Accéder au contenu principal

drone, hydrone, géodrone, cosmodrone



















L'anglais drone signifie bourdon. Non pas celui qui donne le cafard, the blues, mais l'insecte qui vole grâce au tourbillon d'air ascendant créé par ses ailes.

Par analogie, le nom de cet insecte a été choisi pour dénomme des aéronefs sans équipage, fonctionnant par pilotage automatique ou téléguidé : les drones.

On voit apparaître des engins de secours en milieu aquatique fonctionnant sur le même principe d'absence de pilote. Si ce n'est qu'ils ne volent pas mais flottent. Les désigner par le terme drone est donc un abus de langage.

Des industriels ont imaginé de les dénommer "drones aquatiques", ce qui est un paradoxe ou un oxymore, comme on voudra, mais une solution défectueuse sur le plan lexical.

La Mission linguistique francophone a été sollicitée pour réfléchir au moyen de combler cette lacune terminologique.

Voici les propositions de néologismes que nous avons formulées à l'attention de la Commission d'enrichissement de la langue française du Ministère de la Culture [France] et de l'Office québécois de la langue française [Canada].

• drone : engin aérien sans pilote
hydrone : engin aquatique ou subaquatique sans pilote  
géodrone : engin terrestre ou souterrain sans pilote
cosmodrone : engin spatial sans pilote, autre que satellite

Ce quatuor compose une famille terminologique cohérente et limpide. 
Les professionnels et organisations concernées sont invités à en adopter l'usage dès à présent.


ÉTYMOLOGIE
drone : mot anglais signifiant bourdon, sans préfixe.
hydrone : préfixe grec hydro- (eau) + anglais drone. S'inscrit dans la lignée du terme hydravion.
La contraction de "hydro-drone" en hydrone s'appelle crase ; c'est le processus de simplification euphonique qui a donné tragicomique lieu de tragico-comique, ou Clermont-Ferrand au lieu de Clermont-Montferrand, ou encore hydravion au lieu de hydro-avion.
géodrone : préfixe grec géo- (terre) + anglais drone.
cosmodrone : préfixe grec cosmo- (univers) + anglais drone.

Nous avons écarté "aérodrone" et "spatiodrone" qui introduisaient dans la série un préfixe latin, et avons choisi de nous en tenir aux préfixes grecs ; de plus "spatiodrone" est d'une prononciation plus acrobatique que cosmodrone tandis que, oralement, "aérodrone" prête à confusion avec aérodrome. Nous avons aussi écarté "astrodrone", en raison de la signification de ce préfixe (astre et non espace) et de la prononciation râpeuse du mot "astrodrone".


• • •
POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI
Pour prendre directement connaissance des missions de la Mission, cliquez ici.


Commentaires

Scapin a dit…
Dommage que la presse n'en ait pas connaissance et continue à évoquer des drones navals au lieu des hydrones, qui est très judicieux.

Articles les plus lus cette semaine

à très vite ou à très bientôt ?

Évidemment, seuls " à bientôt " et " à très bientôt " sont corrects, tandis que " à très vite " est un monstre grammatical dont la présence étonne dans la bouche et sous la plume de personnes qui ne sont ni ennemies de la logique ni esclaves des bourdes en vogue. En effet, la préposition à ne peut introduire ici que l'annonce d'un moment dans le temps. Or, " très vite " n'est pas une indication de temps mais de manière. On ne peut donc pas faire précéder " très vite " d'une préposition introduisant une indication de moment dans le temps, comme à demain , à jeudi , à plus tard , à dans deux mois ou à bientôt . De fait, personne ne dit " à vite !" au lieu de " à bientôt !", comme si seul le petit mot très avait permis la propagation du barbarisme " à très vite " en empêchant la transmission de sens entre la préposition à et l’adverbe vite , nous déconnectant ainsi de l’instinct gram...

Mbappé ne s'appelle pas M-Bappé

La prononciation correcte du patronyme camerounais Mbappé ne tend aucun piège. Les journalistes de France et de Navarre s'en inventent pourtant un, et le prononcent majoritairement de façon fautive, en créant une séparation fictive entre la consonne M et les autres lettres. Ce qui donne l'étrange lecture "Êm' Bappé", qui est une absurdité comme le serait "Êss' Tendhal" au lieu de Stendhal, "Zêd Idane"" au lieu de Zidane, ou "Tom Cé Ruise" au lieu de Tom Cruise. Si les professionnels de la parole ont du mal à articuler la succession de consonnes - mb -, ils peuvent s'y exercer en répétant sans la moindre difficulté : " sa mba pé rilleuse sans Mba ppé rieur ". Ou encore : " je m'bats  contre Mba ppé", puis " Mba ppé m'bat ", et finalement "si tu m'bats , je m'ba rre !" PS : L'articulation subtile d'un M directement accolé à un B, nous la réussissons sa...

Franky Zapata a traversé le lac de Genève à pied-d’ange

Un nom commun cohérent permettant de parler d'une invention aéronautique française dans la langue de Saint-Exupéry et de Mermoz plutôt que dans une imitation maladroite de l'anglais adolescent de Back to the Future . Quel pays francophone n'en voudrait pas ? Juste un mois après la traversée de la Manche ( English Channel pour le monde anglophone) réussie sans encombre par Franky Zapata avec son engin dont le nom de marque est Flyboard Air , nous remettons ce jour au président de la Commission d'enrichissement de la langue française du ministère français de la Culture et à la présidente-directrice générale de l' Office québecois de la langue française nos propositions de désignation de l'invention en question par un nom commun. Pour les raisons expliquées ici , un mot français nouveau doit être défini sans délai. Ne manquons pas l'occasion d'inscrire en toute cohérence cette invention française dans le lexique des engins volants de langue ...

similitudes et similarité

Le fait de présenter plusieurs aspects similaires sans être totalement identique se dit comment en anglais ? Similarities (pluriel de similarity) . You are right. Et comment cela s'appelle-t-il en français ? Des similarités ? Non : des  similitudes , ou même une  similitude . La Mission linguistique francophone relève une mise en péril de l'avenir du mot similitude par la mauvaise traduction généralisée de similarity et de son pluriel similarities . Les professionnels concernés (traducteurs, journalistes, pédagogues friands de publications scientifiques en anglais) sont invités à ne pas confondre le français et l'anglais, ni se tromper de désinence. Et donc, à se méfier presque autant du piège tendu aux similitudes par les "similarités", que du piège tendu à la bravoure par la "bravitude"... En français, on emploiera le singulier " la similitude " pour traduire l'idée d'une complète analogie (" la similitude de leurs deux t...

peut-on coconstruire ?

Néologisme inutile à souhait, le verbe coconstruire signifie simplement construire . Ou éventuellement construire ensemble , si l'on aime les périssologies [précisions redondantes]. Car dans con struire, le préfixe con- signifie déjà ensemble ! Mais surtout, parce que le contexte indique toujours que la prétendue " coconstruction " se fera à plusieurs : dans " nous allons coconstruire ", le sujet pluriel est déjà là pour exprimer la communauté d'action. Et dans "je vais coconstruire", on voit que l'énoncé est absurde (construire ensemble mais seul ?), ou bien qu'il manque le complément précisant avec qui je vais construire. Or, "je vais coconstruire une maison avec mes cousins" serait un pléonasme, qu'on s'évitera en disant tout simplement " je vais construire une maison avec mes cousin s". La réponse est donc : non, on ne peut pas "coconstruire" sans commettre une maladresse de langage. Ma...

goûtu, gourmand ou savoureux ?

L'adjectif savoureux , au sens propre, est en voie d'extinction dans les médias audiovisuels et la publicité, au bénéfice de goûtu et de gourmand . Deux termes rendus indigestes par leur emploi inadapté. Est goûtu ce qui a un goût prononcé, éventuellement très déplaisant (comme la désopilante liqueur d'échalote au crapaud de la comédie Les Bronzés font du ski , dans les dialogues de laquelle ce mot fait surface). Est savoureux ce qui a une saveur agréable, voire succulente, ce qui a bon goût , voire très bon goût . Popularisé il y a une trentaine d'années dans le registre drôlatique et familier, le régionalisme  goûtu n'a pas sa place dans un commentaire gastronomique châtié. Mais de nombreux professionnels de la langue perdent de vue les notions de registre ou de niveau de langue, et emploient un terme comme goûtu sans aucune conscience de sa rusticité ni de la connotation humoristique qui s'y attache. Quant à " goûteux " (sic), q...

celles et ceux

Pénible tic oratoire politique ayant récemment dégouliné dans la langue médiatique, " celles et ceux " est une faute de français irréfléchie. Plus exactement, une faute de style appelée périssologie, voisine du pléonasme. En effet : le pronom "ceux" ayant une vertu de neutre mixte [" nos filles et nos fils sont ceux qui nous succéderont "], l'adjonction du pronom exclusivement féminin " celles " revient à évoquer deux fois les sujets non-masculins. Cette vaine préciosité à vocation démagogique - souvent raillée mais toujours employée - aboutit paradoxalement à une formulation moins inclusive, par ségrégation du genre féminin détaché du neutre réellement inclusif, au nom d'une irrecevable "non-mixité choisie". POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE,  CLIQUEZ ICI   Pour prendre directement connaissance des missions de la Mission,  cliquez ici.

on ne tire pas les conséquences

" Il faut en tirer les conséquences " ne veut rien dire (*) : ce n'est qu'un nœud dans la langue de bois. On tire le diable par la queue, on tire une histoire par les cheveux, mais on ne tire pas des conséquences, on tire des conclusions . On peut aussi tirer des leçons ou des enseignements . Tandis que les conséquences, on les assume . Éventuellement après les avoir mesurées (" mesurez-vous les conséquences de vos actes ?"). Le monde politique francophone fourmille pourtant d'orateurs haut placés qui "tirent des conséquences" (sic) à tout propos ou exigent que d'autres s'en chargent, par amalgame entre deux expressions justes : tirer des conclusions et assumer des conséquences . Cette confusion est à rapprocher du cafouillage " loin s'en faut " (sic), lui aussi vide de sens et qui résulte également de l'incorrecte hybridation de deux expressions correctes : loin de là et il s'en faut de beaucoup . (*) ...

cheffe ou chef de service ?

" Un véritable barbarisme ", voilà l'arrêt de mort qu'a signé l' Académie française [dès 2002 , avec confirmation en 2014 ] contre la féminisation inepte de chef en cheffe . La respectable assemblée rappelle qu'il importe peu que telle ou tel ministre ponde une circulaire prônant l'adoption d'un barbarisme comme " cheffe de service "ou " proviseure ", car nul gouvernement n'est habilité à décider de ce qui constitue le bon usage de la langue française. La Mission linguistique francophone ajoute à cette mise au point sa propre démonstration : la féminisation de chef par cheffe n'a, en tout état de cause (reconnaissance de l'autorité des académiciens ou non), ni légitimité ni pertinence, puisque la désinence -effe n'est aucunement le propre du féminin comme en atteste le greffe du tribunal. Réciproquement, la désinence -ef n'est nullement d'une insupportable masculinité , comme en atteste l'existen...

gêne occasionnée par la RATP ou la SNCF

A juste titre, de nombreux usagers jugent horripilante la formule apparue au début du XXIe siècle : " veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée ". Inventée par la RATP, la " gêne occasionnée " a fait tache d'huile dans pas mal de cerveaux, au point de s'y imposer comme un nouveau cliché : un cercle vicieux, une fausse joie, un panier percé, une gêne occasionnée . Apparemment anodine et pleine de sollicitude, la formule " veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée " offense non seulement la langue mais la logique et la morale. En voici la démonstration. Sur le plan linguistique et logique, on déplorera dans " la gêne occasionnée " deux choses qui vont de pair :  1• un abus de précision voisin du pléonasme, appelé périssologie : toute gêne est occasionnée, inutile de le préciser ; 2• l'absence d'un complément d'agent ou d'objet : occasionnée par qui, par quoi, à qui ? Si la précision par qui, par quoi...