lundi 12 janvier 2009

littéralement


Souvent prompts à copier les uns sur les autres, les journalistes font comme un seul homme un emploi inadéquat de l'adverbe "littéralement".

Cet adverbe signifie "à la lettre", et par extension "mot pour mot". En matière de traduction, c'est l'adverbe qui évoque une traduction littérale. C'est-à-dire, une traduction qui ne se soucie pas d'adapter ses termes aux usages culturels de la langue cible (la langue vers laquelle on traduit), mais s'en tient à rendre compte mot à mot et non mot pour mot, des termes employés dans la langue source (la langue à partir de laquelle on traduit). Par exemple : "Tu es tard ; n'est-tu pas ?" est la traduction littérale, mot à mot, de "You are late ; aren't you ?" qui devra être adaptée ainsi à la culture francophone :"Tu es en retard, n'est-ce pas ?" ou "Tu es en retard, non ?"

La presse a souvent abusé des termes "traduction littérale" pour qualifier au contraire une traduction non littérale - laquelle est souvent une meilleure traduction, au demeurant. Ainsi, l'intention louable d'intéresser le public au sens du mot anglais skinhead nous a-t-elle invariablement valu cette précision journalistique, répétée mécaniquement : "littéralement, crâne rasé", alors que skinhead signifie littéralement "tête de peau"... Expression imagée dont le sens non littéral est effectivement crâne rasé.

Il en va de même avec l'affaire des blagues de potache du Prince Harry, entachées d'un parfum de xénophobie (et non de racisme, puisque les Pakistanais sont des blancs comme lui). Le prince britannique a "chambré" un de ses camarades de chambrée, accoutré selon lui comme un "raghead". Ce terme argotique désigne un porteur de turban. Mais c'est bien à tort que la presse nous ressasse que raghead signifierait "littéralement : enturbanné", car raghead signifie littéralement "tête de chiffon". Par allusion - d'une inélégance peu princière - au port habituel d'un voile ou d'un turban.

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