Accéder au contenu principal

Articles

Affichage des articles associés au libellé argot

Louvre : non, ce n'était pas un braquage

Les malfaiteurs qui se sont emparés d'un trésor de joailleries exposées au Louvre n'ont pas commis un braquage, quoi qu'en dise la presse, mais un cambriolage , un vol . Car non seulement " braquage " est un terme argotique qui n'a pas sa place dans le vocabulaire de l'information non-triviale, mais l'argot "braquage" dérive du fait de braquer (une arme) pour dérober. Or, tel ne fut pas le cas. Si vous voulez absolument parler argot (comme les médias, Radio France en tête, et même les respectables orateurs politiques commentant ce vol), sachez qu'il s'agit alors d'un casse : un cambriolage avec effraction, donc avec "de la casse", mais sans main armée braquée sur qui que ce soit. De même, les auteurs de cette exaction ne sont donc pas des " braqueurs " mais des cambrioleurs , des voleurs , des malfaiteurs . • • • POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE,  CLIQUEZ ICI...

troll

Emprunté dès le dix-septième siècle aux langues nordiques, le terme troll désignait une créature de contes, un peu informe et plutôt malfaisante. Réimporté récemment en passant par l'anglais, troll est devenu en français l'injure de l'ère numérique permettant aux faibles d'esprit de couper court à toute contradiction par le discrédit. Ce terme désobligeant n'est donc pas digne d'usage par les passionnés sincères d'échanges intellectuels par voie de réseau social ou d'édition collaborative, telle Wikipédia. Ni par quiconque fait preuve d'humanité, même envers ses contradicteurs. Troll n'est porteur que de violence verbale, morale et sociale. Dans les dictionnaires et dans notre esprit, il est temps de classer troll parmi les insultes, exactement au même niveau d'agressivité que sale con , bâtard, crevure, vieille pute  ou pauvre petite merde . Car sous couvert de diagnostic éclairé, de démasquage plein de sagacité, sa violence n'e...

cartonner, faire un carton, carton plein

La différence de niveau de langue entre " peu import e " et '' je m'en branle " ou " j'men tape " semble échapper à une cohorte d'orateurs professionnels, et spécialement aux présentateurs et journalistes de télévision et de radio qui sont en train d'abandonner collectivement les mots succès , victoire et triomphe au bénéfice de leur synonyme argotique carton ("faire un carton"). Pour une écrasante victoire , ils vont parfois jusqu'au " carton plein ", comme s'il s'agissait d'un carton de déménagement ou d'une grille du loto traditionnel pleine de pions gagnants, alors qu'initialement la dérive argotique du mot carton , au sens de succès foudroyant , vient de la cible en carton du stand de tir dont on réussit à atteindre le centre. Le festival de Cannes 2015 honore-t-il 100% de films français par ses trois distinctions les plus en vue ? Pour les présentatrices des deux grandes cha...

grosso modo, grosso merdo

Popularisée au début des années 1970 dans la bouche d'un humoriste radiophonique raillant une mauvais maîtrise du français doublée de la prétention de le parler admirablement, la formule " incessamment sous peu " accumulait deux adverbes ayant strictement le même sens : " sous peu " et " incessamment ". Ce qui reviendrait à dire " fréquemment souvent " ou " gentiment par gentillesse ". Forgée avec l'intention de faire sourire par son ridicule, cette bourde a fini par être prise au sérieux, et trouve depuis pas mal d'années sa place dans des propos qui se veulent respectables. Il commence à en aller de même pour la déformation ordurière et humoristique grosso merdo , dérivée de grosso modo . Elle surgit répétitivement, et sans aucune mine amusée, dans des conversations de travail au cours desquelles personne ne se permet pourtant de dire " c'est un résultat de merdre " au lieu de " c'est un mauvais...

braquage, braqueur, braquer : c'est de l'argot

Les journalistes nous informent généralement qu'un suspect a parlé et non " jacté ". Nous leur savons gré de ne pas s'adresser à nous en argot. On s'agace donc légitimement de leur propension à employer sans clairvoyance les mots " braquage ", " braqueur " et le verbe " braquer " comme si ces mots n'étaient pas du registre argotique alors qu'ils le sont, lorsqu'ils sont employés avec le sens de dévaliser, voler ( à main armée ), cambrioler, commettre un hold-up . Idem pour les satanés " papiers " évoqués par les journalistes, en lieu et place des articles (de presse) . Ou les " breloques " olympiques que tant de commentateurs sportifs croient sérieusement être un synonyme acceptable des médailles *. Gardez ces familiarités pour vous, ou certains finiront par aller dans votre sens et militer pour qu'on vous désigne officiellement, vous aussi, par des noms argotiques comme si de rien n'était...