mercredi 21 septembre 2016

alerte au "géocaching" !

Un néologisme véritablement monstrueux [NDE : nous sommes avares de ce genre de qualificatifs, mais ici il s'impose] déboule dans nos oreilles et sous nos yeux : le géocaching (sic).

Aïe, aïe, aïe, que d'ignorance condensée en si peu de lettres...

Il s'agit de ce qu'on appelait jusqu'à présent une chasse au trésor, une course d'orientation ou un rallye. La seule nouveauté supposée étant l'usage de la boussole GPS de son téléphone portable au lieu d'une boussole magnétique à l'ancienne. Cette évolution technique n'appelle pas de terme nouveau, pas plus que la navigation n'a changé de nom en passant de la voile latine au moteur hors-bord, et pas plus que la gloutonnerie n'a besoin de changer de nom selon qu'elle se rassasie à la fourchette, à la baguette ou avec les doigts.

L'honorable amusement consistant à retrouver des objets cachés dans la nature se voit depuis peu dénommé par le terme précité, lequel est d'une connerie sans bornes [NDE : nous sommes avares de ce genre de trivialité, mais ici elle s'impose]. Bien sûr, la caisse de résonance des vogues niaises et des terminologies sauvages qu'est trop souvent Wikipédia lui octroie une entrée.

Une telle imbécilité terminologique - "le géocaching" (sic) - a-t-elle sa place dans une prétendue encyclopédie francophone, sans avertissement au lecteur ? Bien sûr que non, et pas davantage dans une encyclopédie anglophone. Parce que le terme est inepte dans ces deux langues, sans ergotage possible.

Le verbe anglais to market ("mettre sur le marché", "commercialiser") donne marketing, son participe présent, à partir duquel apparaît l'anglicisme le marketing, créé par substantivation du participe présent d'un verbe existant bel et bien en anglais. Tout ça est cohérent. Mais le verbe "to cache", lui, n'existe pas ! La création "caching"(sic)  est donc incohérente : en anglais, "cacher" se dit "to hide", comme chacun sait. En anglais, le mot "cache" n'existe que comme nom commun signifiant la même chose qu'en français : une cache. Mais pas le moindre verbe "to cache" à l'horizon. Donc pas de "caching" possible, et moins encore de "geocaching" - ni de "géocaching" pour l'écrire comme dans Wikipédia. L'abruti d'anglophone [NDE : nous sommes avares de ce genre de qualificatifs, mais ici il s'impose] qui a créé ce néologisme ne maîtrise donc pas sa propre langue, et croit dur comme fer que les noms communs se conjuguent ! Aussi fâché soit-il avec la plus élémentaire compréhension des mots, il trouve quelques suiveurs chez les anglophones. Cela ne nous oblige pas, nous francophones, à suivre sans réfléchir ces suiveurs irréfléchis.

Rappelons que l'accent aigu n'existe pas en anglais, et que le "géocaching" est donc une stupidité encore supérieure au "geocaching".

Nous avons invité les vigiles de Wikipédia à expulser cette ineptie de l'encyclopédie qu'ils contrôlent d'une main de fer. Ou à rebaptiser ce concept d'un nom irréprochable ou moins défectueux (et non le "renommer", ce qui signifierait "lui donner une excellent réputation" ; on tend à l'oublier). Hélas, le contrôle des administrateurs masqués de la sphère wikipédienne s'exerce trop souvent pour veiller à en maintenir le niveau d'exigence culturelle au ras des pâquerettes et sous la domination de la mode, plutôt que pour gommer de cette belle entreprise intellectuelle ce qui fait honte à l'intelligence collective des francophones comme des anglophones. Tel le "géocaching" qui ferait bien, en effet, d'aller se cacher.

vendredi 16 septembre 2016

lettre ouverte à tout proviseur en délicatesse avec son nom de fonction


Mesdames et Messieurs les proviseurs,

Le 10 octobre 2014, l'Académie française a publié une déclaration solennelle et très circonstanciée, rappelant à toutes et à chacun que : " des formes telles que professeure, recteure, auteure, ingénieure, procureure, chercheure, etc, constituent de véritables barbarismes."

C'est donc avec étonnement et contrariété que nous voyons des proviseurs contentes de se parer du titre de "proviseure" (sic), bien que cette féminisation mal ficelée soit éprouvée par la seule autorité linguistique incontestée en matière d'usages francophones.

Ce n'est pas mener un combat d'avant-garde que de commettre cette faute d'orthographe tout en étant parée de l'autorité pédagogique d'un chef d'établissement du second degré. C'est au contraire donner l'exemple du mépris de sa propre langue - non dans la féminisation de son titre s'il peut l'être, mais dans la manière irréfléchie de le féminiser.

Nous avons scrupule à rappeler à des recteurs exaltés et à de fins lettrés que "professeure" et "proviseure" sont formellement des barbarismes (cf. Acad. fr.).

Mais nous n'avons qu'enthousiasme à souligner que les féminins en -eur n'ont aucun besoin d'un e final pour s'affirmer ! Valeur, grandeur, ardeur, chaleur, hauteur, largueur, couleur, etc. Nul n'a connaissance de responsables pédagogiques qui poussent leur élèves à les écrire dans leurs copies "valeure, grandeure, chaleure, etc". Dès lors, qui peut donc s'acharner, en sa qualité de recteur, de proviseur ou de professeur, à affubler avec beaucoup d'inconséquence les mots proviseur, professeur et recteur, d'un -e qui les exclut du champs lexical de notre langue et induit les lycéens en erreur sur la validité de cette coquetterie orthographique inappropriée ?

Quant aux quelques recteurs qui s'égarent à ordonner que cette faute soit commise - dans la vie administrative sinon dans les copies d'examen, bien sûr - ils incarnent le dévoiement de l'autorité. C'est alors droiture que de ne pas se plier à leurs injonctions abusives, et que de les contredire ouvertement, comme nous le faisons ici.

Ce message sera sans doute reçu avec goguenardise par les proviseurs fourvoyés dans la cacographie de leur nom de fonction et le maniement approximatif de leur langue de travail. C'est désolant. Car comment expliquer à des adolescents la notion d'autorité si un chef d'établissement ne se plie pas à celles qui régissent son activité - en l'occurrence l'autorité de l'Académie française pour ce qui est des barbarismes à écarter de la communication publique ?*

Sincèrement,

Miss L.F.

* Des circulaires ont circulé et circulent parfois encore qui ordonnent aux subalternes de propager activement cette faute de français et quelques autres. Citons par exemple la circulaire d'une physicienne nommée Florence Robine, alors rectrice de l'Académie de Créteil, quelques mois avant que l'Académie française la contredise sans ambages : "(vous devez) veiller désormais à dire et écrire, s’agissant d'une femme : directrice, inspectrice, rectrice, professeure, proviseure" (sic).

Dans cette liste pauvre en discernement sont amalgamés termes corrects (féminins en -trice) et incorrects (féminins en -eure au lieu de -eur). Tout cela dans une même injonction militante qui voudrait annexer la voyelle muette -e de fin de mot comme un apanage des femmes voire du féminisme, puisque tel est le fin mot de l'histoire. Dans cet esprit, il serait urgent que les hommes cessent de s'arroger des termes féminins comme personne, vedette, victime, sentinelle ou ordure, et que l'on veille "désormais" à en faire des persons, des vedets, des victims, des sentinels et des ordurs. Madame Robine a omis d'en donner instruction ; ou peut-être ses méditations sur la cohérence de la langue n'avaient-elles pas encore abordé la question de l'égalité de traitement entre les hommes et les femmes dans la politisation de l'orthographe et de la syntaxe au moyen du -e muet ?

Il est à noter que la Mission linguistique francophone, pour sa part, milite exclusivement pour que le français ne soit pas trop maltraité par des élites - ou se percevant comme telles - sourdes à leur propre langue et aveugles à ce qui participe à son harmonie.

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jeudi 1 septembre 2016

une médaille olympique n'est pas une breloque

La grande fête olympique a rimé, une fois encore, avec grande dé-fête linguistique.

Les commentateurs sportifs les plus en vue se sont surpassés dans le dérèglement lexical, syntaxique et phonétique. Ainsi a-t-on pu entendre dire qu'un lutteur avait "bien paradé l'attaque" (sic) de son adversaire (comprenez : "bien paré l'attaque"), et qu'un judoka avait fait preuve de beaucoup de tact (sic) pour arriver en demi-finale (comprenez : beaucoup de sens tactique). Mais cela ne serait rien sans l'avalanche de termes argotiques que les journalistes sportifs ne perçoivent plus comme tels : les pattes, la tronche, le mec, etc. Summum de cette perte de repères lexicaux et d'incapacité à ajuster le niveau de langue du commentaire sportif : les médailles, si noblement méritées, sont désormais qualifiées de breloques. Le comble de l'honneur rabaissé au comble de la trivialité... Et comme cela ne suffit toujours pas, il faut bien sûr s'emmêler délibérément les pinceaux dans les préfixes : en français, on décroche la place de premier ou la médaille qui va avec ; mais en langue de commentateur sportif, depuis peu, on accroche la place de premier ou la médaille qui va avec...

"Il faut que la langue évolue", entend-on dire. Certes. C'est sans doute pourquoi l'adjectif Olympique se prononce désormais Ôlympique chez les journalistes de la génération montante. Géniale évolution, en vérité, qui fait entendre un Ô au lieu d'un O, un oméga au lieu d'un omicron, au mépris de l'origine notoirement hellénique de ce mot. Car en grec, Olympe s'écrit avec un omicron (son ouvert comme dans coq) et non un oméga (son fermé comme dans gros). La prononciation fermée du O ouvert de Olympique est donc strictement illégitime, en grec comme en français.

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