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Kiev reste Kiev

La tentation est grande d'exprimer notre indignation devant l'invasion de l'Ukraine en rejetant tout ce qui est russe ou semble russe.

Mais c'est évidemment se tromper de combat. Ni Prokofiev ni Mendeleïev ne sont en cause. Ni Kiev.

Or, quelques médias sont en train de se tromper de combat en rejetant le toponyme francophone et anglophone Kiev.

De bonnes âmes leur emboitent hâtivement le pas, convaincues qu'écrire Kiev, c'est écrire le nom de cette ville en russe. Or non, Poutine écrit Киев.

Kiev est la translittération latine proposée au monde par la France dès le 12e siècle, et adoptée depuis sans discontinuer par la diplomatie, la littérature et les sciences de langue française.

Certains Ukrainiens eux-mêmes ont mené campagne pour convaincre les médias francophones et anglophones de renoncer à la graphie Kiev au profit de la graphie "Kyiv" qui leur semble plus proche de l'articulation du nom propre ukrainien Київ, par qui maîtrise cette langue et son accent.

L'argumentation de cette demande est entachée d'une erreur de raisonnement.

Elle fait fi des cultures francophone et anglophone au seul profit de la culture slavophone.

Dès lors, elle se heurte aveuglément à l'ancrage du toponyme francophone et anglophone Kiev depuis des siècles, en toute neutralité, dans la littérature, la diplomatie et les langues de spécialités scientifiques (géographie, histoire, géologie, sociologie, archéologie, anthropologie, philologie, notamment).

L’utilisation de la cacographie officieuse "Kyiv" apparaît toutefois au printemps 2022 dans quelques médias francophones à l'occasion de la poursuite par la Fédération de Russie de sa guerre contre l'Ukraine. Ainsi le quotidien français Libération et les médias québécois  La Presse et Les Affaires s'en font-ils les avocats.

Comme nous le disions en préambule, les tenants de cette réécriture se trompent de combat. Croyant viser Poutine, ils affichent leur confusion des genres : dans notre langue, Kiev est et reste Kiev, en toute neutralité.

Il est aussi inculte ou spécieux d'écrire "Kyiv" au lieu de Kiev que d'écrire en français "Den Haag" au lieu de La Haye sous prétexte que "Den Haag" serait indéniablement plus fidèle à la culture néerlandaise. Certes ; et alors ? Parler français c'est être fidèle à la culture francophone.

De même pour Londres, Athènes, Lisbonne, Rome, Copenhague ou Moscou, que nous n'écrivons ni ne prononçons en français Lonedone, Assina, Lichboa, Roma, København ou Moscva bien que telles soient les prononciations autochtones de ces capitales.

La toponymie Kiev et sa graphie en caractères latins est un irréprochable produit de notre culture francophone (Stendhal consul l'employait), et non une scorie de la culture russe impérialiste.

On ne consolide pas une culture - nous pensons ici à la culture ukrainienne - en en sapant une autre. Surtout pas celle d'un peuple ami, profondément compatissant.

 











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Commentaires

Torsade de Pointes a dit…
Le même raisonnement vaut aussi pour la ville de Lvov, dont certains nous pressent de changer la graphie en 'Lviv' (ou quelque chose d'approchant).
Unknown a dit…
La même idéologie est invoquée dans le débat Belarus / Biélorussie.
Miss LF a dit…
Ajoutons ceci : accepterions-nous que la Ville de Paris ait l'inamicale et inculte prétention d'exiger que les Ukrainiens cessent de l'écrire Paryzh ou même Париж ? Non. Ou que les Italiens cessent de l'appeler Parigi (parce que Mussolini l'appelait ainsi) ? Ou que les Grecs, les Chinois, les arabophones cessent de l'appeler comme bon leur semble ?

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