vendredi 9 juillet 2010

le masculin ne l'emporte pas (en paradis)

Sur leur site Internet, voici plusieurs années déjà, les correcteurs du quotidien français Le Monde lançaient un concours d'idées concernant l'invention d'un nouveau pronom personnel pour les pluriels mixtes, afin d'en finir avec la fameuse règle grammaticale maladroitement formulée, selon laquelle ce serait "le masculin qui l'emporte" quand un pluriel mêle des sujets féminins et masculins.

La solution est peut-être une convention de style, plutôt qu'une création lexicale.

Dans le cas de ces pluriels mixtes, on pourrait décider d'employer "eux" à la place de "ils". Si ils évoque trop foncièrement il pour être supportable à certains féminismes sourcilleux, on ne peut pas faire le même reproche au pronom eux, qui ne sonne ni comme ils ni comme elles, et qui se montre donc nettement plus impartial. "Je pars avec eux" s'est déjà imposé depuis des siècles pour exprimer le fait que l'on parte avec ses amis, femmes et hommes, garçons et filles, à tel point qu'il serait saugrenu de dire : "Je pars avec ils"! De même, décidant que le seul pronom pluriel mixte est désormais "eux", on pourrait prendre l'habitude de dire "eux n'en veulent pas", ce qui est objectivement plus neutre que "ils n'en veulent pas" ou "elles n'en veulent pas". À propos de l'exemple cité par les correcteurs du journal Le Monde, concernant cinq infirmières et un médecin accusés à tort "d'un crime qu'ils n'ont pu commettre", on pourrait parler "d'un crime qu'eux n'ont pu commettre".

Avant que cette recommandation toute simple de la Mission linguistique francophone entre dans les mœurs avec l'aide du journal Le Monde, il faudrait surtout cesser d'énoncer si faussement dans les écoles la règle de grammaire en question, et ne plus affirmer que "le masculin l'emporte" - ce qui est objectivement inexact. La formulation juste serait : "tout pluriel mixte devient neutre",  que ce neutre soit d'apparence masculine ou féminine (1).

Ce sera l'occasion de clarifier la notion de genres en français, et d'y enseigner l'existence de quatre genres et non deux :

- le genre féminin
- le genre masculin
- le genre neutre
- le genre mixte

Le genre neutre est tantôt homonyme du genre féminin ("une personne", "une passion", "une victoire"), tantôt homonyme du genre masculin ("un canon", "un destin", "un espoir"). Le genre mixte, toujours pluriel par essence [sinon, où serait la mixité ?], est homonyme du genre masculin pluriel ("ils sont mariés"). Ce qui, par réciprocité, indique que le genre masculin est plus neutre que le genre féminin. Ainsi, le féminin n'est-il nullement dévalorisé ; il est au contraire reconnu comme plus affirmé que le genre masculin. Qui cela peut-il offenser ?

(1) "Toutes les personnes présentes sont venues de leur plein gré" est un bon contre-exemple de pluriel dans lequel "le féminin l'emporte" et non le masculin, tout comme les célébrités et leurs victimes sont convoquées au tribunal : quel que soit le sexe ou le genre des célébrités comme des victimes, le féminin l'emporte. Ou plus exactement, le neutre de forme féminine.

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4 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est plus qu'ingénieux, c'est lumin-EUX !

Dico Tommy

Anonyme a dit…

"eux" s'oppose à "elles" comme "ils" à "elles" (je me dévoue pour le rappeler !)
tant qu'à faire,pourquoi pas "on" ?

Anonyme a dit…

Vous avez dû mal nous lire : nous soulignons que "eux" n'est pas homophone de "il", contrairement à "ils". Donc, les francophones qui sont exaspérés d'entendre "ils" pour désigner un groupe mixte, devraient l'étre moins d'entendre "eux". C'est tout.
Mais nous savons fort bien que "eux" SEMBLE à beaucoup (dont vous) n'être que le masculin pluriel de "elle", alors que c'est bien souvent aussi le NEUTRE pluriel de l'ensemble mixte il+elle. Si l'on vous dit "faites comme elles au lieu de faire comme eux", rien n'indique que "eux" soit un groupe composé exclusivement de sujets masculins. On est moins induit à l'entendre que dans ce propos : "elles sont ponctuuelles mais ils ne le sont pas". Bref, il est indéniable que "eux" n'a pas la même sonorité que "il"... contrairtement à "ils".
Surtout, il serait temps d'enseigner (nous le plaidons) l'existence d'un NEUTRE en français, tantôt d'aspect féminin, tantôt d'aspect masculin. Et alors, peut-être, finie la guégerre du genre des mots mixtes ou neutres.

MIss LF

Coleg a dit…

"Deux hommes se querellent pour un mot. Ces personnes sont-elles folles ? Une femme s'en mêle. Ces gens-là sont-ils fous ?"

Vous voyez que le masculin pluriel peut être désigné par du " féminin " (qui est en réalité du neutre dans ce cas), et que l'ajout d'une femme peut toutefois paradoxalement faire virer le tout au " masculin " ! On sort de ce paradoxe en reconnaissant du neutre dans ces deux cas.

Encore faut-il aimer la logique plutôt que la polémique. Encore faut-il aimer le sexe opposé plutôt que vouloir lui arracher les yeux et les pronoms :-)