mercredi 26 décembre 2012

2013 : la fin de la fin est annoncée

La Mission linguistique francophone pronostique aujourd'hui la mort prochaine de la fin, remplacée par le final. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, la fin sera alors devenue, comme l'avenir, du vieux français (1).

Retraçons les étapes de cette sénescence. 

En dépit de l'existence de la locution à la fin et de l'adverbe finalement, la formule défectueuse "au final" (sic) s'est installée depuis cinq ans dans le français courant. Et comme la tendance ne s'inverse pas mais s'accentue, l'année 2013 semble annoncer la mort de la fin elle-même, laminée par le final.

L'expression "au final" (sic) a été maladroitement forgée au début du vingt-et-unième siècle par des cuistres médiatiques sur le modèle de "au total".  Or, le total (au total) ça existait en effet, tout comme existaient le départ (au départ), le fond (au fond) et la fin (à la fin). Tandis que "le final", ça n'existait pas. Le français ne connaissait jusqu'à présent que la finale [la finale d'une série de rencontres sportives] ou le finale [le finale d'une œuvre musicale], terme masculin qui doit son e terminal à son étymologie italienne. Et pourquoi ça n'existait pas, "le final" ? Parce que la langue française possédait déjà la fin et n'avait nul besoin de s'encombrer d'un synonyme mal bâti.

On aurait donc pu s'abstenir de substantiver l'adjectif masculin final pour créer le final, au moyen duquel on évince aujourd'hui la fin. Mais la langue "évolue", n'est-ce pas ? Et dans cette évolution, la notion de fin, exprimée depuis des siècles par un nom commun neutre de forme féminine, semble devoir accepter de se faire viriliser de force par des locuteurs par ailleurs très prompts à user de féminisations militantes (les auteures, la maire, la numéro un, etc), plus vindicatives que pertinentes. Et plus ignorantes qu'exaltantes, elles aussi.

(1) Il y a quinze ans, les éditions publiaient un avant-propos de Frédéric Allinne (in Les Faux amis de l'anglais, éditions Belin, 388 pages) qui pronostiquait la mort du mot avenir sous les coups de la mauvaise traduction systématique de l'anglais the future, terme qui signifie exactement l'avenir mais n'est pratiquement plus jamais traduit autrement que par le futur. Aujourd'hui, moins de 1% de francophones âgés de 7 à 27 ans savent encore que la période de temps qui s'étend après le présent 

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