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Articles

Affichage des articles associés au libellé préciosité

écriture inclusive, la punition d'une innocente : notre langue.

Nous sortons de la lecture d'un document universitaire, ainsi libellé : "Che.re.s étudiant.e.s, tou.te.s les candidat.e.s sont tenu.e.s de... etc...." Aux yeux des tenants de cette illisibilité radicale, ce n'est pas du vandalisme culturel. Mais si ça n'en est pas, qu'est-ce ? En fait, les pouvoirs publics français [*] ont officiellement interdit cette aberration typographique, cette pénible  préciosité . Mais plusieurs présidents d'universités françaises n'en ont cure, et " de nombreu.ses.x élu.e.s loc.ales.aux " s'en fichent aussi. Ces personnes y voient un progrès symbolique qui légitimerait la décadence de l'écriture. Et la destruction de son lien avec la lecture ; car comment lit-ont à haute voix " étudiant.e.s " ? Ou encore : " les nombreux.ses élu.e.s locales.aux " ? Au cas où, depuis votre pays autre que la France, vous ne comprendriez rien à ce dont nous parlons ici, sachez que c'est une ...

choisir entre dommage et dommageable

On entend souvent remplacer le simple " c'est dommage " par "c'est dommageable". Or, les deux significations ne se confondent pas. Du moins ne se confondaient-elles pas avant cette dérive. L’expression « c’est dommage » (dont la forme superlative donne "c'est bien dommage") est synonyme de " c’est regrettable, c’est fâcheux, c'est désolant, c’est malheureux, ce n’est pas de chance ». Voltaire, par exemple, se lamente en ces termes dans Candide : "C 'est bien dommage qu'elle soit devenue si laide ". Mais dire « c’est dommageable » implique explicitement le constat d'un authentique dommage, d'un préjudice, d'une perte de valeur. " C'est dommageable " n'exprime pas une simple déception mais un préjudice ouvrant éventuellement droit à réparations, selon les termes de l'article du Code civil, bien connu des juristes français : « tout fait quelconque de l’homme qui cause à autrui un ...

bleu cocu

Aujourd'hui, l'infidélité est jaune. Jaune cocu. Sous Louis XI, en France, elle était bleue : " les bleu-vêtus ", c'étaient les maris trompés. La langue évolue avec liberté, la condition humaine se perpétue avec libertinage... Mais quand un évènement devient un événementiel (sic), et quand de bonnes relations deviennent un bon relationnel (sic), la langue évolue-t-elle ou se dénature-t-elle ? La réponse est dans la question : ici la nature des mots s'altère. Les adjectifs dérivés des substantifs évincent les substantifs eux-mêmes. Ils les font cocus. Sans liberté ni libertinage, hélas, mais dans une vaniteuse surcharge de syllabes. CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE

les emmarchements, escaliers pédants

Selon les urbanistes au service de la mairie de Paris, relayés par le célèbre quotidien français Le Monde , la place de la Bastille sera bientôt restructurée et " ouvrira sur un large belvédère auquel il sera possible d'accéder grâce un double emmarchement ." En français, on appelle emmarchement la largeur d'une marche d'escalier ou l'emplacement creusé dans le limon d'un escalier pour y fixer une marche. Ceux qui parlent correctement français comprendront donc que les escaliers de la Bastille seront élargis, en vue d'obtenir un double emmarchement, autrement dit une double largeur de marches. Ces francophones éclairés se trompent, car ils ignorent le haut degré de préciosité qui parasite l'information ci-dessus. Ici, emmarchement est à comprendre comme synonyme ou métonymie d' escalier . Le " double emmarchement " annoncé est donc un escalier "double", autrement dit deux escaliers. Cet abus de langage fait florès dans...

disponible à la location : un cas d'obésité de la langue

Sur les flancs de ses véhicules utilitaires, une grande entreprise de location proclame " 4000 véhicules disponibles à la location !" En français non tarabiscoté, non précieux, cela se dit : " 4000 véhicules à louer !". " À louer " : deux syllabes et six lettres. " Disponibles à la location " : quatre fois plus de syllabes et quatre fois plus de lettres. Sans bénéfice aucun. Qui croit encore que le français contemporain évolue vers plus de simplicité ? Qui croit encore qu'en se déformant et se boursouflant de la sorte, il évolue harmonieusement ? Quand un organisme vivant s'hypertrophie sans nécessité ni plaisir (et la langue française est un organisme vivant), ce n'est jamais signe de bonne santé ni de vitalité, mais toujours le symptôme d'un dérèglement alarmant. Cancérologues, cardiologues, phlébologues, endocrinologues, parasitologues et vétérinaires le savent. Professionnels de l'information, de la communicati...

cuisine mercatique

La mercatique [nom français du marketing ] aime en imposer aux masses, fut-ce au prix des pires préciosités de langage. Dans l'univers agro-alimentaire, la tendance actuelle des gens du marketing est à la cuisine lexicale que voici : délaisser les noms de recettes sobres construits sur le modèle de " pommes de terre sautées ", de " canard à l'orange " ou de " poisson pané " ; et réchauffer à satiété le principe du "sauté de veau" . Pour cela, il suffit de faire gonfler le participe passé (sauté) qualificatif  pour le transformer en substantif ( un sauté), puis de l'additionner du nom de l'ingrédient principal (veau), préalablement décortiqué sous forme de complément de nom ( de veau). Ainsi l' orange pressée devient-elle du " Pressé d'orange ". La bonne vieille boîte de thon en miettes devient un " Émietté de thon ". Et la purée congelée, un " Écrasé de pomme de terres au beurre " ...

pôle scolaire

Si vous flânez dans le huitième arrondissement de Paris du côté de l'allée Louis de Funès nouvellement créée, vous tomberez sur quelque chose de désopilant. Ou de consternant si vous aimez la simplicité. Le pâté de maison y est en chantier, et la mairie de Paris vous annonce l'ouverture prochaine "d'un pôle scolaire" (comprenez : une école) doté d'un " pôle de restauration" (comprenez : une cantine) et non loin de là, la création imminente  "d'un espace engazonné ". En termes moins ridiculement précieux, cela s'appelle une pelouse ou un jardin , n'est-ce pas ma Biche ? CLIQUEZ ICI  POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE

salon mondial du modélisme

Vers 1650, les précieux ridicules brocardés par Molière répugnaient à employer les mots usuels pour dire ce qu'ils avaient à dire. Le cidre devenait "le nectar pétillant du verger neustrien". Et les adjectifs prenaient la place des substantifs : la tendresse devenait le tendre ("j'éprouve un profond tendre pour vous"). Depuis une dizaine d'années, les précieux sont de retour. Ils ne disent plus " par prudence " mais "en vertu du principe de précaution". Ils ne disent plus " les politiciens " mais "les politiques" (adjectif employé à la place de son substantif). De sorte que, dans une formule comme "les politiques d'autrefois", nul ne sait plus s'il s'agit des actions politiques menées dans le passé ou des personnages politiques du temps jadis. Dans le même esprit, les précieux ne disent pas " le salon du modélisme " mais "le mondial du modélisme". À ne pas confond...