mercredi 17 octobre 2007

les trois jalousies

Elle n'était plus de première jeunesse, mais toujours de première joliesse. Son amant l'adorait telle que l'âge l'avait faite. Hélas, selon le proverbe italien rapporté par Stendhal dans De l'amour : "Femme que jeunesse quitte, d'un rien se pique"... La jalousie de la dame était donc extrême.

Mais de quelle jalousie parlons-nous ? Le français, comme beaucoup de langues, ne dispose que d'un mot pour trois sentiments distincts. Voilà un terrain de jeu pour les mordus de néologismes. Ceux qui s'égarent souvent à encombrer la langue de création inutiles quand des mots clairs et distincts existent. Tandis que la jalousie n'est pas claire, et nous manquons de mots pour l'exprimer finement.

La femme qui est jalouse d'une inconnue parée de bijoux sublimes mais qui n'est pas sa rivale sentimentale n'éprouve pas le même sentiment que la femme trompée qui en conçoit de la jalousie. Et celle-là n'est pas exactement dans le même état d'esprit que la femme indûment jalouse d'un amant fidèle, auquel elle prête des attirances chimériques ou révolues. Et que dire de la distinction entre une jalousie virulente, exprimée avec force, et une jalousie muselée avec amour ? Les peuples qui vivent dans la neige éternelle ont vingt noms, paraît-il, pour exprimer les nuances de blanc. Le Français, querelleur et galant à la fois, très porté sur les choses de l'amour et toujours prêt à les accomplir avec art, pourrait bien avoir trois ou quatre mots pour ses jalousies, galantes ou non...

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1 commentaire:

Anonyme a dit…

"La jalousie se nourrit de tout, et d'abord de sa déraison érigée en logique". Votre site est de grande qualité. Merci. Charlotte