mardi 11 avril 2017

on ne tire pas les conséquences

"Il faut en tirer les conséquences" ne veut rien dire (*) : ce n'est qu'un nœud dans la langue de bois.

On tire le diable par la queue, on tire une histoire par les cheveux, mais on ne tire pas les conséquences de quoi que ce soit. On en tire des conclusions. On peut aussi en tirer des leçons. Mais les conséquences, on ne les tire pas : on les mesure ("mesurez-vous les conséquences de vos actes ?") puis on les assume.

Le monde politique francophone fourmille pourtant d'orateurs haut placés qui "tirent des conséquences" (sic) à tout propos, ou exigent que d'autres s'en chargent, au lieu de tirer des conclusions et d'assumer des conséquences.

Cette confusion est à rapprocher du cafouillage "loin s'en faut" (sic), lui aussi vide de sens et très prisé du monde politique, qui résulte également de l'incorrecte hybridation de deux expressions correctes : loin de là et il s'en faut de beaucoup.

(*) Peu importe que divers dictionnaires s'en accommodent et que des auteurs estimables soient tombés dans le piège : cette suite de mots n'a pas de sens.

4 commentaires:

chirhughy a dit…

Vous écrivez : "Peu importe {...} et que divers des auteurs estimables soient tombés dans le piège" ; cette suite de mots n'a pas de sens non plus !

Miss LF a dit…

Réponse à Chirhughy : Dans la mesure où nous traitons ici de la justesse du maniement de la langue et des apports à sa bonne santé, et où nous nous efforçons de contrecarrer les erreurs en vogue, la suite de mots que vous citez comme n'ayant pas de sens est au contraire absolument légitimée.

Permettez-nous de vous aider à le comprendre par ce exemple : "peu importe que des centaines de millions d'humains l'aient cru, parmi lesquels des génies comme JS Bach, affirmer que la femme a été créée à partir d'une côté d'Adam est faux."

Nous disons exactement cela, et le maintenons : "peu importe l'aveuglement de quelques grands, c'est faux".

Lorsqu'il s'agit de savoir si une expression est juste ou non, peu importe que de grands auteurs ou des lexicographes besogneux l'aient adoptée comme ayant cours dans la langue de leur temps, ou que des orateurs en vue s'en gargarisent, cela peut rester une absurdité dont ils n'ont pas eu conscience, étourdis par la fréquence de répétition de cette faute autour d'eux.

Mais si vous aimez les défis, vous êtes le bienvenu à prouver de façon incontestable que "Loin s'en faut" est autre chose qu'une grosse bourde, ou que le monde a réellement été créé en sept jours du calendrier grégorien :-) Comme il est écrit le plus lu de tous les livres. Miss L.F.

chirhughy a dit…

Miss, vous m'avez mal lu. Mon commentaire concernait, non le fond de l'article, mais ce que vous écrivez en P.S. : "que divers des auteurs estimables". DIVERS DES AUTEURS...
HR

Miss LF a dit…

Oh.. pardon :-) Et merci pour la relecture.