jeudi 13 mars 2008

dédier

L'action décrite par le verbe dédier possède toujours en français une valeur d'hommage. Dédier une sonate à sa bien-aimée, c'est lui faire symboliquement don de cette composition pour louer ses sublimes qualités.

Dédier n'a aucun autre sens en français - hormis les sens erronés qu'on tend à lui donner depuis une génération sous l'influence de mauvais traducteurs de l'anglais technique.

Dédier une conférence à Beethoven, c'est honorer la mémoire de Beethoven par le contenu de cette conférence. Ce n'est pas consacrer une conférence à Beethoven : pour cela, on dira que l'on donne une conférence sur Beethoven. On peut aussi donner une conférence sur la surdité, et la dédier à Beethoven ; c'est-à-dire rendre hommage au passage à l'héroïsme de Beethoven face à ce handicap, bien qu'il ne soit pas le sujet de la conférence.

Hélas, cette claire et forte singularité de sens, que personne n'ignorait au siècle dernier, tend à se perdre dans l'esprit des professionnels de la communication. Ils propagent dans le public des titres comme "site internet dédié aux étudiants en droit", alors qu'un tel site est en fait destiné aux étudiants en droit, voire réservé aux étudiants en droit. Mais certainement pas "dédié" à ces braves potaches, c'est-à-dire destiné à leur rendre hommage tout en traitant d'autre chose !

Certains dictionnaires ne craignent pourtant pas d'entériner cette bévue, sans la mise en garde qui s'impose : l'usage de dédié au sens de destiné, consacré ou réservé est défectueux car il appauvrit le sens et l'obscurcit ; cette impropriété de terme s'est infiltrée dans la langue française au gré de mauvaises traductions du faux-ami anglais to dedicate, qui signifie consacrer, réserver, destiner, (se) dévouer, affecter, allouer, et parfois dédier au sens propre.

Nous dédions cet rappel aux traducteurs compétents qui ne se sont jamais laissé piéger par le faux ami anglais to dedicate ; et nous l'adressons à quiconque croit que dédier signifie autre chose que rendre hommage.

1 commentaire:

Raphael Durand a dit…
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