mercredi 24 septembre 2008

on renseigne un touriste égaré mais on ne renseigne pas un formulaire

On lit de plus en plus souvent cette injonction : "Renseignez le questionnaire". Dans la langue dénaturée que pratiquent certaines administrations, cela signifie qu'il faut fournir les renseignements demandés. Dans le français spontané des francophones que ces énormités n'ont pas encore désorientés, on renseigne des touristes égarés mais on remplit un formulaire (ou une fiche, une case, un questionnaire, etc).
On lit aussi, de telles recommandations : "dans la première case, renseignez votre nom" (sic). La Mission linguistique francophone rappelle à ces rédacteurs administratifs en déroute - à qui il manque sans doute plus d'une case - qu'on indique son nom, on ne le "renseigne" pas. C'est la personne à qui vous indiquez votre nom que vous renseignez... Et non le questionnaire ni la case.

Dans le même esprit, il existe depuis peu une tendance à porter dans les cases non remplies d'un formulaire la mention "Non renseigné" au lieu de "Néant" ou "NC" ("Non communiqué") ou "Sans objet" ou NSP ("Ne sait pas") ou "À remplir". Cette tendance est absurde, pour les raisons expliquées ci-avant. Vous voilà renseignés.

[Cette publication est la réédition d'un article déjà paru sous la plume de Miss MLF début 2008.]
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jeudi 4 septembre 2008

patients, parents et clients


Depuis trois ou quatre ans, le substantif clientèle connaît une vogue écrasante dans la langue commerciale. Au point d'être utilisé comme adjectif. Ce qu'il n'est pas. Ainsi les responsables commerciaux tendent-ils à se présenter massivement comme "responsable clientèle".

La Mission linguistique francophone avait pronostiqué que cette vogue aurait des répercussions dans des domaines voisins. C'est chose faite. Le suivisme a bien été au rendez-vous dans le domaine des affaires médicales et hospitalières. Sur le modèle de clientèle, le mot patientèle y a été forgé.

Des médecins négocient depuis peu la cession de leur cabinet et de sa patientèle. Les imitant, l'hôpital des Quinze-Vingts à Paris, centre national d'ophtalmologie, s'est fièrement doté d'une Direction de la patientèle. Et ce, sans attendre le feu vert de l'Académie française, comme si les hôpitaux de l'Assistance publique étaient libérés de l'obligation légale de communiquer en langue française.

De fait, le néologisme patientèle ne présente aucun danger pour la santé de la langue française, aussi longtemps qu'il ne sera pas utilisé comme adjectif ni construit par parataxe [c'est-à-dire par suppression des mots de liaison syntaxique], à l'instar de clientèle, maltraité par les professionnels du commerce et du marketing ["avantages clientèle" au lieu de avantages pour la clientèle ou avantage commercial ; ou plus simplement ristourne, rabais, remise, etc]. Des tournures comme "responsable patientèle" [1] ou "avantage patientèle" ou "parking patientèle" [2] devront donc être bannies. À cette condition, les francophones peuvent saluer la naissance d'un mot nouveau qui s'inscrit dans la lignée des substantifs parentèle et clientèle.

Mais l'emploi du pluriel patients reste fortement conseillé par préférence à patientèle, empreint de préciosité et de pédanterie sectorielle.

[1] Les intitulés corrects sont ici "responsable des relations avec les patients" ou "responsable de la patientèle".
[2] L'inscription correcte est ici "parking réservé aux patients" ou "stationnement des patients" ; ou s'il faut être plus concis "patients", tout court, bien entendu, éventuellement accompagné du P blanc sur fond bleu marine, symbole international des emplacements de stationnement.

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