mercredi 20 avril 2016

à la caisse

En France et en Suisse, vous entendez ceci : "le magasin va bientôt fermer, veuillez vous rendre en caisse".

N'en faites rien.

Car seuls les billets de banque et les pièces de monnaie sont susceptibles d'aller "en caisse" ; ils y sont d'ailleurs encaissés. Mais les humains, eux, se rendent à la caisse. De même qu'ils vont aux toilettes, au jardin, au garage, au bar, au vestiaire ou à l'infirmerie.

Avec beaucoup de mauvaise foi ou d'incompétence, un linguiste vulgarisateur interrogé sur ce point a répondu qu'il n'y avait rien à redire à l'injonction qui nous est faite de "passer en caisse", invoquant l'expression "se marier en l'église Saint-Louis". Or, il s'agit là d'un rapprochement spécieux, car se référant au parler médiéval ecclésiastique, et désignant un lieu fort vaste en lequel des humains peuvent effectivement se rendre puis se tenir.

Mais des clients peuvent-ils tenir dans la caisse ? Et la responsable du supermarché nous parle-t-elle comme au Moyen Âge et comme au séminaire ? Certes non. Elle nous parle comme une personne bombardée de fautes de syntaxe dans les médias et les réunions de travail, qui se plie aux tournures les plus erronées plutôt qu'aux seules exactes, car ainsi fait son chef et le chef de son chef et ainsi de suite vers le haut. On les lui enseigne même en école de commerce, ces bourdes jargonnantes.

Aller "en" caisse, cela signifie aller en elle, donc aller dans la caisse, comme seuls le peuvent les menus objets de nos paiements.

Dire par pédanterie "en mairie" au lieu de à la mairie, ou dire par ignorance et suivisme "en caisse" au lieu de à la caisse, ce n'est pas un drame national. Ce n'est que surdité au sens des mots, ou banale négligence syntaxique. Tout cela se répète dans des courriers administratifs et des annonces de supermarché qu'aucune oreille attentive à sa propre langue ne vient rectifier.

N'hésitez pas à le faire.

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