mercredi 3 juin 2015

le gravage ou la gravure ?


Dans leurs publicités et leur explications techniques, certains graveurs industriels ou artisanaux (graveurs de DVD, graveurs sur verre, etc) font preuve de beaucoup d'attachement à l'emploi du terme incorrect "gravage". L'action de graver s'appelle pourtant la gravure.

Le gravage est un brabarisme qui se trompe de suffixe. La langue française a choisi d'unifier ses beaux-arts par une même désinence : peinture, sculpture, architecture, gravure, et non gravage, peintage, sculptage et architectage. Les graveurs artisanaux ou industriels qui emploient cependant "gravage" donnent à cela une explication embarrassée : gravure ça ferait trop artiste justement, trop beaux-arts, tandis que "gravage" ferait plus technique.

Cette crainte n'est pas fondée. D'une part la désinence en -ure est fréquente dans les termes techniques (soudure, armature, bouture, reliure, ferrure, ossature, brochure, etc). D'autre part, ni les entreprises de peinture de fuselage des avions ni celles de peinture en bâtiment n'ont éprouvé le besoin de créer le mot peintage pour faire sérieux. L'argument est donc irrecevable, et il s'agit bien d'une erreur de terme maladroitement justifiée a posteriori par des personnes décidées à s'obstiner dans leur mauvais maniement du français. La célèbre marque Michelin nous parle bien de la sculpture de ses pneus, et non de leur "sculptage", sans se condamner à perdre ainsi son statut industriel, ni craindre d'être confondue avec Jean-Michel Michelin, sculpteur en pâte-à-sel...

La vérité est que l'instinct du mot juste tend à se diluer toujours plus amplement dans l'imprécision, sans que les erreurs de vocabulaire soient scrupuleusement corrigées, comme le sont les erreurs d'orthographe, aussitôt signalées. Ainsi le "gravage" (de CD) a-t-il été forgé par analogie irréfléchie avec pressage et marquage - termes corrects. En résultat, on obtient un mot inutile, plus proche du gavage que de la gravure.

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6 commentaires:

chevalier michel a dit…

Le gravage c'est l'action de graver, mais pas dans les beaux-arts: dans l'industrie en particulier en métallurgie. On y retrouve d'ailleurs le mot soudage à mettre en relation avec le mot soudure qui désigne le travail accomplit par soudage.
L'irruption de gravage dans le langage non jargonnant vient de son utilisation par les assureurs qui parlent de gravage en désignant les numéros portés sur les vitres et pares-brise des automobiles. C'est là que ce mot correct est le plus utilisé. Mais les assureurs ne sont pas forcément très portés sur la justesse orthographique.
Moi, je l'utilise pour gravage de CD ou DVD, mais ça n'a pas plus de sens que de parler de gravure puisque de toute façon, le procédé n'a rien à voir la gravure. Il s'agirait plutôt de photocopie ou de photographie. Les anglais parlent eux de "brûlage". Mais en français, ça ne colle pas le verbe brûler ayant un sens moins large. Mais il ne s'agit pas non plus de "brûlage"
J'ai trouvé une explication quant au suffixe "ure" qui semble-t-il aurait servi à unifier la désignation des pratiques des beaux-arts (gravure, peinture...)

Miss LF a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Miss LF a dit…

Merci pour votre commentaire instructif, Michel. Toutefois, si vous confirmez qu'il existe bien une vogue du barbarisme "gravage" à la place du terme correct "gravure", vous n'en démontrez pas l'utilité et moins encore la correction. Le peintage, l'architectage et le dessinage sont des barbarismes aberrants, personne ne le conteste ; le gravage (sic) l'est aussi, même si certains le contestent. Il n'est pas étonnant que cette fabrication indiscutablement défectueuse trouve des preneurs enthousiastes, disposés à en défendre l'usage comme vous le faites, dans la mesure où l'erreur est propagée par des publicitaires ignares usurpant le titre de rédacteurs, ce qui lui donne une apparence de légitimité officielle. Mais cet usage reste fautif, malgré son adoption de bonne foi par certains.

Comprenez que si le brassAGE et le gavAGE existent, alors la brassURE et la gavURE n'existent pas et n'ont pas besoin d'exister. Idem pour votre vilain soudage et la juste soudure : ce doublon est vain, même dans un jargon de travail. Car la soudure peut aussi bien désigner l'action de souder que le résultat de cette opération, sans que cela crée de confusion. Ainsi la peinture désigne-t-elle à la fois le matériau servant à peindre, l'acte de peindre, l'objet peint, l'art de peindre et l'artisanat du peintre. Cinq sens propres (et pas mal d'autres figurés) que nul ne confond et pour lesquels nul n'a récemment introduit dans le français courant de barbarismes distincts. De même, le gravAGE aurait-il toute sa place si et seulement si celle-ci n'était pas déjà magnifiquement occupée par la gravure, apte à en exprimer toutes les subtilités de sens de l'acte de graver ou de son résultat. Miss L.F.

chevalier michel a dit…

L'objet de mon commentaire n'était qu'instructif. Loin de moi l'idée de lancer une polémique ou de me faire juger. Mais puisqu'on en est là....
Le mot gravage n'existe dans aucun dictionnaire, c'est certain, ce qui en fait un barbarisme. Cependant, on ne peut pas juger de la validité d'un mot par le seul fait que sa consonance semble agréable ou non, ni même prétendre que l'existence d'un mot à usage similaire suffit à son éradication; sinon qu'en serait-il des synonymes?
En outre, l'analyse de ce mot confirme qu'il serait plus juste de l'utiliser que le mot gravure. En effet, le suffixe en "ure" désigne la plupart du temps l'oeuvre achevé, tandis que le suffixe "age" désigne l'action qui mène à cette oeuvre. Si la justesse de l'usage d'un suffixe tenait en quelques statistiques, alors le suffixe "age" sortirait grand gagnant pour ce qui est de la désignation d'une action.
On peut même dire que le suffixe en "ure" joue plutôt un rôle mineur en ce sens qu'il existe pour différencier le résultat de l'action(dissimilation sémantique).
Pour finir, je dirai qu'à aucun moment il n'a été question pour moi de prouver l'utilité de "gravage", mais simplement de mettre en lumière les usages de ce mot et ses probables origines et j'ajouterai que l'absence d'un mot à un instant t dans les dictionnaires signifie qu'il en sera toujours ainsi. D'autant plus que tous les dictionnaires ne sont pas d'accord. Une dernière remarque; ce que vous appelez le "votre vilain soudage" est un terme juste, employé à raison dans l'industrie et qui de plus, figure dans le dictionnaire.
J'ai également deux corrections à apporter: d'une part l'usage que j'évoque de "gravage" par les assureurs ne situe pas dans les publicités mais dans les contrats d'assurance*, ce qui confère un statut officiel à ce mot (ce qui à mon avis n'est pas du meilleur goût). On se retrouve face à un gros problème à savoir si ces contrats ne sont tout simplement pas valides car non rédigés en français, ou si l'Académie doit l'accepter comme un mot peu usité, comme par exemple la "demanderesse" du tribunal.
Autre correction; le "dessinage" que vous prenez comme exemple est mal choisi puisqu'il n'existe pas non plus de "dessinure".

*on le trouve au moins depuis 1987 dans les contrats, ce n'est donc pas en vogue, ou alors une vogue de 30 ans

Miss LF a dit…


Vous n'avez aucunement été jugé, Michel. Seuls le sont les professionnels de la communication qui maîtrisent tellement mal leur outil de travail (la langue) qu'ils perdent de vue l'existence de la gravure et propagent l'imbuvable "gravage".

A propos du barbarisme "soudage" (sic), le Larousse donne la définition suivante, qui est mot pour mot la définition du mot correct "soudure" :"Opération consistant à réunir deux ou plusieurs parties constitutives d'un assemblage, de manière à assurer la continuité entre les parties à assembler, soit par chauffage, soit par intervention de pression, soit par l'un et l'autre, avec ou sans emploi d'un produit d'apport dont la température de fusion est du même ordre de grandeur que celle du matériau de base."
Le double emploi entre soudure et "soudage" est flagrant ; l'un étant correct et l'autre défectueux. Le fait que des termes inutiles et malformés prospèrent dans les jargons de métier est un phénomène connu, issu de la fierté de manier un vocabulaire inhabituel pour mieux s'identifier à une corporation qui partage ce snobisme sectoriel. Les Précieuses Ridicules en ont fait la peinture saisissante.
Création malhabile tardivement entérinée par le jargon de l'industrie et lui seul, ici peu soucieux de cohérence et de sobriété, le vilain soudage (pardon de l'avoir injustement appelé "votre" vilain soudage) mérite de disparaître des textes et des conversations, au profit de la juste soudure. Car si le reliage se distingue utilement le la reliure (l'un pour les tonneaux, l'autre pour les livres), le "soudage" (sic) ne présente aucune distinction de sens avec la soudure (voir ci-avant), et n'a donc pas davantage de légitimité que n'en aurait le dorage à la feuille au lieu de la dorure à la feuille, le sculptage au lieu de la sculpture, le peintage au lieu de la peinture, l'agricultage au lieu de l'agriculture, le gravage au lieu de la gravure, et même - comme nous le soulignions pour étendre la démonstration, et non par erreur dans l'énumération des exemples, cher Michel - le dessinage au lieu du dessin, le cuisinage au lieu de la cuisine, le conjugage au lieu de la conjugaison, etc.

chevalier michel a dit…

dites-moi tout, quand je réponds à votre email marqué je parie que cette réponse ne vous parvient pas. Si c'est le cas, je suis désolé car je vous avais répondu peu de temps après votre commentaire du 24 janvier. Aussi, précisez-moi si je dois passer par le commentaire directement sur votre blog. Merci