samedi 3 janvier 2009

cuisine mercatique

La mercatique [nom français du marketing] aime en imposer aux masses, fut-ce au prix des pires préciosités de langage.

Dans l'univers agro-alimentaire, la tendance actuelle des gens du marketing est à la cuisine lexicale que voici : délaisser les noms de recettes sobres construits sur le modèle de "pommes de terre sautées", de "canard à l'orange" ou de "poisson pané" ; et réchauffer à satiété le principe du "sauté de veau" [pour cela, il suffit de faire gonfler le participe passé qualificatif pour le transformer en substantif, puis de l'additionner du nom du produit, préalablement décortiqué sous forme de complément de nom].

Ainsi l'orange pressée devient-elle du "Pressé d'orange". La bonne vieille boîte de thon en miettes devient un "Émietté de thon". Et la purée congelée, un "Écrasé de pomme de terres au beurre" (sic).

La Mission linguistique francophone encourage l'emploi d'une langue dans laquelle des sardines à l'huile s'appellent des sardines à l'huile. Une langue dans laquelle un opéra, aussi grandiose soit-il, reste un opéra et non un "Éclairé de décors avec chanté de texte et joué d'instruments". Car cette langue, que des industriels mal conseillés instillent dans l'esprit du chaland grâce à la lancinante puissance de feu de la grande distribution, c'est du ridicule porté à son comble.

Aucun commentaire: