mardi 25 octobre 2011

primaires citoyennes

Pour désigner une élection primaire, c'est-à-dire la première étape d'un processus électoral important, on a coutume de parler de "primaire". Ou de "primaires", au pluriel, si cette première étape comprend plusieurs scrutins successifs ou simultanés.

Sur le plan linguistique, une primaire est un adjectif substantivé : un adjectif transformé en nom de chose. Ce procédé de style a toujours existé : le beau (pour la beauté), le pire (pour ce qui peut nous arriver de pire). Mais l'emploi d'adjectifs substantivés peut aussi relever d'une ignorance de la valeur syntaxique des mots. Les adjectifs substantivés sont alors une affection du langage. Et notre langue est actuellement couverte de ces pustules : des portables (téléphones ou ordinateurs ?), des consommables, des livrables, l'international, l'événementiel, les scolaires, etc.

Journalistes et politiciens de France - tous professionnels de la langue, pourtant, et tous francophones d'expression, en principe - commettent actuellement l'erreur d'employer l'expression que voici : "les primaires citoyennes" (du parti socialiste).

La Mission linguistique francophone les invite à y renoncer.

D'abord, il s'agit d'un pléonasme, ou au moins d'une périssologie : toute élection politique est un processus engageant des citoyens. "Une (élection) primaire citoyenne", c'est donc une organisation organisée, un acte actif, une sélection sélective... Mais il s'agit aussi d'une accumulation des pustules précitées : un adjectif (primaire) est qualifié par un autre adjectif (citoyenne), et le tout est substantivé. Enfin, cette expression recourt à une inutile adjectivation du nom commun citoyen ou citoyenne (pour mieux le re-substantiver dans la foulée !). Pourquoi inutile ? Parce que l'adjectif qualifiant ce qui relève du devoir des citoyens existe déjà ; c'est l'adjectif civique. "Des primaires citoyennes" (sic) sont donc, en fait, "des élections primaires civiques". Que de mots, que de mots... N'en jetez plus, l'isoloir est plein.

Dans une démocratie pluraliste, est-il besoin de préciser que le choix concerté d'un candidat officiel à la Présidence de la République concerne les citoyens et relève du civisme ?

Ci-dessus : Jean-Pierre Mignard, Professeur en droit de la communication et des médias à Sciences-Po, et membre de la Haute autorité des primaires citoyennes (HAP).


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