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Articles

Affichage des articles associés au libellé niveau de langue

mais pas que

" Mais pas que ", placé en fin de phrase sans complément, est une expression humoristique, formée pour se substituer par dérision à " mais pas seulement ", " mais pas uniquement ", " mais il n'y a pas que ça ". " Tu es un bon mari ; mais tu as d'autres qualités " devient ainsi : " Tu es un bon mari ; mais pas que ". L'usage sérieux de ce raccourci est une erreur de registre. Selon l' Académie française , c'est plus exactement " une grave incorrection qu’il convient de proscrire ". Ce que l'Académie française juge grave, c'est de se montrer suffisamment sourd à sa propre langue pour ne pas comprendre qu'en l'absence de complément, que n'est plus le moins du monde synonyme de " seulement ". Ce qu'elle trouve gravement incorrect dans l'usage sérieux de " pas que ", c'est le fait de se montrer capable de supprimer la moitié des mots indispen...

le français de paresse voulu par Laélia Véron

• Viser , trop éloigné du mot cible , a été changé par l'usage récent en  cibler . • Postuler , trop éloigné du mot candidature , a été changé par l'usage récent en  candidater . • Protéger , trop éloigné du mot sécurité , a été changé par l'usage récent en sécuriser . • Percuter, toucher, influencer, frapper ou affecter , verbes trop nombreux et précis, ont vu leurs diversités de sens gommées par l'apparition d'un fourre-tout anglomane : impacter.   Et ainsi de suite. Voici l'avènement des choix langagiers de pure paresse intellectuelle et verbale, paresse désormais revendiquée et normative, dont une certaine Laélia Véron [notre illustration] se déclare ouvertement la passionaria aux manières acerbes et punitives. Que son large sourire ne vous trompe pas. Avec Laélia Véron, ça ne rigole pas : elle nous enjoint de déglinguer le français, et plus vite que ça. Toute autre position - et bien sûr le partage bienveillant d'une langue fluide et alerte,...

troll

Emprunté dès le dix-septième siècle aux langues nordiques, le terme troll désignait une créature de contes, un peu informe et plutôt malfaisante. Réimporté récemment en passant par l'anglais, troll est devenu en français l'injure de l'ère numérique permettant aux faibles d'esprit de couper court à toute contradiction par le discrédit. Ce terme désobligeant n'est donc pas digne d'usage par les passionnés sincères d'échanges intellectuels par voie de réseau social ou d'édition collaborative, telle Wikipédia. Ni par quiconque fait preuve d'humanité, même envers ses contradicteurs. Troll n'est porteur que de violence verbale, morale et sociale. Dans les dictionnaires et dans notre esprit, il est temps de classer troll parmi les insultes, exactement au même niveau d'agressivité que sale con , bâtard, crevure, vieille pute  ou pauvre petite merde . Car sous couvert de diagnostic éclairé, de démasquage plein de sagacité, sa violence n'e...

dévaster la langue

JEAN CLAIR de l'Académie française :   " Oserai-je dire que mon projet scientifique et culturel serait d'abord d'obliger les ministères et leurs représentants à ne plus dévaster la langue du pays qui les emploie ? "    ( in Journal atrabilaire , p.82, éd. Gallimard, 2006) Oui, osez le dire, et sachons l'obtenir. Ministres, Secrétaires d'État, Conseillers et Conseillères, Secrétaires généraux, Directrices et Directeurs d'administrations publiques, " Faites ce que vous voulez du langage, mais n’inventez pas quand il suffit de savoir " (Paul Valéry) et ne laissez pas vos services imiter ce qui se dit quand ce suivisme les fourvoie. Ne les laisser plus nous demander de "renseigner un formulaire" (on remplit un formulaire, on le complète ; c'est le touriste égaré que l'on renseigne, ou l'administration elle-même, mais pas ses formulaires). Ne les laissez plus pondre des intitulés jargonnants ni jonc...

goûtu, gourmand ou savoureux ?

L'adjectif savoureux , au sens propre, est en voie d'extinction dans les médias audiovisuels et la publicité, au bénéfice de goûtu et de gourmand . Deux termes rendus indigestes par leur emploi inadapté. Est goûtu ce qui a un goût prononcé, éventuellement très déplaisant (comme la désopilante liqueur d'échalote au crapaud de la comédie Les Bronzés font du ski , dans les dialogues de laquelle ce mot fait surface). Est savoureux ce qui a une saveur agréable, voire succulente, ce qui a bon goût , voire très bon goût . Popularisé il y a une trentaine d'années dans le registre drôlatique et familier, le régionalisme  goûtu n'a pas sa place dans un commentaire gastronomique châtié. Mais de nombreux professionnels de la langue perdent de vue les notions de registre ou de niveau de langue, et emploient un terme comme goûtu sans aucune conscience de sa rusticité ni de la connotation humoristique qui s'y attache. Quant à " goûteux " (sic), q...

politiquement infantile

La Mission linguistique francophone émet une réserve sur la formulation " papa d'un petit garçon ", " maman d'une petite fille " dans la biographie officielle d'élus ou de candidats à des élections nationales. C'est un registre de langue doublement infantile qui convient dans un hall de crèche mais pas en assemblée représentative de la nation. Passons sur le "petit" garçon (qui bientôt ne le sera plus, espérons). Mais ne passons pas sur l'emploi régressif des surnoms enfantins, ou noms propres privés, Maman et Papa au lieu des noms communs exacts mère et père qui seuls désignent en français adulte le statut de chacun des parents. Chers candidats, chers élus, ce sont les enfants et eux seuls qui appellent leurs parents " papa et maman ". Or, vos électeurs ne sont pas vos enfants... Et ce n'est pas votre intimité parentale qu'ils élisent.

taiseux

Qui parle trop est bavard ; qui parle trop peu est taciturne . Avec le sympathique adjectif et substantif taiseux , les Belges et les Franc-Comtois ont donné au français un synonyme familier de taciturne . On constate que taiseux tend à s'imposer dans la langue des médias au détriment de taciturne , sans conscience de son registre familier ni crainte d'anachronisme. "Cyrus le Taiseux", titre Le Monde au sujet de l'empereur persan, très éloigné dans le temps et dans l'espace de ce récent patois bisontin (= de Besançon) et non byzantin  ! Le titre qui s'imposait, historiquement et géographiquement, était "Cyrus le Taciturne". Il est vrai que taiseux , contrairement à taciturne , épargne aux journalistes et aux animateurs de radio et de télévision - puis à chacun de nous par mimétisme médiatique - l'effort de remonter à la racine latine tacere qui créa taciturne mais est trop éloignée en apparence de " se tair e ". Le jou...

braquage, braqueur, braquer : c'est de l'argot

Les journalistes nous informent généralement qu'un suspect a parlé et non " jacté ". Nous leur savons gré de ne pas s'adresser à nous en argot. On s'agace donc légitimement de leur propension à employer sans clairvoyance les mots " braquage ", " braqueur " et le verbe " braquer " comme si ces mots n'étaient pas du registre argotique alors qu'ils le sont, lorsqu'ils sont employés avec le sens de dévaliser, voler ( à main armée ), cambrioler, commettre un hold-up . Idem pour les satanés " papiers " évoqués par les journalistes, en lieu et place des articles (de presse) . Ou les " breloques " olympiques que tant de commentateurs sportifs croient sérieusement être un synonyme acceptable des médailles *. Gardez ces familiarités pour vous, ou certains finiront par aller dans votre sens et militer pour qu'on vous désigne officiellement, vous aussi, par des noms argotiques comme si de rien n'était...