vendredi 22 avril 2011

qualitatif et requalification

A-t-on le droit d'être gêné par l'emploi surabondant de l'adjectif "qualitatif" dans le français courant et les échanges professionnels depuis 2010 ? Oui. Voici pourquoi.

Cet adjectif, en vogue sous un sens faux, n'est pas du tout synonyme de "de bonne qualité" et ne convient donc pas dans une formule comme : "nos produits sont très qualitatifs". L'adjectif qualitatif signifie "concernant la qualité"... bonne ou mauvaise. Porter un jugement qualitatif, c'est porter un jugement sur la qualité ; ce n'est pas un porter un jugement qui impressionne par sa qualité ; ce n'est pas non plus juger que la qualité est bonne.

Il est un autre terme impropre, lié à l'idée de qualité, dont les urbanistes et les élus locaux abusent : la "requalification" architecturale ou urbaine, devenue dans leur esprit un synonyme de la notion de rénovation, de réhabilitation. Or, la requalification, en vrai français, c'est un changement de qualification (requalification par la justice d'un homicide involontaire en meurtre), ce n'est pas une amélioration de la qualité ; ni même une amélioration de la qualification. "Requalifier le quartier de la gare", ce serait donc cesser de le qualifier de quartier de la gare, et le qualifier par exemple de quartier des écoles, de quartier pourri, de ghetto de riches ou de nouvel Eldorado des promoteurs.

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lundi 11 avril 2011

aliments essentiels

Pour désigner une liste de produits alimentaires de première nécessité proposés à prix modérés, le gouvernement français vient de forger la notion de "panier des essentiels". On y retrouve deux tics de la préciosité du français médiatique et administratif contemporain : l'abus des métonymies (panier) et la substantivation des adjectifs (les essentiels). En fait, il s'agit d'aliments essentiels. Mais la formule aliments essentiels disconvient aux précieux d'aujourd'hui à double titre. D'une part l'adjectif ne se substitue pas au mot qu'il qualifie, il lui succède selon notre syntaxe. D'autre part le contenu (aliments ou produits ou sélection) n'est pas traduit par son contenant (panier). Autrement dit, la langue est simple, claire, directe, intemporelle. Et cela paraît bien fâcheux aux inventeurs d'écrans de fumée communicationnels, spontanément friands de vocables fumeux.

NDA : Cette formule que nous critiquions lors de son apparition, début 2011, n'a finalement eu aucun succès. 

samedi 2 avril 2011

sérendipité : fortuité

Le Journal du Dimanche ayant intitulé une de ses rubriques "sérendipité", nous republions à l'attention de son rédacteur en chef cet article de 2007.
En anglais, on appelle serendipity le fait d'effectuer une découverte inespérée. On cherchait quelque chose, on en trouve une autre. Et cette autre chose s'avère plus importante, plus précieuse, plus fructueuse.

Internet est un lieu de recherches propice à de telles trouvailles.

Inventé par Horace Walpole [ci-contre portraituré par Ramsay, et ci-devant Comte d'Oxford] en 1754, le mot serendipity a été importé par certains dans notre langue sous sa forme francisée sérendipité. Un peu pédant, très obscur, ce néologisme n'a pas eu grand succès dans le langage courant. Des Canadiens francophones lui ont récemment (vers 2000) trouvé un substitut autrement plus savoureux : la fortuité.

Plus concis que la sérendipité [trois syllabes au lieu de cinq], plus euphonique et plus lumineux, le mot fortuité est immédiatement compréhensible. En prime, il agrandit à point nommé la petite famille déjà composée du couple fortuit et fortuitement, qui l'adopte sans hésiter.

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