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sur support papier

Le mot papier n'est pas un adjectif. Les formules l'employant comme tel sont donc des barbarismes à proscrire.

La francophonie accueille dans son vocabulaire les industries papetières (industries du papier), les cocottes en papier et les corbeilles à papiers, mais déchire avec irritation les documents papiers (sic), les versions papier (sic), les annuaires papier (sic) et les choses "papier" d'une manière générale.

Le vocabulaire le plus simple est perdu de vue en même temps que le jargon s'hypertrophie. La syntaxe s'en détache par lambeaux.

Dans les administrations - et par contagion dans la vie courante - on assiste à la mutation du mot papier en une sorte d'adjectif invariable. Un terme sans statut grammatical précis, accolé à divers autres pour exprimer l'idée de documents palpables et lisibles à l'œil nu, par opposition à ceux dont la lecture exige un écran informatique.

Par un excès de précision irréfléchi doublé d'un viol de la syntaxe, on ne nous demande plus de remplir un imprimé ni de fournir nos papiers, on nous demande de transmettre un document "sur support papier" ou pire "au format papier", voire "sous format papier" !

En français pas encore tout à fait fou, c'est simplement un document sur papier ou imprimé.

Sachant que le papier est par nature un support, il est étrange de le préciser, comme il serait étrange de voyager "en véhicule voiture" ou de boire "un récipient verre d'eau". Cette redondance fautive a pour nom périssologie. La périssologie est la griserie à laquelle succombent les chefs de service passionnés de "support papier".

On trouve aussi cette faute non moins affligeante, consistant à exiger la transmission de documents "sous format papier A4". Le papier n'est pas un format mais une matière. Et l'expression "sous format" n'a aucun sens en français. Elle résulte du télescopage des notions de forme (correct : sous forme imprimée) et de format (correct : en grand format ; au format légal), dans des esprits que les aberrations du français médiatique et administratif ont totalement déboussolés en matière de choix des prépositions et de construction de membres de phrases. Les termes sont amalgamés en une pâte (à papier ?) sans ordre logique, et les mots de liaisons sont choisis à la loterie.

Apparemment, ces contorsions ineptes de la syntaxe et du vocabulaire n'effraient pas grand monde mais fascinent, au contraire, comme la danse du serpent venimeux.

*

Mise à jour : début 2017, l'absurdité monte d'un cran avec l'apparition, dans des appels d'offres émanant d'administrations publiques, de ce galimatias : dossier à remettre "sous support papier". Non, il ne s'agit pas d'empaqueter le dossier avec du papier (cf. "sous enveloppe cachetée") mais de le remettre sous forme imprimée et donc sur papier. Deux formulations irréprochables dont l'hybridation intempestive produit cette fantastique aberration.

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