lundi 7 août 2017

d'est en ouest

Pour en finir avec les fautes de prononciation consistant à faire entendre des " -e- " qui n'existent pas, le plus simple est sans doute... de les faire exister.

Chacun a pu remarquer que les orateurs professionnels francophones parvenaient sans peine à prononcer le duo de consonnes "-st-" [statistique], mais qu'il semblait être au-dessus de leurs forces de prononcer correctement le trio de consonnes "-stn-" [postnatal], "-stf-" [Ouest-France] et surtout "-std-" sans interposer une voyelle E qui n'existe pas. C'est ainsi que l'est de l'Europe devient " l'est-e de l'Europe ", et tout à l'avenant.

Il est vrai qu'articuler le phonème "-std-" n'est pas naturel aux francophones, tandis que les anglophones y arrivent sans peine et sans marquer de pause : "he's the best director". Ce n'est donc pas une acrobatie héroïque pour la bouche humaine. Si les francophones ont beaucoup de mal à prononcer "zeste de citron", "geste de dépit", "reste du temps" sans faire entendre le E muet de reste, il n'y a pas là de faute car ce E existe bien, même s'il est muet le plus clair du temps ["plus un geste, reste à ta place, crache ce zeste"]. Tandis qu'il est fautif de prononcer des voyelles qui n'existent pas dans les mots [un ours-e blanc, mon ex-e-femme, les fast-e-food]. C'est pourquoi le seul moyen de prononcer correctement À l'est d'Eden est de marquer, si besoin est, une très courte pause entre est et d'Eden.

Mais la grande majorité des orateurs passent à côté de cette solution, et se livrent à la prononciation d'une faute d'orthographe : "l'oueste du pays".

Devant ce constat, vieux de plusieurs décennies, et devant l'incapacité des grands médias parlés à obtenir de leurs professionnels de la parole qu'ils cessent de commettre cette entorse à la phonétique, appelée savamment paragoge, la Mission linguistique francophone propose avec pragmatisme - et un zeste de dérision - une modification orthographique qui résoudrait le problème : accepter désormais les orthographes oueste et este. La prononciation " ouest-e " et " est-e " devant un D serait ainsi officialisée et licite. À la différence de son actuel statut officieux, elle cesserait d'être incohérente avec la graphie.

Cette évolution orthographique n'aurait rien de choquant ni d'absurde, puisque les mots ouest et est nous viennent de l'anglais west et east. Ils ont donc déjà subi une adaptation orthographique à l'élocution française et peuvent en subir une autre sans dommage. La question n'est même pas de savoir si l'erreur des professionnels de la parole peut ainsi légitimement peser sur l'évolution de la langue : elle pèse effectivement, et de tout son poids. Autant prendre ici acte de la trop grande difficulté de prononcer STD, plutôt que de se battre contre les moulins à vents - vent d'est ou d'ouest.

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1 commentaire:

Harold a dit…

La paragoge m'écorche quotidiennement l'oreille (synecdoque), aujourd'hui encore, sur France inter, on parlait d'ourse blanc. Soit il s'agit d'ourses blanches, soit d'ours blanc, que diantre !