lundi 28 octobre 2013

suite à : une fièvre contagieuse

"Suite à" n'est pas français. C'est même du très mauvais français. Cette locution dérisoire est pourtant propagée désormais en France et en Belgique par les médias et les administrations avec le plus grand sérieux. Et la plus navrante obstination.

Initialement, l'expression ''suite à'' n'était employée que par des plaisantins, au même titre que "rapport à", pour singer la langue administrative ou militaire malhabile, dans des phrases comme celle-ci : "Mon adjudant, j'voudrais vous causer suite à ma désertion pour vous donner des explications rapport à l'invasion subie subitement".

On voit bien que la construction des locutions ''suite à'' et ''rapport à'' est absolument défectueuse, puisque le complément de nom doit se construire avec la préposition de et non la préposition à (il convient de dire "le père de Louis" et non "le père à Louis" ; de même, "la suite des événements", et non "la suite aux événements").

En France et en Belgique - contrairement à ce que l'on observe au Québec, en Afrique en Asie - cette dimension sarcastique a été perdue de vue par des professionnels de la langue écrite et parlée, devenus coutumiers d'employer suite à au lieu de après ou à la suite de ou par suite de ou pour faire suite à ou en raison de, à cause de. La même faute n'est pas encore constatée avec la locution "rapport à", qui reste cantonnée au registre de la dérision. Mais l'agonie de la simple préposition après et des saines locutions à cause de, à la suite de, en raison de, semble avoir débuté dans le langage courant, au bénéfice du très bancal "suite à", subitement prisé par des dizaines de millions de comiques troupiers qui s'ignorent.

NDE : Nous avons déjà publié ce bulletin de santé en janvier 2010. Depuis, l'épidémie de "suite à" n'a cessé de s'étendre. Ainsi, sur France 5, on ne craint pas de diffuser actuellement [été 2013] une série de documentaires sur des catastrophes aériennes dont l'adaptation française est  systématiquement entachées de nombreuses occurrences de la catastrophe linguistique "suite à". Participer de cette manière - et de tant d'autres (cf. titres d'émissions comme "C à dire") - à la détérioration de la langue n'empêche pas France 5 de continuer à se surnommer la chaîne du savoir. Ouf.

mardi 22 octobre 2013

par satellite

Satellite est un nom commun et parfois un nom propre qui peut se référer à divers secteurs des sciences et des techniques. Mais dans tous les secteurs, notamment dans ceux de la récitation de bulletins météorologiques ou de la traduction de documentaires de télévision, l'emploi du mot satellite comme adjectif est un abus de langage et un viol syntaxique sans charme ni nécessité.

On ne dit pas "une photo satellite" mais une photo par satellite (sous-entendu prise par un satellite) ou une photo satellitaire. De même qu'on ne dit pas "une photo nombre" mais "une photo numérique" : parce que, dans notre langue, les adjectifs et les substantifs ne sont pas interchangeables sans ménagements comme ils le sont dans d'autres idiomes, en particulier l'anglais.

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jeudi 17 octobre 2013

la bientraitance s'installe lentement

La Mission linguistique francophone constate depuis 2012 la lente progression du néologisme bientraitance, employé dans l'univers de l'action sanitaire et sociale comme antonyme de maltraitance.
Cette création peut incommoder par son parfum technocratique ou surprendre par sa nouveauté, mais elle est irréprochable sur le plan étymologique et sémantique. Autrement dit, elle est bien construite et son sens n'est ni incohérent ni obscur. Maltraitance et bientraitance s'inscrivent dans la lignée de malveillance et bienveillance. Faire le mal et faire le bien ; veiller au mal et veiller au bien.

Pour confirmer la légitimité de la bientraitance, il reste aux francophones à assurer la vitalité de ce terme dans notre langue, en veillant à ce que son emploi ne soit pas à la fois accaparé et restreint par le secteur sanitaire et social, comme l'est depuis quelques années l'adjectif durable par le discours environnemental (cf. "ville durable", employé au sens abusif de "ville respectueuse de l'environnement" par analogie hâtive avec le concept de "développement durable").


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mercredi 16 octobre 2013

d'este en oueste

Pour en finir avec les fautes de prononciation consistant à faire entendre des " -e- " qui n'existent pas, le plus simple est sans doute... de les faire exister.

Chacun a pu remarquer que les orateurs professionnels francophones parvenaient sans peine à prononcer le duo de consonnes "-st-" [statistique], mais qu'il semblait être au-dessus de leurs forces de prononcer correctement le trio de consonnes "-stn-" [postnatal], "-stf-" [Ouest-France] et surtout "-std-" sans interposer une voyelle E qui n'existe pas. C'est ainsi que l'est de l'Europe devient " l'est-e de l'Europe ", et tout à l'avenant.

Il est vrai qu'articuler le phonème "-std-" n'est pas naturel aux francophones, tandis que les anglophones y arrivent sans peine et sans marquer de pause : "he's the best director". Ce n'est donc pas une acrobatie héroïque pour la bouche humaine.

Si les francophones ont beaucoup de mal à prononcer "zeste de citron", "geste de dépit", "reste du temps" sans faire entendre le E muet de reste, il n'y a pas là de faute car ce E existe bien, même s'il est muet le plus clair du temps ["plus un geste, reste à ta place, crache ce zeste" : ici, personne ne prononce les e muets de gestes, reste, zeste]. Tandis qu'il est fautif de prononcer des voyelles qui n'existent pas dans les mots [comme dans : un ours-e blanc, mon ex-e-femme, les fast-e-food, Ouest-e-France]. C'est pourquoi le seul moyen de prononcer correctement À l'est d'Eden est de marquer, si besoin est, une très courte pause entre est et d'Eden.

Mais la grande majorité des orateurs passent à côté de cette solution, et se livrent à la prononciation d'une faute d'orthographe : "l'oueste du pays" et "À l'est-e d'Eden". C'est ce qu'on appelle savamment une paragoge,

Devant ce constat, vieux de plusieurs décennies, et devant l'incapacité des grands médias parlés à obtenir de leurs employés, ceux rétribués pour être de bons professionnels de la parole, qu'ils cessent de commettre cette entorse à la phonétique, la Mission linguistique francophone propose avec pragmatisme - et avec un zeste de dérision - une modification orthographique qui résoudrait le problème : accepter désormais les orthographes oueste et este. La prononciation "ouest-e" et "est-e" devant un D serait ainsi officialisée et licite. À la différence de son actuel statut officieux, elle cesserait d'être incohérente avec la graphie de ces mots.

Cette évolution orthographique n'aurait rien de choquant ni d'absurde, puisque les mots ouest et est nous viennent de l'anglais west et east. Ils ont donc déjà subi une adaptation orthographique à l'élocution française. Ils peuvent en subir encore une autre sans dommage. La question n'est même pas de savoir si l'erreur des professionnels de la parole peut légitimement peser sur l'évolution de la langue : il se trouve qu'elle pèse effectivement, et de tout son poids. Autant prendre ici acte de la trop grande difficulté de prononcer STD, plutôt que de se battre contre les moulins à vents - vent d'est ou d'ouest.

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