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Articles

Affichage des articles du 2025

le ressenti

Permettez-nous de vous donner notre sentiment sur votre "ressenti". Tout comme "le déroulé" (même faute de syntaxe, même dérive) au lieu du DÉROULEMENT , "le ressenti" se caractérise par le recours artificiel à une forme verbale substantivée au lieu de l'emploi naturel d'un nom commun approprié. Cette vaine substitution est apparue depuis moins de dix ans. Il est encore temps de l'abandonner et très préférable de ne jamais l'adopter. Car ce que l'on RESSENT s'appelle depuis toujours, selon le contexte : • un SENTIMENT • une SENSATION • une IMPRESSION • une PERCEPTION • une ÉMOTION. Pas un "ressenti". Nous sommes tous portés par les travers en vogue dans la langue de notre temps et prompts à tomber dans leur ornière. Ce n'est donc pas une attaque personnelle si vous employez depuis peu "le ressenti" ! Juste une exhortation à retrouver sous votre plume et sur le bout de votre langue le mot  sentiment ("j...

guérillas et guérilleros

La presse francophone regorge de ce genre de titres : " La guérilla refuse de libérer les otages ". Or, ce n'est pas la guérilla qui refuse, ce sont les guérilleros . Ceux qui emploient guérilla au lieu de guérilleros diront qu'ils s'expriment par métonymie . C'est vrai, et c'est faux. C'est vrai car ils emploient le mot qui désigne une situation ou une action ( la guérilla ) pour évoquer ceux qui en sont les acteurs ( les guérilleros ) ; ce procédé de style est appelé métonymie . Mais c'est faux car il s'agit en fait - une fois encore - d'une bête erreur de traduction de l'anglais. Guérilla vient certes de l'espagnol guerrilla (petite guerre), et non de l'anglais. Mais il se trouve qu'en anglais, guerilleros se dit guerrillas !  Des dépêches de presse anglophones mal traduites ont fait le reste : " The Guerrillas Surrender " (" Les guérilleros se rendent ") a été traduit par "La guérilla se ...

en termes de

Comme il n'y a pas le moindre mot anglais, ni aucune rime en -ing , peu de gens entendent un anglicisme assourdissant dans l'expression " en termes de ". C'est pourtant du pur anglais ( in terms of ) traduit mot-à-mot et à la va-comme-j'te-pousse par des professionnels négligents œuvrant dans le monde de la presse, de l'édition, de la traduction bien sûr, et des affaires. Mais les affaires internationales et le marketing, ce qui les a rendus très désireux de parler pour le restant de leurs jours comme ils ont entendu le faire à Wall Street durant leur stage de quatre semaines aux USA. Cette entrée en contrebande de in terms of dans le français courant s'est produite peu avant la fin du vingtième siècle. Depuis, la tache s'incruste dans le tissu des raffinements langagiers qui drape nos discours et nous les rend seyants. Mais que signifie réellement " en termes de " dans toute autre langue que son habituel franglais ? En français, en terme...

dans les îles

En France, les professionnels de la langue - que sont notamment les journalistes, les enseignants et les orateurs politiques - semblent souvent avoir perdu la boussole : celle qui indique d'instinct à notre intelligence le mot juste. Hélas, cette désorientation de la langue des professionnels affecte en profondeur le langage courant. Spécialement en ce qui concerne le choix instinctif de la juste préposition de lieu . Qui sait encore qu'on n'habite pas "sur Lyon" mais À Lyon ? Concernant les îles, dont actuellement le Groenland, l'emploi fautif par les journalistes de "sur l'île" au lieu de " dans l'île " transforme ces solides territoires insulaires, sculptés dans l'écorce terrestre, en de frêles embarcations posées sur la mer ; ou de vagues pontons SUR lesquels on vadrouille. Ne procédons pas à ce sabordage. Revenons dans les îles. Et rappelons à nos proches que la ravageuse préposition sur n'y a pas sa place à tout prop...

écriture inclusive, la punition d'une innocente : notre langue.

Nous sortons de la lecture d'un document universitaire, ainsi libellé : "Che.re.s étudiant.e.s, tou.te.s les candidat.e.s sont tenu.e.s de... etc...." Aux yeux des tenants de cette illisibilité radicale, ce n'est pas du vandalisme culturel. Mais si ça n'en est pas, qu'est-ce ? En fait, les pouvoirs publics français [*] ont officiellement interdit cette aberration typographique, cette pénible  préciosité . Mais plusieurs présidents d'universités françaises n'en ont cure, et " de nombreu.ses.x élu.e.s loc.ales.aux " s'en fichent aussi. Ces personnes y voient un progrès symbolique qui légitimerait la décadence de l'écriture. Et la destruction de son lien avec la lecture ; car comment lit-ont à haute voix " étudiant.e.s " ? Ou encore : " les nombreux.ses élu.e.s locales.aux " ? Au cas où, depuis votre pays autre que la France, vous ne comprendriez rien à ce dont nous parlons ici, sachez que c'est une ...

c'est pas un sujet

À propos d'une journaliste qui fait mystère de l'origine de son nom peu commun, un autre journaliste conclut par ces mots l'article qu'il consacre à ce sujet de perplexité : " ...elle a choisi de ne pas en faire un sujet ." Si ! Manifestement, elle a choisi d'en faire un sujet de perplexité ! Lequel se mue en sujet de conversation et, dans ce cas, en sujet d'article. L'emploi abusif du mot " sujet " sans complément de nom (à charge pour nous de le deviner) est en France (pas dans le reste de la Francophonie) un snobisme aberrant d'apparition récente, à bannir. Nous devons TOUJOURS préciser un sujet de quoi : sujet de contrariété, sujet de satisfaction, sujet d'inquiétude, sujet de conversation, sujet de moqueries, sujet d'étude, sujet de rédaction, sujet du verbe, sujet de Sa Majesté ? Et si cet effort infime vous rebute, Ô orateurs et rédacteurs professionnels, il vous suffit de cesser d'employer le mot "sujet" ...

la crise n'est pas près de finir

Quiconque croit juste de dire "la crise n'est pas prête de finir" au lieu de " la crise n'est pas près de finir " se met le doigt dans l'œil ; ou plutôt, la langue... Et contrairement au gecko de Nouvelle-Calédonie, pas pour voir y plus net de près ni de loin. Car dans toutes les langues dont la nôtre, les adverbes sont massivement invariables*. Y compris les adverbes loin et près . L'idée fausse selon laquelle l'adverbe près posséderait la faculté extraordinaire de s'accorder en genre, et donc d'être tantôt masculin tantôt féminin, s'est pourtant incrustée dans certains esprits, notamment ceux de trop nombreux professionnels des médias parlants.  En dépit de longues années d'études de la langue française et de leur métier d'artisans de cette langue, des locuteurs professionnels de la télévision et de la radio perçoivent l'adjectif prête comme le féminin de l'adverbe près , puisqu'ils ne craig...

Louvre : non, ce n'était pas un braquage

Les malfaiteurs qui se sont emparés d'un trésor de joailleries exposées au Louvre n'ont pas commis un braquage, quoi qu'en dise la presse, mais un cambriolage , un vol . Car non seulement " braquage " est un terme argotique qui n'a pas sa place dans le vocabulaire de l'information non-triviale, mais l'argot "braquage" dérive du fait de braquer (une arme) pour dérober. Or, tel ne fut pas le cas. Si vous voulez absolument parler argot (comme les médias, Radio France en tête, et même les respectables orateurs politiques commentant ce vol), sachez qu'il s'agit alors d'un casse : un cambriolage avec effraction, donc avec "de la casse", mais sans main armée braquée sur qui que ce soit. De même, les auteurs de cette exaction ne sont donc pas des " braqueurs " mais des cambrioleurs , des voleurs , des malfaiteurs . • • • POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE,  CLIQUEZ ICI...

les liaisons agonisent

Chacun admet que " deux ans " ne se prononce pas deu' ans ( hiatus ) mais deu' z' ans  ( liaison euphonique ). Cette qualité instinctive de notre prononciation est mise à mal par les médias parlés de France, qui ont amplifié depuis un quart de siècle la surprenante mais fulgurante disparition des liaisons entre les adjectifs numériques (deux, vingt, etc) et les euros . Ce point de départ de "l'épidémie" de nécrose des liaisons fut instillé par les commerçants dès l'an 2000, annonçant les prix comme si la toute nouvelle unité monétaire euro s'écrivait avec un H aspiré. Ce qui donna "di euros" ; au lieu de dix euros, naturellement lié comme dix ans ou dix autres . France 5, l'intéressante "chaîne du savoir" (ce fut son slogan), a poursuivi ce travail de sape, en nous créant à partir de 2007 une pénible ribambelle de titres d'émissions à graphie ostensiblement défaillante, sur le principe de C à dire (sic) au ...

d'est-e en ouest-e

" Orages sur l'est-e du pays ." Chacun a pu remarquer que les orateurs professionnels francophones parvenaient sans peine à prononcer le duo de consonnes "-ST-" [ st ade, hi st oire, compo st ] à l'intérieur d'un mot, mais qu'il semblait être au-dessus de leurs forces de le prononcer correctement en fin de mot, c'est-à-dire sans y ajouter un -E fictif. C'est ainsi que l'est de l'Europe devient " l'est-e de l'Europe ", et tout à l'avenant. Il en va de même pour les trios de consonnes "-STN-" [ po stn atal ], "-STF-" [ Oue st-F rance ] et "RCD" [ Pa rc d es Princes ] rarement énoncés par les orateurs professionnels sans l'ajout d'un -E qui n'existe pas [ poste-e-natal , Parc-e des Princes, Ouest-e-France ]. Il est vrai qu'articuler le phonème "-STD-" n'est pas naturel aux francophones, tandis que les anglophones y arrivent sans peine et sa...

vols intérieurs et vols domestiques

" Suppression des lignes aériennes domestiques : une bonne chose ?"   Pour la langue française, oui, excellente chose que de ne plus évoquer des lignes domestiques (sic). Car cet anglicisme mal traduit sent le crash linguistique à plein nez. Les Échos auraient été bien inspirés de nous reformuler ce jargon en français sans nuages : " Suppression des lignes aériennes INTÉRIEURES". Dans la langue anglaise, le pays et la patrie sont très fortement assimilés au chez-soi, au foyer domestique, à la maison, le fameux home, sweet home . D'un soldat qui rentre au pays, l'anglais dit qu'il rentre home . Il ne dit pas "to the country", ce qui signifierait littéralement " au pays " mais ne serait qu'une étrange traduction mot à mot du français. De la même manière, les lignes aériennes qui restent à l'intérieur des frontières d'un même pays sont dites en anglais domestic (du latin  domus : la maison). Ces domestic flights...

ne lâchez rien, on ne lâche rien

Il y a douze ans déjà (23/12/2013), avant que "ne rien lâcher" soit devenu le leitmotiv éculé de tout compétiteur et tout négociateur, nous écrivions ce qui suit à propos de  cette expression dévorante qui fit sa grande percée en 2013. Un aimable animateur d'émission littéraire, voulant conclure un compliment à un jeune auteur prometteur, et l'encourager sans doute par ces mots à poursuivre sa carrière, lui dit à mi-voix : " ne lâchez rien ". " Ne rien lâcher " nous est venu du commentaire sportif, au sens de " résister" à ses concurrents, "surclasser" son adversaire, " poursuivre son effort ". De là, le tic verbal est passé au journalisme d'information générale dans une acception toujours plus vaste donc plus vague, puis s'est posé sur la langue courante et s'y accroche. Pour longtemps ? Peut-être pas. Le vent l'emportera. En guise de bain de bouche, la Mission linguistique francophon...

mais pas que

" Mais pas que ", placé en fin de phrase sans complément, est une expression humoristique, formée pour se substituer par dérision à " mais pas seulement ", " mais pas uniquement ", " mais il n'y a pas que ça ". " Tu es un bon mari ; mais tu as d'autres qualités " devient ainsi : " Tu es un bon mari ; mais pas que ". L'usage sérieux de ce raccourci est une erreur de registre. Selon l' Académie française , c'est plus exactement " une grave incorrection qu’il convient de proscrire ". Ce que l'Académie française juge grave, c'est de se montrer suffisamment sourd à sa propre langue pour ne pas comprendre qu'en l'absence de complément, que n'est plus le moins du monde synonyme de " seulement ". Ce qu'elle trouve gravement incorrect dans l'usage sérieux de " pas que ", c'est le fait de se montrer capable de supprimer la moitié des mots indispen...

béton armé et béton désarmé

Après le béton armé , voici le béton désarmé ! Grâce auquel l'ingéniosité humaine désarme en effet le béton de sa capacité de tuer en s'effondrant sous l'effet des redoutables efforts sismiques de la nature. Par-delà le jeu de mot, c'est le néologisme officiel que la Mission linguistique francophone propose à la Commission d'enrichissement de la langue française pour ce procédé novateur. Les sages décideurs de cette autorité de la francophonie pourront choisir entre deux variantes : • béton désarmé ; car démuni de sa faculté accidentelle de tuer par effondrement en cas de séisme. • béton désarmant ; car privant les séismes de leur faculté de détruire les structures porteuses en béton et coûter ainsi des vies. Ce dispositif ingénieux vient s'ajouter à d'autres variétés de procédés constructifs associant le métal au béton : • d'abord le béton armé (avec armature métallique), invention du Français François Coignet ; • puis le béton précontraint (garni...

échelle de la douleur

Les secouristes, pompiers et médecins, au premier rang desquels les médecins urgentistes, ont fréquemment besoin de se représenter la douleur éprouvée par le patient. Pour cela, ils nous  demandent de décrire notre douleur par une nombre sur une échelle de 1 à 10. Les professionnels de santé s'en accommodent et font la part des choses avec sagacité. Mais le nombre donné est hautement subjectif. Or, toute douleur n'est-elle pas subjective ? Si, et c'est pourquoi cette échelle de 1 à 10 a prouvé son utilité et ne souffre pas de critique fondamentale. Toutefois, on pourrait imaginer de faire correspondre à chaque échelon numérique une évaluation moins abstraite, et la plus parlante possible. Coupler ainsi cette échelle numérique avec une échelle d'adjectifs réduirait les larges approximations dans l'estimation "de 1 à 10". Voici la mise en mots que propose la Mission linguistique francophone . ÉCHELLE QUALIFICATIVE DE LA DOULEUR dans le mond...

cancérigène ou cancérogène ?

Apparu le premier dans notre langue, en un temps où les médecins étaient tous d'excellents latinistes et de bons hellénistes, le mot cancérigène s'est vu ultérieurement attaquer par un agent perturbateur : son synonyme mal lettré, "cancér o gène". Bien que les dictionnaires, dont celui de l'Académie française, entérinent les deux termes et leurs reconnaissent exactement le même sens, l'un seulement est correctement construit. Et c'est cancérigène , avec un i. Nul n'en disconviendra après la petite leçon d'anatomie que voici. Dans sa langue d'origine, la déclinaison du mot latin  cancer  signifiant crabe lui confère des formes tantôt en canceris tantôt en cancri   [d'où viennent les cancres et les chancres ] ou en  canceri , mais jamais en canceros ni cancero ni cancro. Pas de O dans ses articulations. Pourtant - au risque de sombrer dans une préciosité éclaboussée de faux savoir - une partie du corps médical francophone semble avo...

on est sur

C'est de la soie. C'est du piment de Hongrie. C'est une jeune femme en bikini sur un cheval. Spécialité de notre langue, classée parmi ses  gallicismes  [tournures propres à la langue française], la formule " c'est" semblait impérissable il y a encore dix ans. C'était sans compter avec l'obsession galopante pour la préposition  sur, employée à toutes les sauces et sans lien avec ce qu'elle signifie. C'était aussi sous-estimer la propension des francophones de France à imiter les travers des animateurs de télévision aux qualités d'expression les plus incertaines. À la télévision, le critique culinaire vous explique qu' on est sur une moutarde de Dijon, le spécialiste de sports automobiles vous révèle qu' on est sur une Ferrari de 1965, et le politologue qu' on est sur une grève dure. En lieu et place du gallicisme " c'est ", la langue médiatique a ainsi répandu l'usage fautif d'une tournure de ...

forêt urbaine

Des urbanistes au service de politiciens de l’écologisme ont forgé la locution « forêt urbaine » pour désigner la plantation en centre ville d’un petit nombre d’arbres dont la vocation première est de justifier la dénaturation d’un espace architectural ou carrossable dégagé, après l’avoir diabolisé comme étant « trop minéral ».  Le mot forêt,  de signification fort précise*, n'est pas ici galvaudé. Il est détourné. Détourné pour commettre, par hyperbole, une grotesque tromperie sur la marchandise à visée de propagande. En linguistique, cela s'appelle une "extension de sens abusive". En commerce, une escroquerie. En urbanisme et en paysagisme, une faute professionnelle. Tout le reste n'est (de la part des promoteurs de cette hyperbole attrape-gogos) qu'ergotage de mauvaise foi ; ce qui est le propre des professionnels pris en faute, des escrocs en action et des politiciens filous. N'entrons pas dans ce jeu. * https://www.onf.fr/ : UNE FORÊT est un territoir...

drone, hydrone, géodrone, cosmodrone

L'anglais drone signifie bourdon . Non pas celui qui donne le cafard, the blues , mais l'insecte qui vole grâce au tourbillon d'air ascendant créé par ses ailes. Par analogie, le nom de cet insecte a été choisi pour dénomme des aéronefs sans équipage, fonctionnant par pilotage automatique ou téléguidé : les drones. On voit apparaître des engins de secours en milieu aquatique fonctionnant sur le même principe d'absence de pilote. Si ce n'est qu'ils ne volent pas mais flottent. Les désigner par le terme drone est donc un abus de langage. Des industriels ont imaginé de les dénommer "drones aquatiques", ce qui est un paradoxe ou un oxymore, comme on voudra, mais une solution défectueuse sur le plan lexical. La Mission linguistique francophone a été sollicitée pour réfléchir au moyen de combler cette lacune terminologique. Voici les propositions de néologismes que nous avons formulées à l'attention de la Commission d'enrichissement de la langue f...