lundi 2 juillet 2018

modèles suréquipés

En 2010, une agence de publicité de grande marque automobile a une première fois décrit un modèle de voiture comme étant "suréquipé". Toutes l'ont ensuite imitée.

Un anonyme n'ayant pas perdu le sens des mots a légitimement pu s'interroger devant ce suivisme irréfléchi :
"suréquipée, ma voiture, ça veut dire quoi ? Qu'elle a deux volants ?"

Interrogation restée sans réponse autre que la propagation irritante de ce faux-sens, à coups de centaines de millions d'euros de dépenses publicitaires. Désormais, tout véhicule à vendre est présenté comme suréquipé. C'est le lieu commun obligé des bateleurs de ce secteur. Et bientôt, de tous les secteurs.

Le qualificatif "suréquipé" n'a pourtant qu'un seul sens, et il est fortement péjoratif. Est suréquipé ce qui encombré de trop d'équipements.

Dans le verbe suréquiper, le préfixe sur- exprime un tort par excès. Exactement comme dans surcharger, surestimer, surévaluer, surexposer, surfaire ou surjouer. Étymologiquement, surveiller, c'était aussi veiller de trop près, par méfiance et jusqu'à l'abus de vigilance.

Chers dirigeants de groupes industriels, la prochaine fois qu'un publicitaire ou un dircom vous proposera de vanter vos produits comme étant "suréquipés", demandez-vous si vous ne l'avez pas surestimé.

NDE : Le romancier Grégoire Courtois aussi s'est emparé de ce qualificatif, au tout début de son actuel dévoiement, pour en faire finement le titre d'un récit de science-fiction (Suréquipée, paru en 2015 chez Gallimard) impliquant une voiture effectivement suréquipée, au sens propre, puisqu'elle semble même dotée de la capacité de se mêler de ce qui ne la regarde pas ...


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