samedi 14 octobre 2017

dirty old man (vieux cochon)

La fin de l'année 2017 aura vu dans le monde occidental, et spécialement en France, une incitation au déferlement d'actes de délation dont l'ampleur n'aurait techniquement pas pu être atteinte en aussi peu d'heures durant les hostilités de la Seconde Guerre mondiale, à l'époque où apparut l'incitation à dénoncer les juifs par lettre anonymes dûment timbrées plutôt que par internet ; incitation dont on sait qu'elle a encouragé tant de délateurs exaltés à se faire complices de crimes de guerre sans plus d'états d'âme que ça.

Mais heureusement, il ne s'agit pas aujourd'hui de s'en prendre à une ethnie ni à une classe sociale, juste à la moitié de l'humanité : le sexe masculin. Ce genre non féminin, brutal et répugnant d'altérité, dont les individus sont foncièrement méchants et dont la capacité à nuire aux femmes est un sujet d'effroi collectif qui justifie la dénonciation en masse, avec ou sans preuves. Ces humains de sexe masculin, à peu près tous déjà fautifs ou promis à le devenir, en tant qu'ils sont suspects d'être ceci : des porcs (sic) et des prédateurs.

L'un de ces abjects membres de la gent masculine s'est entendu accuser d'avoir fait l'intéressant sur un plateau de tournage, voici plus de trente ans, par des plaisanteries salaces, sans toutefois être retombé depuis dans cette ornière, semble-t-il, ni avoir le moindre viol, la moindre agression et moins encore le moindre acte de torture ou d'assassinat à son passif.

Cet acteur de cinéma anglophone de grand renom, aujourd'hui octogénaire, a sans doute mérité de se faire traiter dans les années 1980, par une stagiaire de dix-sept ans et demi au verbe haut, de "vieil homme sale", nous dit la presse, traduisant ainsi en français les propos de la jeune victime auto-proclamée des grivoiseries verbales d'un jour. Aujourd'hui quinquagénaire pimpante [portrait ci-dessus], elle serait toujours profondément perturbée par le souvenir de cette relation platonique et de la cour cependant trop leste que lui aurait faite "ce vieil homme sale" d'une quarantaine d'année, sur leur lieu de travail et en présence de nombreux témoins (donc hors de toute intimité menaçante, c'est déjà ça).

Nous est-il permis, de prendre part à cette cacophonie de délations turpides en traînant dans la fange l'imbécile rédacteur de cette dépêche de presse française qui ne connaît même pas l'expression toute faite "dirty old man" et se mêle pourtant d'informations anglophones, en nous traduisant ça mot-à-mot par "vieil homme sale", alors que dirty old man signifie vieux cochon ?

Par les temps de fiel de cette fin de 2017, où il convient de dire comme un seul homme que "la parole se libère" dans la désignation des porcs à tous les vents médiatiques et sans délai de prescription (on a les idéaux de liberté de parole qu'on peut), ce genre de violence symbolique et d'injure publique nous est certainement autorisé, nous linguistes femmes à l'encontre d'un journaliste homme. Mais nous préférons nous en tenir à une indolore admonestation : ami journaliste zélé, si tu ne comprends pas l'anglais, fais-toi aider pour le traduire en français.

Dirty old man signifie vieux cochon, pas "vieil homme sale". Ça ne t'a pas paru étrange d'écrire mot à mot "vieil homme sale" ? Tu connais vraiment des gens qui disent ça ? Non, sans doute pas plus que nous qui te lisons et soupirons de découragement devant tant de négligence professionnelle béate.

Il existe quelques bon dictionnaires de faux amis à ta disposition. Sans oublier cette chose qui ne fait de mal à personne, ni femmes ni hommes : la jugeote.  Miss L.F.

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