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d'est-e en ouest-e

"Orages sur l'est-e du pays."

Chacun a pu remarquer que les orateurs professionnels francophones parvenaient sans peine à prononcer le duo de consonnes "-ST-" [ stade, histoire, compost] à l'intérieur d'un mot, mais qu'il semblait être au-dessus de leurs forces de le prononcer correctement en fin de mot, c'est-à-dire sans y ajouter un -E fictif.

C'est ainsi que l'est de l'Europe devient " l'est-e de l'Europe ", et tout à l'avenant.

Il en va de même pour les trios de consonnes "-STN-" [postnatal], "-STF-" [Ouest-France] et "RCD" [Parc des Princes] rarement énoncés par les orateurs professionnels sans l'ajout d'un -E qui n'existe pas [poste-e-natal, Parc-e des Princes, Ouest-e-France].

Il est vrai qu'articuler le phonème "-STD-" n'est pas naturel aux francophones, tandis que les anglophones y arrivent sans peine et sans marquer de pause : "She's the best doctor". Ce n'est donc pas une acrobatie héroïque pour la bouche humaine.

Si les francophones se facilitent l'articulation de "zeste de citron", "geste de dépit", "reste du temps" en faisant entendre le E muet final de zeste, geste et reste, il n'y a pas là de faute car ce E existe bien ; même si sa nature, dite muette, suppose qu'on le taise : "plus un geste ou je te tue, reste à ta place, crache les zestes". Ici, seuls les locuteurs ayant un fort accent du Sud de la France, par exemple, prononcent les e muets de gestes, reste, zeste. Ce qui n'est pas une faute, puisque ce -e terminal existe.

Par contre, il est fautif de prononcer des voyelles qui n'existent pas dans les mots [comme dans : un ours-e blanc, mon ex-e-femme, les fast-e-food, Ouest-e-France].  Cette faute de prononciation s'appelle savamment une paragoge. Si l'on est incapable d'articuler -STD- sans y intercaler un E, le seul moyen de prononcer correctement À l'est d'Eden est alors de marquer une très courte pause entre est et d'Eden.

Mais la grande majorité des orateurs passent à côté de cette solution, et se livrent à la prononciation d'une faute d'orthographe : "À l'est-e d'Eden".

Devant ce constat, vieux de plus d'un siècle, et devant l'incapacité des grands médias parlés à obtenir de leurs employés rétribués pour être d'exemplaires professionnels de la parole qu'ils cessent de commettre cette entorse à la phonétique, notre Mission linguistique francophone propose avec pragmatisme - et avec un zeste de dérision - une modification orthographique qui résoudrait le problème : accepter désormais les orthographes Oueste et Este. La prononciation "ouest-e" et "est-e" devant "du pays" serait ainsi officialisée et licite tout en cessant d'être incohérente avec l'actuelle graphie de ces mots.

Cette évolution orthographique n'aurait rien de choquant ni d'absurde, puisque les mots ouest et est nous viennent de l'anglais west et east. Ils ont donc déjà subi une adaptation orthographique à l'élocution française. Ils peuvent en subir encore une autre sans dommage.

La question n'est même pas de savoir si l'erreur des professionnels de la parole peut légitimement peser sur l'évolution de la langue : il se trouve qu'elle pèse effectivement, et de tout son poids. Autant prendre ici acte de la trop grande difficulté de prononcer "ouesST Du pays", plutôt que de se battre contre les moulins à vents - vent d'est ou d'ouest.

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Commentaires

Harold a dit…
La paragoge m'écorche quotidiennement l'oreille (synecdoque), aujourd'hui encore, sur France inter, on parlait d'ourse blanc. Soit il s'agit d'ourses blanches, soit d'ours blanc, que diantre !

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