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Articles

Affichage des articles associés au libellé tic

ne lâchez rien, on ne lâche rien

Il y a douze ans déjà (23/12/2013), avant que "ne rien lâcher" soit devenu le leitmotiv éculé de tout compétiteur et tout négociateur, nous écrivions ce qui suit à propos de  cette expression dévorante qui fit sa grande percée en 2013. Un aimable animateur d'émission littéraire, voulant conclure un compliment à un jeune auteur prometteur, et l'encourager sans doute par ces mots à poursuivre sa carrière, lui dit à mi-voix : " ne lâchez rien ". " Ne rien lâcher " nous est venu du commentaire sportif, au sens de " résister" à ses concurrents, "surclasser" son adversaire, " poursuivre son effort ". De là, le tic verbal est passé au journalisme d'information générale dans une acception toujours plus vaste donc plus vague, puis s'est posé sur la langue courante et s'y accroche. Pour longtemps ? Peut-être pas. Le vent l'emportera. En guise de bain de bouche, la Mission linguistique francophon...

repartir à la hausse ou à la baisse

Il est hautement préférable de dire que la température est en hausse ou augmente plutôt que " la température repart à la hausse ". Voici pourquoi. Préciosités balourdes sur le plan du style et grammaticalement fautives, les formules " repartir à la baisse, repartir à la hausse " étaient un tic verbal du défunt commentateur boursier radiophonique Jean-Pierre Gaillard. Non seulement ce tic lui a survécu mais il a supplanté les termes les plus clairs : augmenter, croître, se réduire, baisser, etc. Examinons la cascade de gaucheries qui éclabousse cette malencontreuse complication du langage. • Grammaticalement, baisse et hausse doivent être précédées de la préposition en et non à : en hausse, en baisse ; et non à hausse, à baisse. • Il n'y a pas lieu d'y intercaler un article, défini ou indéfini. C'est même à bannir : en une hausse, en une baisse sont aussi ineptes que en la baisse, en la hausse. Rien ne s'améliore lorsque la préposition à r...

"suite à" : ses ravages s'aggravent

La locution suite à ravage toujours plus amplement la langue française. Les dix dernières années furent marquées par son expansion dégoulinante et l'appauvrissement impressionnant qui en résulte et se confirme.   Curieusement, la formule suite à est construite selon une aberration syntaxique que personne n'applique à d'autres locutions similaires (1). Qui dit  "cause à"  au lieu de " à cause de"  ? Personne. C'est pourtant exactement la même faute de syntaxe qui est commise d'un cœur léger dans " suite à"  au lieu de " à la suite de" . Cette surdité aux incohérences internes à sa propre langue, voilà ce qui intrigue et consterne. Mais le problème tient surtout à la désertification culturelle et intellectuelle causée par la propagation de la faute de français " suite à" . Nous dressons ci-dessous une liste de vingt-et-une prépositions et autres formules synonymes, mortes ou agonisantes par la faute de "sui...

des temps difficiles (et non compliqués)

"Merci de diffuser de la bonne musique en ces temps compliqués." (au courrier des auditeurs de France Musique, 11 juin 2020) Fausse note : le mélomane qui a eu la courtoisie de prendre le temps de remercier Radio France voulait en réalité évoquer des temps difficiles et non "compliqués". Nous avons déjà analysé en détail cette atrophie croissante du vocabulaire causée par la focalisation obsédante et paresseuse sur le qualificatif compliqué ,  au détriment de dizaines d'autres termes plus adaptés et plus fins. Mais il se confirme e mois en mois que la substitution s'effectue en premier lieu au détriment de difficile , comme dans cet exemple. Les temps difficiles sont un syntagme, une "expression figée" bien connue. Hélas, le déferlement des compliqués dans la langue des médias depuis 2010 a submergé les cerveaux au point que même le vocabulaire du plus aimable et du moins inculte des auditeurs s'y noie ou s'y enlise. Le recours ...

goûtu, gourmand ou savoureux ?

L'adjectif savoureux , au sens propre, est en voie d'extinction dans les médias audiovisuels et la publicité, au bénéfice de goûtu et de gourmand . Deux termes rendus indigestes par leur emploi inadapté. Est goûtu ce qui a un goût prononcé, éventuellement très déplaisant (comme la désopilante liqueur d'échalote au crapaud de la comédie Les Bronzés font du ski , dans les dialogues de laquelle ce mot fait surface). Est savoureux ce qui a une saveur agréable, voire succulente, ce qui a bon goût , voire très bon goût . Popularisé il y a une trentaine d'années dans le registre drôlatique et familier, le régionalisme  goûtu n'a pas sa place dans un commentaire gastronomique châtié. Mais de nombreux professionnels de la langue perdent de vue les notions de registre ou de niveau de langue, et emploient un terme comme goûtu sans aucune conscience de sa rusticité ni de la connotation humoristique qui s'y attache. Quant à " goûteux " (sic), q...

certificat de niais sens

La mode des éco -ceci, éco -cela rend les communicants un peu fous... Ou au moins, un peu niais à leurs heures. Pas davantage que les moutons de Panurge, mais juste autant. Ainsi dans la description d'un grand hôtel parisien sur son site internet lit-on qu'il est en Europe " le premier hôtel Eco-certifié " (sic). Bravo. Mais pourquoi affubler semblable jargon de trois fautes d'orthographe d'un seul coup ? Quitte à se flatter d'employer ce néologisme, et quel qu'en soit le sens creux, autant ne pas y ajouter les trois bévues que voici : 1/ pas de majuscule en français aux adjectifs (pas même dans Directeur général ni dans Académie française ) ; 2/ pas de trait d'union entre un tel préfixe et son radical (on écrit écologie et non éco-logie ; idem pour écocertifié ) ; 3/ contrairement à ce qu'on croit souvent, les majuscules ne sont pas dispensées d'accent [" les accents on pleine valeur orthographique en français, y compris sur les...

en même temps

La simple et modeste conjonction de coordination mais n'est plus en vogue. Elle est délogée du discours ambiant par deux locutions adverbiales : en revanche , plus ronflant ; ou en même temps , plus gonflant - et dont le récent glissement de sens ne cesse de prendre de l'ampleur. Initialement adverbe de temps, la locution en même temps fut employée par quelques humoristes vers l'an 2000 comme adverbe restrictif substitué à toutefois, cependant, néanmoins , simplement, cela dit , quoi qu'il en soit . Une dizaine d'années plus tard, cette pointe d'humour est passée dans la langue au premier degré du sérieux, et gagne chaque mois du terrain en dévorant même la conjonction mais . " Il est con comme un balai, en même temps il baise comme un dieu " déclare aujourd'hui une connaisseuse des hommes. Tandis qu'une connaisseuse de la langue dira plutôt : " Il est con comme un balai mais il baise comme un dieu ". La différence est ici l...

ça marche !

Une nette dévalorisation du mot OUI , voilà la note singulière sur laquelle l'année 2009 s'était achevée en Europe francophone. La Mission linguistique francophone avait constaté le succès fulgurant d'une nouvelle manière d'acquiescer : il s'agissait de répondre que " ça marche ". Dans des contextes où notre langue emploie d'ordinaire les multiséculaires " oui ", "entendu " ou " d'accord ", la tendance était désormais à répondre " ça marche ". Cet usage semble issu des métiers de la restauration. "- Une choucroute et deux truites aux amandes !" lançait le serveur ; "- Ça marche !" lui répondait-on en cuisine. Cette vogue n'éclipsait pas encore le très international " OK ", mais s'y joignait plutôt. Le couple " OK, ça marche " était même particulièrement prisé, fin 2009. Près d'une décennie plus tard, " ça march e" a fini par supplanter ne...

avalanche de principes de précaution

Directement sculptée dans la langue de bois politique, l'expression " principe de précaution " a connu un succès fulgurant à l'orée du vingt et unième siècle. Elle est encore très présente dans des tournures boursouflées telles que : " en vertu du principe de précaution " - dont la traduction en français correct tient en deux mots au lieu de six : par précaution ; ou par prudence . Toute prise de précaution relève d'un principe : la précaution. Le "principe de précaution" n'est donc qu'un pléonasme ronflant, un tic de langage à proscrire de son vocabulaire. De fait, on perçoit des signes annonciateurs de la décrue de cette sotte expression qui aura inondé le discours des années 2000 à 2010. Ainsi, à la suite de fortes précipitations de neige , le maire d'une petite ville des Alpes est interviewé sur les ondes d'une radio nationale française et annonce sa décision d'interdire provisoirement l'accès à la station ...

très très et tsoin-tsoin

On note dans les médias parlés une tendance nette et récente à redoubler l'adverbe très . " Nous vous souhaitons une très très bonne année " (France 2). " Le matin, il fera très très froid en région parisienne " (France 3, à propos d'une météo prévoyant tout juste un degré au-dessus de zéro, ce qui n'est pas sibérien). " Une exposition très très intéressante " (France Inter). " Concerts très très privés " (RTL). Bien entendu, ce tic de langage fait tache d'huile dans le public. Et c'est le français qui dérape. Au dix-huitième siècle encore, très était une sorte de préfixe attaché à l'adjectif par un tiret : " Notre très-généreux souverain ". Peut-être au vingt et unième siècle faudra-t-il revenir à l'usage du tiret pour lier le redoublement de très auquel les orateurs publics sont en train de nous accoutumer ? Nous écrirons alors très-très ; comme tsoin-tsoin . Mais nous pouvons aussi renoncer à...