul besoin de ces néologismes parasites au sens vague, à l'origine défectueuse, nuisibles à sa clarté et à sa cohérence.

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