samedi 14 mai 2016

érotomanie : le délire amoureux et non la frénésie sexuelle

Contrairement à une méprise fréquente, l'érotomane n'est pas un obsédé sexuel. C'est un obsédé d'un autre ordre : l'érotomanie est une maladie mentale qui porte à se croire aimé d'amour par une personne, souvent importante, qui ne vous manifeste en réalité que peu d'attention et aucun sentiment amoureux. Cette maladie psychiatrique aux effets souvent violents (tentative de meurtre de la personne indifférente au sujet délirant, dénonciations calomnieuses pour viols ou agressions chimériques, chantages) affecte trois fois plus de femmes que d'hommes. Elle fait donc trois fois plus de victimes chez les hommes que chez les femmes, contrairement à une idée reçue selon laquelle toute violence liée à la vie sentimentale serait, bien entendu, l'œuvre des hommes sur les femmes.

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mardi 3 mai 2016

loin s'en faut

Très prisée de certains orateurs politiques et commentateurs médiatiques, l'expression "loin s'en faut" (sic) est une contorsion vide de sens, qui résulte de l'hybridation difforme de deux ou trois expressions, toutes parfaitement correctes quand on ne les mélange pas : loin de là et il s'en faut de beaucoup ou il s'en faut de peu.

On s'étonne que des êtres doués de raison, et ayant pour mission ou pour ambition de régler le fonctionnement de la vie sociale, s'égarent à ce point dans l'absurde et soient à ce point privés de la capacité de s'assurer qu'une formule dont ils se gargarisent possède bien une queue et une tête. Car vraiment,  c'est quoi Monsieur le Sénateur un loin qui s'en faut ? Vous pouvez nous en faire l'analyse grammaticale ? Certes non.

Vous qui ne pérorez pas dans les médias, n'allez pas non plus imaginer que "loin s'en faut" vous fera paraître meilleur orateur que les adeptes de l'irréprochable "loin de là", car ce sera tout le contraire : vous passerez juste pour une grenouille occupée à tenter de se faire plus grosse qu'un bœuf.

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dimanche 1 mai 2016

autant pour moi ou au temps pour moi ?

La forme sensée de l'expression en question est bien "autant pour moi", et non "au temps pour moi", comme certains le soutiennent.

"Autant pour moi !" était à l'origine une sorte d'interjection militaire, par laquelle un supérieur reconnaissait devant ses subalternes une bévue - et initialement, une injustice - qu'il avait commise. Par ces mots, il s'attribuait fictivement, en signe de contrition et de bonne foi, le même quantum de sanction que ce qu'il eut infligé à un subordonné pareillement pris en faute (autant de pompes, autant de jours de consigne ou d'arrêts de rigueur, autant de kilos de patates à éplucher, autant de centimètres de remontée de bretelles, autant de coups de pieds au cul qui se perdent) : "autant pour moi !", s'exclamait-il et s'exclame-t-il encore.

Contrairement à une rumeur qui va se propageant dans certains dictionnaires de difficultés du français, et jusque sur les bancs de l'Académie française, il ne s'agit nullement d'une affaire de temps musical ni de défilé militaire. Selon cette explication compliquée dont nul bidasse n'a le souvenir, l'homme de base d'une colonne en défilé, ayant commis une erreur de marche au pas, se redonnerait la mesure en lui-même ("1 ! 2 !") et clamerait à ses camarades, par-dessus l'autorité de ses supérieurs : "au temps pour moi !", par référence au temps du solfège (cf. valse à trois temps). Ce qui n'est conforme ni à la langue musicale ni à la langue militaire ni au français courant. Ce n'est pas davantage plausible au regard du règlement militaire qui impose très strictement, et depuis toujours, le silence absolu dans les rangs - a fortiori aux bidasses qui commettent un impair ! La question est cependant toujours disputée. Ce qui est le propre des faux bruits à succès.

Ce faux bruit est entériné çà et là par de grands éditeurs lexicographiques qui ont sans doute été dispensés d'étudier le solfège puis exemptés de service militaire. En leur temps.

NDA : En musique comme en chorégraphie, on dit "sur le temps", et non "au temps", en précisant lequel (sur le temps fort, sur le temps faible, le temps précédent, le temps suivant, le premier, le deuxième, etc), sans quoi personne ne sait où se retrouver.

[Cet article a déjà été publié sur ce site le 19 mars 2009. Constatant que le débat se ravive, le comité éditorial de la Mission linguistique francophone remet l'article sur le dessus de la pile...]

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