vendredi 11 juin 2010

comment dénommer le nommage

Cette semaine est paru un Guide pratique de la dématérialisation des marchés publics, proposé par la Direction des affaires juridiques du ministère français de l'Économie, de l'Industrie et de l'Emploi. La Mission linguistique francophone a aussitôt entrepris les actions conformes à ses statuts pour obtenir la radiation de trois barbarismes qui figurent au glossaire de ce guide.

Le premier de ces barbarismes est le "nommage" (sic). Rappelons succinctement pourquoi il convient de faire barrage à la promotion de ce terme, et pourquoi il semble nécessaire de veiller à son éviction des textes réglementaires francophones.

Nommage est une récente et inculte traduction - même pas mot à mot, mais syllabe à syllabe - de l'anglais naming. En français, l'action de donner un nom n'est pas "le nommage" (sic) et n'a aucun besoin de l'être, ni en informatique ni ailleurs. Selon le contexte et la nature exacte de l'action de nommer, les termes traduisant correctement cette action (et traduisant donc correctement l'anglais naming) sont : dénomination ; appellation ; désignation ; baptême ; nomenclature.

Le problème dans le fait d'admettre nommage au lieu de appellation ou dénomination ou désignation ou nomenclature, c'est qu'il ne reste plus qu'à aller jusqu'au bout de ce lavage de cerveaux et admettre "parlage" au lieu de conversation, parole, discours ou expression parlée ; puis "motage" au lieu de définition ou traduction d'un mot ; "donnage" au lieu de don, donation, offrande, cadeau ou restitution ; "mangeage" au lieu de repas, alimentation, digestion ou voracité ; etc. Bref, il ne reste qu'à donner, en haut lieu [dans les services ministériels tel celui précité, notamment], l'exemple de s'abstenir d'aller fouiller dans cet aire de l'encéphale humain où se trouvent stockés les mots justes pour les idées précises, et se mettre à parler ainsi purement avec ses maxillaires, en juxtaposant des phonèmes simples, les premiers venus à la bouche, pas même à l'esprit.

Que décidons-nous pour notre temps et ceux à venir : de foncer tête baissée dans cette voie, ou d'endiguer cette régression ?

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