mercredi 26 décembre 2012

2013 : la fin de la fin est annoncée

La Mission linguistique francophone pronostique aujourd'hui la mort prochaine de la fin, remplacée par le final. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, la fin sera alors devenue, comme l'avenir, du vieux français (1).

Retraçons les étapes de cette sénescence. 

En dépit de l'existence de la locution à la fin et de l'adverbe finalement, la formule défectueuse "au final" (sic) s'est installée depuis cinq ans dans le français courant. Et comme la tendance ne s'inverse pas mais s'accentue, l'année 2013 semble annoncer la mort de la fin elle-même, laminée par le final.

L'expression "au final" (sic) a été maladroitement forgée au début du vingt-et-unième siècle par des cuistres médiatiques sur le modèle de "au total".  Or, le total (au total) ça existait en effet, tout comme existaient le départ (au départ), le fond (au fond) et la fin (à la fin). Tandis que "le final", ça n'existait pas. Le français ne connaissait jusqu'à présent que la finale [la finale d'une série de rencontres sportives] ou le finale [le finale d'une œuvre musicale], terme masculin qui doit son e terminal à son étymologie italienne. Et pourquoi ça n'existait pas, "le final" ? Parce que la langue française possédait déjà la fin et n'avait nul besoin de s'encombrer d'un synonyme mal bâti.

On aurait donc pu s'abstenir de substantiver l'adjectif masculin final pour créer le final, au moyen duquel on évince aujourd'hui la fin. Mais la langue "évolue", n'est-ce pas ? Et dans cette évolution, la notion de fin, exprimée depuis des siècles par un nom commun neutre de forme féminine, semble devoir accepter de se faire viriliser de force par des locuteurs par ailleurs très prompts à user de féminisations militantes (les auteures, la maire, la numéro un, etc), plus vindicatives que pertinentes. Et plus ignorantes qu'exaltantes, elles aussi.

(1) Il y a quinze ans, les éditions publiaient un avant-propos de Frédéric Allinne (in Les Faux amis de l'anglais, éditions Belin, 388 pages) qui pronostiquait la mort du mot avenir sous les coups de la mauvaise traduction systématique de l'anglais the future, terme qui signifie exactement l'avenir mais n'est pratiquement plus jamais traduit autrement que par le futur. Aujourd'hui, moins de 1% de francophones âgés de 7 à 27 ans savent encore que la période de temps qui s'étend après le présent 

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samedi 1 décembre 2012

candidater

Barbarisme dérivé du mot candidat, le verbe "candidater" (sic) est d'un emploi fautif. Aussi fautif que le verbe-valise "sécuriser" (autre barbarisme, sollicité à outrance pour exprimer indifféremment toute action liée à la sécurité), et pour la même raison : parce que la paresse est un vice...

À dire vrai, est-on digne de la fonction à laquelle on se porte candidat quand on se montre trop paresseux pour faire l'effort infime d'aller chercher sur le bout de sa propre langue le verbe approprié (postuler)  ou l'expression juste (être candidat, se porter candidat, présenter sa candidature, faire acte de candidature, solliciter un poste, briguer une distinction, etc) ?

Et que dire des recruteurs qui précisent aux candidats qu'ils devront faire preuve d'excellentes capacités rédactionnelles, puis leur demandent de "candidater", indiquant ainsi que les qualités rédactionnelles authentiques ne sauront être appréciées par un recruteur qui maîtrise aussi mal le français ?

Si la paresse intellectuelle est un travers, l'économie d'effort n'en est pas un : il se trouve que postuler comporte une syllabe et deux lettres de moins que "candidater" (sic). Pourquoi s'en priver ?

Cet article prolonge celui-ci
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lundi 26 novembre 2012

népotisme sans vergogne

Autrefois, certains papes - n'étant pas pères mais ayant la fibre monarchique - avaient tendance à intriguer pour que leur neveu leur succède. Le bénéficiaire de ce favoritisme coupable s'appelait en italien leur nipote (neveu). Le français en a tiré le terme népotisme, qui désigne la conduite des puissants s'employant à réserver des postes enviables à des membres de leur famille.

Dimanche soir 25 novembre 2012, vers 19h55 sur France 2, un pape de l'audiovisuel public français achève de présenter sa longue émission dominicale, et rend benoîtement l'antenne en ces termes exacts : "Et maintenant, le journal de Marie Drucker. (sourire) Je t'embrasse, Marie". S'agissant d'un oncle et de sa nièce, et s'agissant non pas d'une entreprise privée mais d'une entreprise publique, la Mission linguistique francophone relève là un exemple criant de népotisme. Une démonstration de népotisme sans vergogne, c'est-à-dire sans honte (de l'italien vergogna) - puisque, loin de passer discrètement l'antenne à sa propre nièce, l'oncle sourit à la caméra et embrasse publiquement l'enfant favorisée de feu son frère. Spectacle attendrissant ou révoltant, chacun tranchera selon qu'il adhère ou non au principe d'un service public au sein duquel le népotisme se pratique et s'affiche avec autant de plénitude.

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samedi 24 novembre 2012

métropoles : villes mères

Les métropoles [du grec "ville mère"] sont par définition de très grandes villes - ou même des territoires entiers, comme dans le cas de la France continentale par distinction avec ses régions insulaires.
Mais alors, que sont les "grandes métropoles" chères à la plume des dircoms de diverses capitales régionales françaises? Sans doute sont-ce de grandes très-grandes-villes ?

Mais alors, si Nancy, Nantes, Marseille, revendiquent d'être de "grandes métropoles", que sont Londres, Mexico, Tokyo ou Los Angeles ? Certains ont trouvé la réponse et n'hésitent pas à l'écrire sans bien se relire : ce sont de très grandes métropoles. Bonne mère, où l'escalade verbale des métropoles s'arrêtera-t-elle ? Et la dévaluation des superlatifs ?



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mercredi 7 novembre 2012

sur support papier

Le mot papier n'est pas un adjectif. Les formules l'employant comme tel sont donc des barbarismes à proscrire.

Le français connaît les industries papetières (industries du papier), les cocottes en papier et les corbeilles à papiers, mais ne connaît pas les documents papiers (sic), les versions papier (sic), les annuaires papier (sic) ni les choses "papier" d'une manière générale.

L'article ci-après a été publiée en mai 2011, après une première observation parue début 2009. Mais la manie du "support papier" et des "versions papier" s'étant aggravée jusqu'à devenir paroxystique [on disait jadis paroxyntique, et l'on peut dire aussi paroxysmique], nous replaçons cette mise en garde sur le dessus de la pile de nos papiers...

Le vocabulaire le plus simple est perdu de vue en même temps que le jargon s'hypertrophie. La syntaxe s'en détache par lambeaux.

Dans les administrations - et par contagion dans la vie courante - on assiste à la mutation du mot papier en une sorte d'adjectif invariable. Un terme sans statut grammatical précis, accolé à divers autres pour exprimer l'idée de documents palpables et lisibles à l'œil nu, par opposition à ceux dont la lecture exige un écran informatique. Par un excès de précision irréfléchi doublé d'un viol de la syntaxe, on ne nous demande plus de remplir un imprimé ni de fournir nos papiers, on nous demande de transmettre un document "sur support papier". En français pas encore tout à fait fou, cela se dit simplement un document sur papier.

Sachant que le papier est par nature un support, il est étrange de le préciser, comme il serait étrange de voyager "en véhicule voiture" ou de réclamer "un récipient verre d'eau" pour se désaltérer. Cette redondance fautive a pour nom périssologie. La périssologie est la griserie à laquelle succombent les chefs de service passionnés de "support papier".

On trouve aussi cette faute non moins affligeante, consistant à exiger la transmission de documents "sous format papier A4". Le papier n'est pas un format mais une matière. Et l'expression "sous format" n'a aucun sens en français. Elle résulte du télescopage des notions de forme (sous forme imprimée) et de format (en grand format ; au format légal), dans des esprits que les aberrations du français médiatique et administratif ont totalement déboussolés en matière de choix des prépositions et de construction de membres de phrases. Les termes sont amalgamés en une pâte (à papier ?) sans ordre logique, et les mots de liaisons sont choisis à la loterie.

Apparemment, ces contorsions ineptes de la syntaxe et du vocabulaire n'effraient pas grand monde mais fascinent, au contraire, comme la danse du serpent venimeux.

*

Mise à jour : début 2017, l'absurdité monte d'un cran avec l'apparition, dans des appels d'offres émanant d'administrations publiques, de ce galimatias : dossier à remettre "sous support papier". Non, il ne s'agit pas d'empaqueter le dossier avec du papier (cf. "sous enveloppe cachetée") mais de le remettre sous forme imprimée et donc sur papier. Deux formulations irréprochables dont l'hybridation intempestive produit l'aberration précitée.

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lundi 5 novembre 2012

l'envie frénétique de parler une langue inepte

Une entreprise industrielle du Haut-Rhin [France] convie les professionnels de son secteur à découvrir ses "nouveautés produits". Le marketing n'excuse pas tout.
Quand on se souvient combien les Alsaciens ont ardemment souhaité demeurer français, on s'étonne que la société B*** agresse aussi cruellement la langue française. Petit rappel : en français, on dit "les nouveaux produits" et non "les nouveautés produits". Si B*** nous vantait ses "nouveautés produitEs", on supposerait qu'il s'agit des nouveautés qu'elle a produites... Mais les "nouveautés produits", on suppose qu'il s'agit d'une folle perte de repères grammaticaux, par la faute de laquelle le nom "produits" devient un qualificatif (masculin) du nom "nouveautés" (féminin).
L'entreprise B*** et toutes celles qui jargonnent de la sorte seront bien inspirées de rectifier leurs messages publicitaires pour clarifier ce qu'elles entendent par ces formulations navrantes qui empestent la frime d'école de commerce autant que l'envie frénétique de parler une langue inepte et grimaçante.


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vendredi 22 juin 2012

se revendiquer de quoi ?

Dans toutes les langues du monde, la négligence verbale journalistique se mord inlassablement la queue. Le bel animal médiatique est affecté d'une manie qui amuse sans doute, puisqu'on ne la soigne pas.

En France, l'Agence France Presse (AFP) possède un redoutable pouvoir de nuisance sur la langue, en raison de la rapidité et du manque de clairvoyance avec laquelle elle propage les déclarations les plus mal formulées, ensuite reprises avec autant de rapidité et aussi peu de clairvoyance par la presse écrite et parlée. Et sans précautions oratoires, à de rares exceptions près.

Quel rapport avec la faute de français "se revendiquer de" (sic) ? Nous y venons.

Le 22 mars 2012 au petit matin, un ministre de l'Intérieur français déclare qu'un assassin de la région toulousaine "se revendique d'Al QaÏda". On peut attribuer ce cafouillage verbal à la fatigue consécutive à la supervision d'un assaut contre la position retranchée du forcené en question. Mais à quoi peut-on attribuer le fait que, le 22 juin 2012, exactement trois mois après cette déclaration ministérielle en charabia, les plus grands médias français aient tous adopté l'expression fautive "se revendiquer de" en remplacement de l'expression correcte "se réclamer de" ? Au suivisme, bien sûr, plaie béante du journalisme ; et à l'absence de postes de garde-fous linguistiques au sein des agences de presse et des grands médias, amputation qui produit et accélère ce genre de nécrose de la langue.

La Mission linguistique francophone rappelle aux professionnels de la communication et au grand public que le verbe revendiquer n'est jamais pronominal ; autrement dit, qu'il ne doit jamais s'employer précédé du pronom personnel réfléchi "se".

Mais surtout, le verbe revendiquer est transitif direct : on revendique sa paresse, on ne revendique pas "de" sa paresse. Bref, si l'on peut à la rigueur, par audace de style, "se revendiquer", on ne peut en aucun cas "se revendiquer de" (sic).

Il ne faut donc pas dire "elles se revendiquent du marxisme" mais "elles revendiquent leur marxisme" ou "elles se réclament du marxisme". Dans le cas de la déclaration ministérielle précitée, en indiquant que l'homme traqué "revendiquait son appartenance à Al Qaïda" ou qu'il "se réclamait d'Al QaÏda", l'estimable politicien aurait pu se montrer estimable locuteur, aussi. Hélas, il n'en a rien fait. Et la presse francophone (mais à ce train-là, jusqu'à quand le sera-t-elle ?) n'a rien trouvé à y redire.

mercredi 6 juin 2012

oui

Le 9 décembre 2010, nous publiions ce constat : "Une nette dévalorisation du mot OUI, voilà la note singulière sur laquelle s'achève l'année 2009 des francophones."
Un an plus tard, l'Académie française s'inquiéta à son tour de cette dévalorisation, au point de publier le 11 octobre 2011 sur son site internet une mise en garde, reprise alors dans la presse nationale française. Et aussitôt oubliée.
Mais en vérité, signaler le déclin de la simple réponse "oui" au bénéfice de préciosités contemporaines comme "absolument" ou "ça marche" ou "y'a pas d'souci", est-ce bien sérieux en ces temps où la pénurie de logements, les banqueroutes et le chômage assènent partout une douleur morale latente à laquelle n'échappe qu'une minorité ?

La réponse de la Mission linguistique francophone est oui. Oui, tout court.

Car, pour le stomatologue comme pour le linguiste, la boursouflure d'une langue est toujours signe d'une altération de l'état général du corps auquel elle est attachée. Qu'il s'agisse d'anatomie ou de langage, réduire la boursouflure de la langue n'est donc pas une marotte d'esthètes vétilleux. C'est la préoccupation de tous ceux qui voient cette langue comme vivante, et veulent la savoir fine et en belle santé.

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samedi 19 mai 2012

nominer n'est pas français

À l'occasion du festival de Cannes, la Mission linguistique francophone rappelle que le verbe "nominer" n'existe pas en français. Un artiste n'est pas "nominé" mais nommé, sélectionné, présélectionné. Il peut aussi être désigné comme lauréat (de la présélection). Une nomination résulte du fait d'être nommé et non "nominé".

Par ailleurs, nous rappelons qu'en français, en matière de cinéma, un studio n'est pas une société de production mais un lieu de prise de vues ou d'enregistrement clos et spécialement aménagé. Lorsque le faux ami anglo-américain studio désigne en fait une société de production, une boîte de prod, des producteurs, il convient de le traduire correctement par l'une de ces expressions. Merci. Et bravo.

mardi 17 avril 2012

accord signé mais pronom désaccordé

Ce matin [NDE : début 2012], sur France Inter, le président francophone de la République française [NDE : Nicolas Sarkozy] a fait cette déclaration : "Nous, les pays qui ont signé ce traité..." Aucun de ses contradicteurs politiques ni aucun de ses interlocuteurs médiatiques n'a bronché.

Par la plus haute autorité morale de leur pays, et dans le silence approbateur des relais d'opinion les plus écoutés, les Français se voient donc invités à ne plus accorder le pronom et le verbe. Sous l'impulsion de ces élites en délicatesse avec leur outil de travail premier (la langue française), la conjugaison du verbe avoir "évolue" de telle manière qu'on nous tient à peu près ce langage : "Nous ont signé, j'as signé, il avons signé, etc."

La Mission linguistique francophone n'analyse pas cette dérive grammaticale comme une "évolution" inhérente à toute langue vivante, mais comme une altération. Et pour ramener un discours chancelant au niveau d'une langue bien portante, voici comment il convenait de reformuler cette entrée en matière ("Nous les pays qui ont signé") :

• Nous qui avons signé
• Les pays qui ont signé
• Nous, dont les pays ont signé
• Nos pays qui ont signé
• Nos pays ayant signé
• Les pays - dont le nôtre - qui ont signé, etc.


Dans les années 1970, l'auteur-compositeur-interprète Michel Jonasz avait écrit un couplet comprenant ce souvenir d'enfance : "Nous les restaurants on faisait que passer devant". Cette langue volontairement pauvre et chaotique dépeignait les vacances d'un gamin démuni. Tandis que la proposition "Nous les pays qui ont signé" est l'anacoluthe asyntaxique typique du style oratoire revendiqué, une génération plus tard, par un adulte opulent, cultivé et puissant. "Nous on" puis "Nous ont" (sic) sont devenus langue présidentielle, cossue et ruinée à la fois.

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vendredi 13 avril 2012

fêter un an

En français, le pluriel commence à deux. On ne peut donc pas "fêter ses un an" (sic). On fête son premier anniversaire, sa première année, ou on fête un an ; un an de succès, d'existence, de liberté, etc. D'un bébé, on peut célébrer les douze mois. Mais on ne fête pas "les un an" de qui ni de quoi que ce soit. À moins de fêter par la même occasion son inaptitude à compter jusqu'à 1 sans se tromper.


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jeudi 15 mars 2012

les nouveaux Incroyables

À la fin du dix-huitième siècle, il y eut en France des excentriques des deux sexes qui se plaisaient à ne pas prononcer la consonne R. On les appelait les Incroyables ["Inc'oyables"] et les Merveilleuses ["Me'veilleuses"]. Cette toquade phonétique dura dix ans et passa de mode.

La fin du vingtième siècle a vu apparaître de nouveaux Incroyables qui se plaisent, eux, à ne pas prononcer le son Ê en fin de mot [comme à la fin de sifflet] et le transforment en son É [comme à la fin de sifflé].

Ces partisans de la transformation du son Ê terminal se comptent aujourd'hui par millions [dont un Président de la République en retraite, connu pour avoir déclaré "je veux laper dans le monde", au lieu de "je veux la paix dans le monde"]. À les entendre, leur langue n'est pas le français mais le francé (sic). Ils sont sourds à la musique des voyelles et nous racontent ce qu'ils faisez (sic) au lieu de ce qu'ils faisaient ; entre la main et l'avant-bras, ils ont des poignées, nous qui pensions avoir là des poignets ; ils connaissent des violonistes qui ont un joli coup d'archer et non d'archet. Et bien sûr, ils boivent un breuvage de leur invention, le "lé", qui a fait disparaître le lait de leur propos sinon de leur alimentation...

Les nouveaux Incroyables n'ont pas encore attaqué le son Ê en début ni en milieu de mot. Ils ne disent pas égle au lieu de aigle ni biére au lieu de bière ou mére au lieu de mère. Leur maniérisme ne s'attaque qu'aux désinences, aux sons finissants, comme la hyène ne s'attaque qu'aux bêtes fragilisées traînant à la queue du troupeau.


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mercredi 14 mars 2012

ne pas ignorer et ne pas savoir

L'Office québecois de la langue française et la Mission linguistique francophone s'épaulent mutuellement dans le secours aux professionnels de la langue française qui sont en difficulté avec la langue française, donc avec leur outil de travail premier et leur compétence première. Tel fut ce matin le cas d'un professeur agrégé de français s'exprimant dans l'une des émissions radiophoniques quotidiennes les plus écoutées de la Francophonie. Ce professeur de lettres répond avec urbanité à son interlocuteur, en ces termes : "Vous n'êtes pas sans ignorer que... etc." L'agrégé de français dit ainsi le contraire de ce qu'il voulait dire : "Vous n'ignorez pas" ou "vous n'êtes pas sans savoir".

Il est actuellement question d'instaurer des notes éliminatoires au baccalauréat en France. On pourrait aussi envisager de considérer comme éliminatoire à l'agrégation de français l'incapacité à maîtriser le sens d'une double négation...

Laissons à nos homologues de l'Office québécois de la langue française le soin de rappeler, dans leur banque de dépannage linguistique, comment la double négation ne pas + sans fonctionne et dysfonctionne :

"Vous n’êtes pas sans savoir signifie « vous savez (sans doute) ». Une erreur courante consiste à dire ou écrire "vous n’êtes pas sans ignorer", alors que c’est le sens de "vous n’êtes pas sans savoir" qui est recherché. La logique est la même dans ces autres exemples :
• "L’arrivée de ce beau jeune homme n’est pas sans me troubler" (me trouble vraiment).
• "Nous avons grimpé jusqu’au sommet de cette montagne non sans peine" (avec beaucoup de peine, beaucoup de mal, beaucoup de difficulté).

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vendredi 9 mars 2012

désimlocker

Les commerciaux du secteur de la téléphonie se gargarisent actuellement d'un terme sauvage, le désimlockage (sic). Qui désigne dans leur esprit l'action de désimlocker (sic). C'est-à-dire, le fait de rendre une carte SIM utilisable par un opérateur concurrent.

Attention : ce terme est un barbarisme. Et ce barbarisme n'est pas américanisant, malgré les apparences, mais magyarisant : il transforme le français en hongrois, langue agglutinante (1). Son usage est à réserver à des conversations en jargon de métier, entre adorateurs du très grand n'importe quoi sémantique. En français courant, et entre gens qui parlent pour se faire comprendre et non pour s'écouter parler, les verbes déverrouiller ou débloquer font parfaitement l'affaire, suivis du complément approprié : débloquer un téléphone, débloquer un abonnement, débloquer un numéro, débloquer une carte, etc.

Se flatter de dire "désimlocker un compte" au lieu de "débloquer un compte", c'est débloquer tout court.

(1) Ici, agglutination du préfixe dé- au sigle SIM, au radical anglais lock et à la désinence verbale -er

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je vais pour

Toute langue vivante tend à se charger de tournures incorrectes puis à les assimiler ou les écarter.

La Mission linguistique francophone se réjouit de constater la disparition à peu près complète d'une tournure incorrecte apparue au début du vingtième siècle et quasi absente aujourd'hui du français courant. La formule "aller pour" était employée par certains locuteurs au sens de "s'apprêter à", dans des phrases comme celle-ci : "Je vais pour lui emprunter cent sous, mais voilà que je trouve un billet de mille au fond ma poche". On ne regrettera pas l'extinction de ce "je vais pour". Et on continuera à œuvrer pour la disparition des irritants "suite à" (au lieu de "après") et "au final" (au lieu de "finalement"), deux plaies infectées du français médiatique actuel, que la Mission linguistique francophone vous invite à panser.

dimanche 26 février 2012

"se revendiquer de" n'est pas français


Les médias ressassent en boucle cette ineptie linguistique : divers assassins "se revendiquent de" (sic) telle organisation fanatiquement malfaisante.

Les très nombreux commentateurs francophones (mais pour combien de temps encore ?) qui violent ainsi la syntaxe commettent ainsi un petit mais lancinant attentat contre la langue française. Avec une sidérante incompétence, ces professionnels de la communication semblent ignorer que les seules formulations correctes sont ici "se réclamer de", ou "revendiquer son appartenance à". Le méli-mélo "se revendiquer de (Daesh, notamment)" est une ânerie comparable au fameux "ingénieur à Grenoble" de Coluche, au lieu d'ingénieur agronome. En moins drôle.

La Mission linguistique francophone rappelle aux professionnels au grand public que le verbe revendiquer n'est jamais pronominal ; autrement dit, qu'il ne doit jamais s'employer précédé du pronom personnel "se".

Mais surtout, le verbe revendiquer est par nature transitif direct : on revendique sa paresse ; on ne revendique pas "de" sa paresse ! Bref, si l'on peut à la rigueur, par audace de style, "se revendiquer", on ne peut en aucun cas "se revendiquer de" (sic).

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lundi 13 février 2012

lettre ouverte aux sites de recrutement

Constatant un entêtement dans l'erreur qui frappe tous les sites français de recrutement sur Internet quant à l'usage du verbe postuler, l'une de nos observatrices avait adressé le courriel suivant à l'APEC (Association pour l'emploi des cadres) et au site de recrutement CADREMPLOI. Les réponses se font attendre.. depuis dix ans !

Bonjour.

On ne peut pas "postuler à une offre", puisque le verbe "postuler" signifie "demander", et puisqu'il est transitif direct : on postule un emploi, on ne postule pas "à" un emploi. Quant à "postuler une offre d'emploi", ça n'a pas de sens ! Ou plutôt un sens absurde : "demander une offre d'emploi".

En tant que DRH, j'écarte TOUTES les candidatures de responsables de la communication, attaché(e)s de presse ou stagiaires en communication qui "postulent à une offre", car cela trahit une trop grande faille dans la maîtrise de notre langue.

Pourquoi l'APEC s'obstine-t-elle/CADREMPLOI s'obstine-t-il à propager une faute de français qui sème le trouble dans l'esprit des candidats aux compétences rédactionnelles souvent vacillantes ?

Ce mystère mérite éclaircissement.

Miss L.F.

[NDE : Le fait que, depuis très peu de temps, cette faute soit entérinée par certains dictionnaires (en quête de nouveautés douteuses pour "actualiser" leurs éditions successives) déconsidère les lexicographes en question mais ne légitime pas l'emploi de ce verbe dans un sens qu'il n'a jamais eu depuis son invention (XIVe siècle).]


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lundi 6 février 2012

la soudure ou le soudage ?

Que les mots soudure et "soudage" fassent double emploi est flagrant. L'un est correct, l'autre défectueux. On devine facilement lequel.

Pour justifier l'usage du barbarisme "soudage", certains arguent de sa présence dans certains dictionnaires. Certes, mais il ne leur échappera pas que, pour définir ce vilain "soudage" (sic), les rédacteurs du dictionnaire Larousse donnent étourdiment la définition suivante, qui est mot pour mot la définition de la soudure : "Opération consistant à réunir deux ou plusieurs parties constitutives d'un assemblage, de manière à assurer la continuité entre les parties à assembler, soit par chauffage, soit par intervention de pression, soit par l'un et l'autre, avec ou sans emploi d'un produit d'apport dont la température de fusion est du même ordre de grandeur que celle du matériau de base."

Le fait que des termes inutiles et malformés prospèrent dans les jargons de métier est un phénomène connu, issu de la fierté de manier un vocabulaire inhabituel pour mieux s'identifier à une corporation qui partage ce snobisme langagier sectoriel. Molière en a souvent fait la peinture saisissante, notamment dans Les Précieuses Ridicules et dans Le Bourgeois Gentilhomme.

Création malhabile tardivement entérinée par le jargon de l'industrie et lui seul, ici peu soucieux de cohérence et de sobriété, le vilain "soudage" (sic) mérite de disparaître des textes techniques et des conversations de travail, au profit de la juste soudure.*

Car si le reliage se distingue utilement le la reliure (l'un pour les tonneaux, l'autre pour les livres), le "soudage" (sic) ne présente aucune distinction de sens avec la soudure (voir ci-avant), et n'a donc pas davantage de légitimité que n'en aurait le sculptage au lieu de la sculpture, le peintage au lieu de la peinture, l'agricultage au lieu de l'agriculture, le dessinage au lieu du dessin, le cuisinage au lieu de la cuisine, le conjugage au lieu de la conjugaison, etc.

Quant au "gravage" (sic) de CD au lieu de la gravure de CD, nos lecteurs se reporteront utilement aux deux articles déjà publiés à ce propos par la Mission linguistique francophone en 2007 et 2011.

*NDE : L'Académie française a entériné en 1986 le "dorage", dont le sens fait partiellement double emploi avec la dorure (dorage ou dorure à la feuille d'or) mais s'étend aussi au-delà. Par exemple, le dorage d'une volaille consisterait à la rôtir pour lui donner une coloration dorée, action que ne peut pas exprimer la dorure, qui supposerait l'application sur la volaille d'un matériau doré.

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lundi 30 janvier 2012

viser l'avenir ou cibler le futur ?

Sous les coups redoublés de la mode, qui entraîne volontiers les esprits vers le bas, et de la négligence, qui parachève ce nivellement, la langue française voit disparaître actuellement des mots que l'on croyait impérissables. Et qui méritaient de ne pas périr.

Ces mots-là ne sont ni tarabiscotés ni désuets. On peine à croire qu'ils meurent sous nos yeux.

Cette extinction touche toutes les catégories de mots : verbes, substantifs, prépositions, adverbes, conjonctions...

La Mission linguistique francophone s'alarme en premier lieu de la disparition presque entièrement consommée de l'avenir, à la place duquel les professionnels francophones de la parole et de l'écrit optent désormais plus de neuf fois sur dix pour l'anglicisme "le futur" (en anglais, l'avenir se dit "the future").

Ainsi, l'avenir qui régnait sur les projets des peuples de langue française est-il destitué. Le futur s'est emparé des discours ambiants. On n'entend plus dire "à l'avenir, préviens moi avant de vider le congélateur" mais "dans le futur, etc". Cette déperdition est à mettre au passif des mauvaises traductions de presse et de séries télévisées anglophones. Ces traductions sont mal faites, certes, mais aussi mal supervisées par toute une filière de professionnels - relecteur de métier, correcteur, producteur, diffuseur, rédacteur en chef, ingénieur du son, journaliste, récitant, assistants, stagiaires - tous incapables de distinguer un gallicisme d'un anglicisme.

Souvent, toutefois, l'anglais n'y est pour rien. C'est simplement la précision instinctive du mot qui s'effrite en une poussière d'à-peu-près.

Dans le cas de la disparition du verbe "viser", par exemple, l'anglais ne semble avoir pris aucune part. En français, jusqu'à présent, on visait une cible, on visait un objectif que l'on se fixait d'atteindre. Aujourd'hui, on ne vise plus. C'est trop d'effort. On cible. On cible une cible. Il faut bien se simplifier la tâche en toute circonstance, n'est-ce pas ?

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vendredi 6 janvier 2012

la consultance : du conseil barbare



On trouve avec effroi le terme de "consultance" (sic) employé depuis quelques années déjà par certaines universités françaises (Lyon, Grenoble, Toulon, Pau) pour désigner en réalité l'activité de conseil [aux entreprises].

Ce néologisme "consultance" est un barbarisme sorti du sac à snobismes de quelques marchands de poudre aux yeux mercatique, et repris sans rire par un tout petit nombre de pédagogues impressionnables ou distraits. C'est au mieux le fruit d'un moment d'égarement, au pire de l'ignorance crasse en habits savants.

La malformation de ce néologisme inutile est tellement criante qu'elle se passerait de commentaire. Nous allons quand même en faire deux.

D'abord, il faudrait sérieusement s'alarmer du peu de vigilance lexicale de certains directeurs d'établissements d'enseignement supérieur. Les universités précitées ne sont pas les seules en cause. Il existe de belles grandes écoles, d'accès fort difficile, dont les intitulé de certains cours ou diplômes ne font pas moins froid dans le dos par leur absence de rigueur intellectuelle ou leur fragilité linguistique.

Ensuite, il faudrait s'atteler à bannir une fois pour toutes du vocabulaire professionnel le terme de "consultant", mot anglais signifiant dans cette langue - mais non dans la nôtre - conseiller, et dont l'emploi en français est cuistre, snob et anglomane jusqu'à l'absurde. Car en français, celui que l'on vient consulter en raison de sa compétence est consulté [participe passif], il n'est pas consultant [participe actif].

Celui que l'on consulte pour en recevoir des conseils avisés est en français un conseiller, ou un conseil. Il se livre à une activité de conseil... et non de "consultance" !

Par le terme de consultant, on peut désigner en français toute personne qui consulte un spécialiste pour en recevoir des conseils au cours d'une consultation - et non au cours d'une "consultance".


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jeudi 5 janvier 2012

nom de code CMR

Une CMR, savez-vous ce que c'est ? Non ? C'est bon signe. Signe que vous parlez encore un français à base de mots ayant un sens et assemblés entre eux de manière à préciser au besoin les subtilités de votre propos. Signe que vous ne réduisez pas les idées ni les choses à des sigles abscons. Signe que vous ne parlez pas juste pour vous-même, ou en connivence exclusive avec ceux qui jargonnent selon les mêmes snobismes que vous. Signe que vous utilisez la langue française avec le souci d'être compris de vos interlocuteurs. Et le souci de les informer s'ils sont désireux de l'être.

"Bientôt une CMR près de chez vous !" Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle ? Demandez donc aux élus locaux friands de ce nom de code. Ou à leurs courtisans qui ne s'alarment pas de tant d'obscurité, ni de tant de mépris des obligations de protection de la langue française qui s'imposent aux administrations publiques, en France (loi de 1994) comme au Canada.

Une CMR, ça ne vous dit vraiment rien ? La Mission linguistique francophone a cherché. Le sigle CMR est employé par le CNRS pour désigner les produits cancérigènes ou mutagènes toxiques pour la reproduction. C'est aussi le sigle des Chrétiens dans le Monde Rural. Ou celui des Centres musicaux ruraux (fondés en 1984). La CMR, quant à elle, c'est la Caisse Marocaine des Retraites.

Mais vous habitez la région parisienne - région nullement rurale ni marocaine ni toxique pour la reproduction - et cependant votre élu local vous annonce des travaux de modernisation de la CMR Gabriel-Fauré. La Mission linguistique francophone a pu déterminer que cette CMR-là était une "cité mixte régionale" (sic).

Or, l'essentiel du sens est absent d'une telle désignation. Il manque un terme qui évoque une école ou des études, puisqu'il s'agit de cela : cette cité mixte régionale, au nom de code hermétiquement refermé sur sa bêtise administrative, est un projet d'ensemble de bâtiments scolaires destiné à accueillir garçons et filles ensemble - d'où la précision "mixte", comme si la chose n'était pas devenue la norme... Et pendant qu'on insère, dans le secret d'un sigle vain, la notion de mixité, on évince l'information fondamentale : la présence d'étudiants, de lycéens, de collégiens, d'écoliers, d'élèves et de pédagogues, dans la très désincarnée "CMR". Qui est donc, en fait, une école mixte.