dimanche 26 juin 2016

défense et attaque de Didier D., orateur footballistique

En France, une émission satirique de la télévision [Le Petit Journal] se délecte de railler la diction d'un dirigeant du football local, M. Didier Deschamps, qui serait coutumier de ne pas prononcer correctement la lettre X et de la remplacer par le phonème S : un homme d'espérience au lieu d'expérience.

Chez l'intéressé, cette élision du son x relève d'un accent régional. Cela ne prête donc pas à la critique acerbe, contrairement à la prononciation ignare de "archet" comme "archer", selon une désaffection pour la justesse des voyelles qui conduit des cohortes de professionnels de la diction sans le moindre accent régional pittoresque à nous dire "elle voulez" au lieu de "elle voulait", ou à nous parler de la cote au lieu de la côte et inversement.

Ce qui est beaucoup plus désolant dans le discours du locuteur que nous venons de défendre pour sa diction, c'est le massacre de la syntaxe qu'il propage dans les esprits en construisant de travers un verbe central dans son métier : le verbe jouer (au football). Comme la plupart de ses confrères entraîneurs, M. Deschamps croit qu'une équipe joue une autre ("La France va jouer la Suisse") alors qu'une équipe joue contre une autre. Les commentateurs de tennis aussi semblent croire qu'un joueur joue un autre, alors qu'un joueur joue contre un autre ("Nadal n'a jamais joué contre Lacoste").

En qualité de leaders d'opinion, voilà ces éminents analystes des jeux de balle mais piètres francophones imités par un grand public qui les prend pour modèles d'éloquence. La Mission linguistique francophone tient à détromper leurs supporters : dans notre langue pas encore disqualifiée, quand "les Français jouent les Suisses", ils ne cherchent pas à les vaincre mais à les imiter ("arrête de jouer les imbéciles").

Ce qui devrait exciter l'ironie des satiristes, c'est cette perte de sens commun. Hélas, eux-mêmes étant gagnés par les faux-sens et abus de langage du jargon médiatique, ils sont bien en peine d'en relever les dérives les plus navrantes. Il ne leur reste donc à se mettre sous la dent que les saveurs d'un accent régional. Coup bas.

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