samedi 11 juillet 2009

les nouveux Incroyables

À la fin du dix-huitième siècle, il y eut en France des excentriques des deux sexes qui se plaisaient à ne pas prononcer la consonne R. On les appelait les Incroyables ["Inc'oyables"] et les Merveilleuses ["Me'veilleuses"]. Cette toquade phonétique dura dix ans et passa de mode.

La fin du vingtième siècle a vu apparaître de nouveaux Incroyables qui se plaisent, eux, à ne pas prononcer le son Ê en fin de mot [comme à la fin de sifflet] et le transforment en son É [comme à la fin de sifflez]. Vingt ans après, leur toquade dure encore et s'amplifie même.

Ces partisans de la transformation du son Ê terminal se comptent aujourd'hui par millions [1]. Ils revendiquent d'être sont sourds à la musique des phonèmes francophones. À les entendre, leur langue n'est pas le français mais le francé (sic). Ils nous racontent ce qu'ils faisez (sic) au lieu de ce qu'ils faisaient ; entre la main et l'avant-bras, ils ont des poignées au lieu de poignets ; ils connaissent des violonistes qui ont un joli coup d'archer et non d'archet ; ils ne font pas le guet mais le gué. Et bien sûr, ils boivent ensemble du "lé", breuvage merveilleux entre tous, qui a fait disparaître le lait de leur propos sinon de leur alimentation...

Ces nouveaux Incroyables n'ont pas encore attaqué le son Ê en début ni en milieu de mot. Ils ne disent pas égle au lieu de aigle ni biére au lieu de bière. Leur maniérisme ne s'attaque qu'aux désinences, aux sons finissants, comme le chacal ne s'attaque qu'aux bêtes fragilisées traînant à la queue du troupeau.

[1] Dont un Président de la République française en retraite, connu pour avoir souvent déclaré "je veux laper dans le monde", au lieu de "je veux la paix dans le monde".
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