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Affichage des articles associés au libellé informatique

quand tout est "sécurisé", plus rien n'est sûr...

Réédition de notre article de 2010 En France, le discours politique des premières années du vingt et unième siècle a été pétri de considérations sur la sécurité et le sentiment d'insécurité. Si le vif succès du mot " insécurité " n'appelle pas de mise en garde, il n'en va pas de même pour l'emploi des barbarismes " sécuriser ", " sécurisé ", " sécurisant " et " sécurisation ", actuellement omniprésents dans le vocabulaire des médias, des administrations et, par contrecoup, du public. Car quand tous est " sécurisé  ", plus rien n'est sûr ; ni certain. Des termes précis au sens exact, non interchangeables, sont anéantis par ce terme passe-partout au sens vague, emprunté à l'anglais, et qui semble avoir irrémédiablement appauvri notre langue. Si "évolution" il y a, elle se fait ici par atrophie, par infection. Il en résulte une infirmité dont les orateurs professionnels ne semblent pas s...

sur support papier

Le mot papier n'est pas un adjectif. Les formules l'employant comme tel sont donc des barbarismes à proscrire. La francophonie accueille dans son vocabulaire les industries papetières (industries du papier), les cocottes en papier et les corbeilles à papiers , mais déchire avec irritation les documents papiers (sic), les versions papier (sic), les annuaires papier (sic) et les choses " papier " d'une manière générale. Le vocabulaire le plus simple est perdu de vue en même temps que le jargon s'hypertrophie. La syntaxe s'en détache par lambeaux. Dans les administrations - et par contagion dans la vie courante - on assiste à la mutation du mot papier en une sorte d'adjectif invariable. Un terme sans statut grammatical précis, accolé à divers autres pour exprimer l'idée de documents palpables et lisibles à l'œil nu, par opposition à ceux dont la lecture exige un écran informatique. Par un excès de précision irréfléchi doublé d...

support papier : le monstre administratif indécrottabe

Sachant que le papier est par nature un support, il est inapproprié de le préciser dans la formule " sur support papier ", comme il serait inapproprié de voyager " en véhicule voiture " ou de servir le beaujolais " dans un récipient verre ballon ". Cette précision superflue, appelée périssologie, se double ici d'un viol de la grammaire : qualifier un terme à l'aide du mot papier , notre langue ne le permet pas car le mot papier n'est pas un adjectif ! Les choses ne sont pas " papier ", elles sont en papier ou sur papier ou de papier [telle notre licorne]. Le français connaît les industries papetières (industries du papier), les cocottes en papier et les corbeilles à papiers , mais ne connaît pas les documents papiers (sic), les versions papier (sic), les annuaires papier (sic), le support papier (sic) ni les objets " papier " d'une manière générale.  Les formules employant le mot papier comme qual...

oups.gouv et data.gouv

L'onomatopée " oups ", imitant une glissade savonneuse, un dérapage, est l'interjection que les anglophones émettent quand ils s'aperçoivent avoir commis une gaffe ou une maladresse. Le mot " data ", pluriel neutre du participe passé du verbe latin  dare  signifiant  donner ,  est le terme adopté par les anglophones pour désigner les données, notamment les données archivées sous forme numérique. C'est pourtant le ministère français de l'Économie qui oriente ses contribuables vers deux sites internet des services de l'État dont les noms et adresses sont " OUPS.GOUV " et " DATA.GOUV ". On voit que l'inféodation des conseillers ministériels au snobisme anglomane est intense, et que la vigilance du ministère de la Culture à l'égard de telles attaques contre la culture francophone au sein même du gouvernement français est pour le moins timide. Mais puisqu'il existe désormais un droit à l'erreur, ...

naming

Les polyglottes s'esclaffent devant certaines bévues lexicales francophones, comme " le nommage ". Cette création malhabile est un néologisme québécois supposé traduire l'anglais " naming " [littéralement : acte de donner un nom]. Or, l'anglais naming se traduit parfaitement à l'aide de termes irréprochables inscrits depuis des siècles dans la langue française. Selon le contexte, l'un ou l'autre de ces mots fait l'affaire : désignation, appellation, dénomination, intitulé, ou même onomastique . "Défendre sa langue pour la protéger ou restaurer sa prétendue pureté originelle me répugne. Se résigner à ce qu’au fil des jours sa langue soit défigurée par de petits et grands outrages déclenche néanmoins en moi de petites et grandes colères." Jean-Marie Borzeix , Les carnets d’un francophone . Éditions Bleu Autour, 2006 (p 42). CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE

listing, naming, pressing

Académie française (12 juillet 2016) : " On rappellera qu’appeler listing une liste n’améliore en rien la qualité ou la valeur de cette dernière, sauf à penser que l’emploi d’anglicismes, fussent-ils de mauvais aloi, est une marque de modernité . " Et toc. Il en va de même pour le ridicule bedding , cher à quelques professionnels de l'ameublement et du snobisme, qui désignent ainsi la literie . Même pichenette pour se débarrasser du grotesque naming , jargon riche en poudre aux yeux et empoisonnée par une anglomanie de carnaval, supposé exprimer l'action de donner un nom ou d'inventer un nom avec beaucoup de flair commercial. Ce qui s'appelle en français la dénomination , l' appellation ou la création de marque . Enfin, même coup pied au derrière des commentateurs sportifs adeptes de l'inepte pressing , qu'ils croient voir exercé par une équipe affrontant une autre. Il s'agit peu probablement de blanchisserie et sans doute d'exerce...

l'usine digitale

Dérivée de L'usine nouvelle (fondée en 1891), voici un moment déjà que la publication  L'usine digitale est parue. Il y a de quoi être atterré qu'un aussi vénérable éditeur de presse propage sans garde-fou la lourde bévue qu'est la confusion entre l'adjectif " numérique " et son faux ami anglophone " digital "... En français, l' usine digitale , c'est l'usine où l'on travaille avec ses doigts ou pour les doigts. Confirmation récente et indiscutable par l'Académie française, disponible ici . La méconnaissance de l'unique sens de l'adjectif digital en français ( qui concerne les doigts ) est indigne de professionnels de l'écriture. Mais il doit y avoir une jouissance gourmande à massacrer sa propre langue de travail, sous les coups de l'incompétence terminologique, de l'inculture lexicale et de la fascination pour les jargons les plus mal bâtis, sans quoi vous n'auriez aucun lecteur pour lire l...

le contraire des documents numériques

La notion de document numérique ou informatique s'oppose désormais à celle de document produit sur papier , document imprimé , document manuscrit , document matériel ou matérialisé , document sur papier . Comment exprimer cette matérialité qui allait autrefois de soi ? Une chose est certaine : le contraire de " document numérique " n'est pas " document papier " ni " version papier " ni " édition papier " ! Ces formulations aberrantes, devenues majoritaires dans le français administratif, sont réprouvées par les autorités linguistiques francophones [Académie française, Office québecois de la langue française, Mission linguistique francophone], car un tel emploi de papier comme adjectif exprimant le contraire de numérique ou électronique est fautif sans discussion possible ; tout simplement parce que le mot papier n'est pas un adjectif. Des dizaines de millions de francophones semblent ne plus en avoir conscience, et s...

le support papier, un monstre administratif

Le mot papier n'est pas un adjectif. Les formules l'employant comme qualificatif sans l'équiper de la construction grammaticale appropriée - de papier, en papier, sur papier - sont donc des solécismes à proscrire. Le vocabulaire le plus simple est perdu de vue en même temps que le jargon s'hypertrophie. La syntaxe s'en détache par lambeaux. Dans les administrations - et par contagion dans la vie courante - on assiste à la mutation du mot papier en une sorte d'adjectif invariable. Un terme sans statut grammatical précis, accolé à divers autres pour exprimer l'idée de documents palpables et lisibles à l'œil nu, par opposition à ceux dont la lecture exige un écran informatique. Par un excès de précision irréfléchi doublé d'un viol de la syntaxe, on ne nous demande plus de remplir un imprimé ni de fournir nos papiers, on nous demande de transmettre un document " sur support papier " ou pire " au format papier ", voire ...

CAPTCHA du CSA in English

En France, l'une des missions premières du  Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) est de garantir la vitalité du français dans l'air ambiant.   Par esprit de contradiction, sans doute, les auteurs du propre site internet du Conseil supérieur de l'audiovisuel français l'ont équipé d'un captcha * sonore... qui vous dicte un code en anglais ! Franchement, dear CSA, en découvrant que vous exigez d'eux qu'ils dactylographient, en guise de sésame, votre petite dictée anglophone, même les plus anglophiles des Francophones peinent à garder leur calme. Est-ce ainsi que l'autorité de régulation de l'audiovisuel public français veille à l'accessibilité d'internet aux "personnes en situation de handicap" ? Y compris les personnes dont la "situation de handicap" consiste à n'entendre que le français ? * le terme captcha (mot masculin créé par lexicalisation du sigle CAPTCHA, marque déposée ) désigne divers p...

dédier

L'action décrite par le verbe dédier possède toujours en français une valeur d'hommage. Dédier une sonate à sa bien-aimée, c'est lui faire symboliquement don de cette composition pour louer ses sublimes qualités. Dédier n'a aucun autre sens en français - hormis les sens erronés qu'on tend à lui donner depuis trente ans, sous l'influence de mauvais traducteurs de l'anglais technique. Dédier une conférence à Beethoven, c'est  honorer la mémoire de Beethoven en l'associant symboliquement au thème cette conférence. Ce n'est pas lui consacrer une conférence, ni donner une conférence sur Beethoven. Mais on peut donner une conférence sur la surdité, et la dédier à Beethoven ; c'est-à-dire rendre hommage au passage à l'héroïsme de Beethoven face à ce handicap, bien qu'il ne soit pas le sujet de la conférence. Hélas, cette claire et forte singularité de sens, que personne n'ignorait au vingtième siècle, tend à se perdre dans ...