mardi 15 octobre 2019

similitudes et similarité


Le fait de présenter plusieurs aspects similaires sans être totalement identique se dit comment en anglais ? Similarities (pluriel de similarity). You are right. Et comment cela s'appelle-t-il en français ? Des similarités ? Non : des similitudes, ou même une similitude.

La Mission linguistique francophone relève une mise en péril de l'avenir du mot similitude par la mauvaise traduction généralisée de similarity et de son pluriel similarities. Les professionnels concernés (traducteurs, journalistes, pédagogues friands de publications scientifiques en anglais) sont invités à ne pas confondre le français et l'anglais, ni se tromper de désinence. Et donc, à se méfier presque autant du piège tendu aux similitudes par les "similarités", que du piège tendu à la bravoure par la "bravitude"...

En français, on emploiera le singulier "la similitude" pour traduire l'idée d'une complète analogie ("la similitude de leurs deux témoignages était suspecte") ; et on emploiera le pluriel "les similitudes" pour désigner un ensemble de ressemblances ("il y avait dans leurs témoignages quelques similitudes et beaucoup de divergences ; il n'y avait donc pas de similarité entre leurs deux récits").

En tout état de cause, on réservera la notion pointue de "similarité" au discours philosophique ou scientifique sur l'existence d'un caractère intrinsèquement et rigoureusement similaire ("la similarité des clones n'est que théorique").

Dans le cas général, on misera tout sur le pluriel français les similitudes pour traduire l'anglais the similarities sans dénaturer la finesse de notre langue : "les similitudes entres clones sont impressionnantes, mais ne vont pas jusqu'à cette similitude absolue qu'on pourrait appeler similarité".

Bref, les mots similarities et similarités présentent des similitudes trompeuses mais pas de similarité : ils ne sont pas intégralement équivalents. Ce sont donc intégralement deux faux amis.

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lundi 14 octobre 2019

échouement au JT de France 2



Journal télévisé vespéral de France 2 [13 octobre 2019] .

"L'an dernier, un élève braquait son professeur avec un pistolet". Non : ce charmant élève a braqué un pistolet sur son professeur, et non braqué un professeur avec un pistolet...

La voix off de ce reportage poursuit : "Deux mains, etc". Or, il va s'avérer qu'il ne s'agit pas de deux mains mais de demain. La différence entre les sons -eu- de feu et de peur, de je veux et je meurs, de demain et deux mains ? Rien à battre.

Sujet suivant, sur un échouement en Corse. Autre voix off pour cet autre reportage. La voix d'un homme jeune nous parle des "garde-cotte" et de "la zonne" au lieu du garde-côtes et de la zone. Un accent régional qui l'empêcherait de prononcer correctement les sons Ô fermés ? Pas du tout, puisque ce même récitant nous parle des "rôchers" au lieu des rochers. Ce professionnel de la parole nous met un Ô ou il ne faut pas et nous en prive où il en faut. Plus incohérent encore, il prononce correctement la roche (et non la rôche) mais ne parvient pas à faire le lien instinctif entre entre roche et rocher pour les prononcer à l'unisson. C'est donc simplement le gros bordel (et non bôrdel) dans la phonétique, la sémantique et la syntaxe médiatiques, à France Télévision comme ailleurs en France sinon hors de France. On le savait, on s'afflige tout de même de voir la tendance s'accentuer de façon exponentielle. Et on éteint la télévision, lassé de devoir corriger in petto, toutes les dix secondes, la forme informe de ce qui nous est dit.

dimanche 13 octobre 2019

save the date : l'anglomanie parfaite

 
L'anglomanie s'exprime par l'abus de termes anglophones ou « anglomorphes », c'est-à-dire d'apparence anglaise.

L'anglomanie s'épanouit dans la tendance à employer des termes anglais bien que leur traduction française existe parfaitement. Elle culmine dans le recours à des termes inexistants dans la langue anglaise mais qui semblent lui avoir été empruntés (par exemple, le « pressing » cher aux commentateurs sportifs, employé par erreur à la place de l'anglais pressure, dont la formulation correcte en français est pression).

Plus insidieusement, l'anglomanie s'infiltre dans la tendance récente des Francophones à généraliser des constructions grammaticales contraires à la syntaxe du français mais conformes à la syntaxe de l'anglais (par exemple, en construisant le complément de nom par juxtaposition : « logement étudiant » au lieu de : « logement d'étudiant » ; « structure bois » au lieu de « structure en bois »).

L'anglomanie nous invite à la suivre quand des amis de langue maternelle française s'adressent à nous non pas à l'aide d'une invitation mais d'un irritant save the date (trois mots au lieu d'un, treize lettres et espaces au lieu de dix).

Ce sont des amis, alors on leur pardonne. Mais on se demande d'où leur vient ce snobisme, cette illusion que l'anglais les rend plus élégants, plus dynamiques, plus séduisants, plus nobles. D'où vient cette incapacité à comprendre qu'en parlant anglais entre francophones, ils ne s'adonnent pas à une activité valorisante, visionnaire et percutante, mais à une banalité rétrograde qui n'épate personne parce que sa singularité est émoussée depuis un siècle.  D'où cet aveuglement leur vient-il ? Réponse : de leur anglomanie.

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vendredi 11 octobre 2019

salle omnisport

On voit presque partout l'adjectif omnisport écrit comme un pluriel invariable : omnisports. L'ajout permanent d'un s de pluriel au singulier d'un adjectif sous prétexte qu'il comporte une idée de multiplicité est sans gravité pour la santé de notre langue - car c'est une aberration rarissime, voire unique - mais préoccupant quant à la faille d'intelligence collective capable d'aboutir à ce choix illogique.

L'exemple désastreux fourni par "salle omnisports" (sic) est d'une grande ineptie.

Car si les préfixes exprimant la multiplicité se mettaient à avoir le don de rendre les singuliers pluriels, alors il faudrait écrire "une femme polyvalentes" car elle a de multiples talents ! Il faudrait se mettre pareillement à écrire "un mammifère omnivores" ou "la multiplications" avec un s et "la polygamies" itou.

Nous n'avons pas réussi à convaincre tous les professionnels du sport, toutes les collectivités et entreprises détentrices d'équipements omnisports [ici avec un s irréprochable car l'adjectif est au pluriel] ni certains éditeurs de dictionnaires de renoncer à adopter cette aberration : l'accord d'un terme pourtant singulier avec le pluriel évoqué par son préfixe. Mais le monde francophone sera reconnaissant aux personnes morales et physiques moins entêtées dans l'erreur de ne pas commettre celle-ci, dont la bêtise hors concours disqualifie chaque supporter.

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NDE : Cet article ne relève pas d'une lubie puriste. C'est bien une lourde faute que d'ajouter un s au singulier de l'adjectif omnisport, puisque l'Académie française définit ici ce qualificatif comme invariable en genre (on ne dira pas d'une salle qu'elle est "omnisporte") mais variable en nombre (un club omnisport, des rencontres omnisports). Prière, donc, à tous les correcteurs d'orthographes et dictionnaires fourvoyés, tels Cntrl, Wikipédia ou Larousse, et à toutes les institutions sportives mal dénommées de corriger leur erreur.

jeudi 10 octobre 2019

échelle de la douleur

Les secouristes, pompiers et médecins, au premier rang desquels les médecins urgentistes, ont fréquemment besoin de se représenter la douleur éprouvée par le patient. Pour cela, ils nous  demandent de décrire notre douleur par une nombre sur une échelle de 1 à 10. Les professionnels de santé s'en accommodent et font la part des choses avec sagacité, mais le nombre donné est hautement subjectif. Or, toute douleur n'est-elle pas subjective ? Si, et c'est pourquoi cette échelle de 1 à 10 a prouvé son utilité et ne souffre pas de critique.

Toutefois, on pourrait imaginer de faire correspondre à chaque échelon numérique un qualificatif moins abstrait, et le plus objectif possible. Coupler ainsi cette échelle numérique avec une échelle "adjective" réduirait les larges approximations dans l'estimation "de 1 à 10" d'un même niveau de douleur. Voici la mise en mots que propose la Mission linguistique francophone.



ÉCHELLE QUALIFICATIVE DE LA DOULEUR
dans le monde francophone

[ 0 • Aucune ]

1 • Négligeable
2 • Très légère
3 • Légère
4 • Modérée
5 • Soutenue
6 • Forte
7 • Intense
8 • Extrême
9 • Atroce
10 • Totale 



Cette traduction de nombres en vocabulaire courant ne prétend pas gommer les disparités de gradation subjective entre les douillets et les stoïques, ni exiger d'être connue par cœur en cas d'accident. Mais elle présente l'intérêt de remédier à l'actuel défaut de repères universels dans l'échelle "de 1 à 10"  : en quoi consiste la "moyenne" de la douleur et où atteint-elle ses limites haute et basse ? Ce sont les points entre lesquels nous calerons l'indication de la nôtre pour en faciliter le décodage par les soignants.

La grille de lecture que nous proposons ici permet de situer plus clairement la moyenne et les extrêmes.

La moyenne de 5 sur 10 se place à un niveau de douleur soutenue, c'est-à-dire présente sans répit mais encore tolérable, encore soutenable, au moins à court et moyen terme.

Au-dessous de soutenue, viennent tous les qualifications de douleurs supportables.

Au-dessus de soutenue, viennent les douleurs plus envahissantes, entre difficilement supportables et rigoureusement intolérables ; les douleurs fortes apparaissent donc dès l'indice 6 sans devoir forcément grimper plus haut pour faire entendre un vif besoin d'analgésie.

Chacun pourra moduler l'appréciation qu'on lui réclame en ne perdant pas de vue ce que décrivent les extrêmes.

L'indice 10, qualifié de douleur totale, ne correspond pas à un coup de pied dans le tibia mais doit être réservé à la pire expérience possible de la douleur : une souffrance physique et psychique tellement inhumaine ou surhumaine que la mort immédiate lui est préférée par le patient, à l'instar du soldat criblé d'éclats d'obus et démembré implorant son camarade de l'achever dans la seconde. C'est aussi le degré de douleur dont l'expérience ou la seule menace imminente est tellement insoutenable que, pris dans l'embrasement au kérosène de leur étage de gratte-ciel, de nombreux occupants du World Trade Center ont pu choisir de se défenestrer plutôt que de faire l'expérience d'une douleur d'indice 10. Les rages de dents, les migraines, les douleurs de l'enfantement, les lombalgies, même dans leurs paroxysmes, n'atteignent pas ce niveau.

L'indice 1, qualifié de douleur négligeable, exprime une gêne d'un degré si faible que nous devons faire un effort de concentration pour la remarquer.

Nous sommes tous des patients passés, présents ou en puissance, et avons tous notre mot à dire sur la douleur. N'hésitez donc pas à formuler ci-dessous vos remarques sur cette esquisse d'échelle de description par qualificatifs, selon votre propre perception subjective de la douleur... et de notre langue. Cela ne lui fera pas de mal.

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mercredi 9 octobre 2019

"être vent debout" : sens et contresens

"Vent debout" est un terme de navigation à voile indiquant qu'un bateau se trouve exactement face au vent et n'avance donc plus. Qu'il est privé de vitesse et de possibilité de manœuvre, toutes voiles dégonflées, inerte.

C'est donc dans un sens faux que cette expression est devenue insidieusement un tic de la langue médiatique et politique, une dizaine d'années après l'an 2000.

Lorsqu'un orateur politique nous annonce aujourd'hui que ses partisans sont "vent debout contre" telle ou telle réforme, il s'imagine nous annoncer qu'ils s'y opposent avec vigueur, comme redoutablement campés sur leurs deux jambes dans un vent funeste. Mais il dit exactement le contraire : il nous apprend qu'ils sont réduits à l'impuissance et immobiles dans une mer qui s'agite sans eux...

Ce n'est pas une lourde impropriété de terme, juste une petite erreur de cap sémantique. Car à 15° près dans la rose des vents, ces opposants pourraient cesser d'être immobiles "vent debout" et commencer à lutter "au près". C'est-à-dire en remontant hardiment, et très efficacement, contre le vent qu'ils combattent.

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mardi 8 octobre 2019

pour des chefs en meilleure forme

Lettre ouverte à Monsieur le Premier ministre [France].

Obscure observatrice bénévole de la communication linguistique, vous ne me lirez jamais, c'est la règle du jeu. Cependant, je vous écris en dernier ressort et en votre qualité de ministre de tutelle de l'Académie française.

Sous la pression d'une partie de l'opinion publique, cette institution vénérable a fait un choix malencontreux. Au nom du droit à l'erreur instauré par votre gouvernement, peut-on espérer que vous l'invitiez à repenser ce choix ?

Voici de quoi il retourne.

Sachant que la terminaison .effe n'est pas particulièrement signe du féminin comme en atteste le greffe du tribunal, mot masculin homographe du mot féminin la greffe de peau, il est bien dommage que la féminisation de "le chef" sous la forme "la cheffe" soit passée finalement au lieu de "la chef", féminisation naturelle et immédiate, calquée sur le sobre et beau modèle de "la nef".

L'Académie avait l'occasion de nous doter d'une orthographe identique pour les deux genres, tout en procédant à une féminisation impeccablement cohérente avec notre langue (je me répète : la nef, la clef et, tout récemment apparue par apocope, la haute def).

Contrairement à l'Office québecois de la langue française, l'Académie française n'a pas perçu cette aubaine. Étonnant.

Puisque la sonorité est de toute façon la même, cela aurait permis d'écrire "Tartempion, chef de cabinet ou chef de gare", "Tartempion, chef de service", "Tartempion, médecin chef", "Tartempion, chef de cuisine ou chef de rang", "Tartempion, chef de projet", que Tartempion soit homme ou femme en poste, comme on écrit juge ou dentiste ou architecte ou maire ou garagiste ou secrétaire ou bénévole ou compatriote ou ministre pour tout le monde. Cette mixité du mot le ou la chef comme celle du neutre médecin nous évite la déconcertante "médecine cheffe" ou l'incohérente "médecin cheffe" (on féminise l'un des deux noms de fonction mais pas l'autre ?).

Dommage d'avoir laissé passé l'occasion d'ajouter le mot chef à la liste, longue et bien pratique, des graphies mixtes et des noms de fonction ambisexes.

Dommage de s'être privé de la possibilité d'invoquer globalement "les chefs" en ne discriminant personne, plutôt que s'obliger désormais à énumérer les unes et les autres en bégayant "les cheffes et les chefs"... "les Architectes en cheffe et en chef des Monuments historiques"...

Sous la pression d'une conformisme ambiant obsédé par la ségrégation des genres plutôt que la promotion de leur bienveillante mixité, l'intérêt général donc collectif se perd de vue et le ridicule ne tue plus.

Devons-nous écrire désormais "derecheffe" chaque fois qu'une action se répète ou qu'une personne recommence quelque chose ?

Et à propos de parité, une personne, une victime, une célébrité, une ordure, une sentinelle, une recrue, pour désigner des garçons, qui cela incommode-t-il au point de vouloir masculiniser ces termes ? Qui réclame qu'on distingue "une célébritée" pour les femmes et "un célébrité" pour les hommes ? Et qui l'accordera en haut lieu ?

J'aurais été heureuse que ne l'emportent pas les partisanes les plus vindicatives dans la ségrégation entre masculin et féminin, telle votre Secrétaire d'État pourtant chargée de parité et non de disparité. Oubliant manifestement comment s'écrivent la valeur, la hauteur, la clé ou la mer (sans .e) et le génie, le père, le rêve ou l'érotisme (avec un .e) on sait que ces passionaria se sont durablement égarées à considérer le .e terminal comme marque indispensable du féminin*. Au point de vouloir écrire "une auteure de valeur", en toute incohérence, et dans un même élan discordant "une cheffe sans fief" mais pas "une neffe sans chef". Il faut s'accrocher pour les suivre...

On sait que c'est au nom de cette conviction irrationnelle qu'elles ont imposé et obtenu à l'usure la validation par l'Académie française, très à contre-cœur, de "la cheffe" plutôt que "la chef", nous désolidarisant ainsi de l'antériorité canadienne en faveur de la chef, à laquelle il nous suffisait d'apporter l'approbation lucide de la France après tente ans de réflexion.

Aucun argument rationnel ni aucun argument symbolique qui soit fidèle à notre devise d'égalité et de fraternité ne justifie le choix d'un pesante graphie ostensiblement démarquée de "le chef" par ce .e fétiche, plutôt qu'une féminisation harmonieuse et fédératrice adoptant une exacte identité orthographique, selon un désir de partage et de cohérence avec l'identité sonore (la chef/le chef), l'identité de sens, l'identité de fonction et l'identité d'étymologie.

Mais je ne siège pas à l'Académie et n'ai pas pu plaider cette bienveillance entre les genres ni cette économie de deux lettres vaines.

Veuillez agréer, Monsieur le Premier ministre, l'expression de ma très haute considération,

Miss L.F.

* NDE : Cette méprise semble venir d'une confusion entre la forme des adjectifs et celle des noms communs dans notre langue. Il est exact que la plupart des adjectifs féminins se distinguent en français par leur .e terminal (joli/jolie, boudeur/boudeuse) et que les adjectifs se féminisent ainsi. Mais rien d'aussi systématique pour les noms féminins (la main/la dent/la fleur/la splendeur/la maison/l'action/la jument/la libido/la pizza/la part/la nuit/la mort/la fin/la faim/Patricia/Marion/Soizic/Vénus, etc). Or ni "chef" ni "procureur" ni "juriste" ne sont des adjectifs. Leur féminisation ou leur masculinisation ne passe pas par l'ajout ou la suppression d'un .e terminal : ma chef est une procureur pleine d'ardeur et son frère est le juriste bénévole le plus adorable, écrira-t-on sans confondre les adjectifs avec les autres mots, contrairement à ce qui résultera d'un dogmatisme aveuglé par la croyance en la féminité intrinsèque du .e au bout de tout mot, articles compris tant qu'à faire :  ma cheffe est une procureure pleine d'ardeure et son frère est l'jurist bénévol l'plus adorabl. Si nous ne retrouvons pas nos esprits quant à la réelle condition du .e terminal en français, c'est cette seconde façon de traiter notre langue qui se profile à l'horizon dès 2020.

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lundi 7 octobre 2019

cosmonautes, astronautes, spationautes, taïkonautes


Comment appellera-t-on en français un astronaute suédois ? Ou un cosmonaute rwandais ?

Nul ne sait. Mais à chaque mission spatiale chinoise, la presse francophone s'engouffre avec une promptitude irréfléchie dans l'emploi d'un terme spécifique pour les cosmonautes chinois : ce seraient des taïkonautes. Le journal Le Monde va jusqu'à donner cette précision étymologique toute aussi irréfléchie ; c'est-à-dire tout aussi fausse : "taïkonaute signifie homme de l'espace en chinois". Absolument inexact. Taïkonaute signifie quelque chose comme "navigateur du grand vide" en greco-latino-chinois [nautes est un mot latin emprunté au grec].

Certains ont propagé l'idée qu'il faudrait employer des termes différents selon la nationalité de l'individu propulsé dans l'espace : astronaute s'il est citoyen des USA, cosmonaute s'il est Russe, spationaute s'il est Français, vyomanaute s'il est Indien et taïkonaute, donc, si la personne est Chinoise. Ce serait le seul exemple dans toute la langue française d'un nom de métier adapté à la nationalité du professionnel ! Un danseur, un cuisinier ou un architecte ne changent pas de nom selon leur pays d'origine. Pas davantage dans le sport - haut lieu du chauvinisme, pourtant. Un skieur et un nageur restent, en français journalistique comme en français courant, un skieur et un nageur, quelle que soit leur nationalité.

Wikipédia (dont les lexicographes improvisés ne sont jamais à court de certitudes étranges et naïves) va jusqu'à affirmer que le terme cosmonaute "s'applique à un Russe ou à un Français ayant volé avec un Russe..." De mieux en mieux. Et comment appellera-t-on un Hongrois ayant volé avec une Guatémaltèque et deux Siamois, chers wikipédiens de génie ?

La Mission linguistique francophone invite les professionnels francophones de l'information et leur public à renoncer à cette idée absurde selon laquelle il faudrait employer des mots différents pour qualifier les cosmonautes ou astronautes des différents pays du monde. Cette lubie est d'autant plus sidérante que la navigation sidérale ne connaît ni frontières ni contours territoriaux d'aucune sorte.

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samedi 5 octobre 2019

long terme, moyen terme, court terme

Terme est ici à comprendre au sens d'échéance, au sens de fin, comme dans le verbe terminer et le mot latin devenu français terminus.

Pourquoi ne faut-il jamais dire "sur le long terme" ni "sur le court terme" ? En quoi est-ce une faute indéniable, doublée d'une inutile complication ?

Parce que dans notre langue, les chose se font à terme, et non sur terme : un enfant naît à terme, un loyer se paie à terme, un train arrive au terminus, etc.  Un enfant ne naît pas "sur terme", et encore moins "sur le terme".

"Sur terme" est donc faux, et "sur le terme" l'est plus encore. Que le terme soit long, moyen ou court, ni "sur" ni "sur le" ne peuvent le précéder.

Pour cette raison, on dira donc exclusivement "à long terme, à moyen terme, à court terme", et on se désintoxiquera de l'inepte "sur le long terme" ressassé depuis quelques années par les orateurs publics et dans les conversations d'affaires.

Hélas, la désintoxication sera difficile. Car les francophones ont contracté depuis plus de vingt ans une fièvre contagieuse dont le symptôme est une prédilection obsédante pour la préposition "sur", au détriment de la quasi totalité des autres prépositions, notamment les prépositions "à" (à Pau devenant sur Pau), "dans" (dans la région devenant sur la région, dans l'île devenant sur l'île), "devant" (vous êtes devant un Picasso devenant vous êtes sur un Picasso), "en" (en Corse devenant sur la Corse), "vers" (je roule vers chez toi devenant je roule sur chez toi), "par" (on passera par Liège devenant on passera sur Liège), etc.

Pour pouvoir caser du "sur" absolument partout, on en vient à remplacer les verbes les plus naturels par d'autres très éloignés. Par exemple, au lieu de "je fais un sabayon",  tout candidat de Top Chef a pris le (mauvais) pli de nous dire : "je pars sur un sabayon". Bon vent, l'ami.

L'expression "sur le long terme" est un des multiples reflets de cette manie d'employer "sur" à toutes les sauces, y compris les plus indigestes. Comme "sur long terme" leur semblait étrange, d'instinct les mauvais orateurs ont ajouté l'article le et ainsi doublé la faute.

Pour ne pas imiter ces deux erreurs cumulées, on se désintoxiquera à très court terme de la manie de coller partout du sur, et en particulier "sur" le court terme et "sur" le long terme, puisqu'en bonne syntaxe les échéances sont à court terme ou à long terme, et sans article.

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vendredi 4 octobre 2019

"suite à" : ses ravages s'amplifient

La locution suite à ravage toujours plus amplement la langue française. L'année 2019 est marquée par son expansion dégoulinante et l'appauvrissement impressionnant qui en résulte. 

Curieusement, la formule suite à est construite selon une aberration syntaxique que personne n'applique à d'autres locutions similaires. Qui dit "cause à" au lieu de "à cause de" ? Personne.  C'est pourtant exactement la même faute de syntaxe qui est commise d'un cœur léger dans "suite à" au lieu de "à la suite de". Cette surdité aux dissonances de sa propre langue et aux incohérences internes qui en sont les fausses notes hurlantes, voilà ce qui intrigue et consterne.

Mais le problème tient surtout à la désertification culturelle et intellectuelle causée par la propagation ravageuse de la faute de français "suite à".

Un internaute éclairé, Didier Pautard, s'émeut du véritable cancer de la langue qu'est devenue la formule "suite à", et relate en ces termes sa mésaventure de soignant culturel dont les soins sont défaits par un ignare opiniâtre, ou par plusieurs :

"Voulant bien faire, j'effectue des séries de correction dans [Wikitionnaire et Wikipédia]. Elles portent par exemple sur des formulations du type : « suite à la situation politique tendue entre les deux pays », que l'on peut exprimer correctement par « à cause des tensions politiques entre les deux pays ». 

Un certain nombre de contributeurs me remercient pour mes modifications. Malheureusement, un administrateur, toujours le même, importuné par ces améliorations, les critique et les révoque systématiquement en arguant de lourdeurs, de risques de changement de sens.


Effectivement « suite à », en raison de son sens flou et de son inexactitude grammaticale,  ne sous-entend rien de très explicite. À quoi bon clarifier ?

Si « suite à » continue à phagocyter d'autres locutions, on peut légitimement s'inquiéter pour la diversité lexicale et la précision sémantique de la langue française.  Que faire ?" (fin de citation, 2014)

La Mission linguistique francophone constate qu'il est trop tard pour faire machine arrière. Ce déferlement n'a pas été vaincu et les efforts conjugués des institutions culturelles n'arrivent plus à peser face à l'inculture de la langue médiatique et de celle des affaires, gorgées l'une comme l'autre de "suite à".

En 2019, non seulement la locution "suite à" n'est plus perçue comme une faute de français, même par de nombreux locuteurs cultivés et expérimentés, mais elle a effacé du discours ambiant des locutions que l'on croyait bien ancrées dans notre langue. Des locutions qui lui étaient en toute certitude extrêmement utiles, qui existent dans les autres langues, et dont seule la nôtre est en train de se priver. Ces synonymes corrects, plus fins et plus explicites, nous les voyons expirer, victimes de la paresse intellectuelle et du suivisme langagier qui ont permis en moins de vingt ans à un barbarisme technocratique de les évincer.

Rapport à (..."rapport à vos antécédents"...) et suite à (..."suite à notre débâcle"...) sont apparus il y a cent ans en qualité de plaisanteries de comiques troupiers raillant la mauvaise maîtrise de la syntaxe par les administrations ! Formules asyntaxiques par dérision, elles étaient placées dans la bouche de troufions ou d'adjudants reprenant ces bourdes de la langue administrative, mais dans un discours qui se voulait châtié. Le public n'était pas sourd à la cuistrerie de ces formulations et se tordait de rire. Le conscrit et son "suite à" étaient les ancêtres du policier de Coluche et de son hilarant "un visage pas tibulaire, mais presque" !

Hélas, aujourd'hui le public fait du comique troupier et du pré-Coluche sans le savoir, et se rengorge d'employer une locution aberrante, comme un bourgeois gentilhomme au comble du ridicule et ne s'en apercevant pas.

Voici les synonymes irréprochables qui doivent être préférés en toute circonstance, dans un français ordinaire, limpide, précis et dépourvu de ridicule.

"Suite à" est une expression fautive employée sans discernement à la place de tous ces termes irréprochables :

pour faire suite à (correct : "pour faire suite à votre demande" et non "suite à votre demande")
à la suite de (correct : "le salaire de la peur" et non "le salaire à la peur", donc "(à la) suite de" et non "(à la) suite à" qui est une faute de construction du complément de nom)
à cause de (on notera que personne ne dit "cause à", pourtant construit comme "suite à")
• en raison de (on notera que personne ne dit "raison à", pourtant construit comme "suite à")
du fait de (on notera que personne ne dit "raison à", pourtant formé aussi mal que "suite à")
faute de (correct : "faute de place" et non "suite au manque de place")
compte tenu de (correct : "compte tenu de votre attitude, votre place n'est plus parmi nous", et non "suite à votre attitude...")
depuis (correct : "depuis ton départ, je m'ennuie" et non "suite à ton départ..."
après (on dira "après examen de votre réclamation" et non "suite à l'examen de votre réclamation" ; comme on dira "après tant d'échecs" et non "suite à tant d'échecs")
pour (correct : "licencié pour avoir menti" et non "licencié suite à un mensonge")
parce que (correct : "parce que j'ai peu d'amis" et non "suite à mon peu d'amis")
conformément à (correct : "conformément à nos engagements" et non "suite à nos engagements")
en réaction à (correct : "en réaction au conformisme de son milieu familial, il se détourne de la religion" et non "suite au conformisme de son milieu familial...")
• dans le cadre de (correct : "dans le cadre de ce congrès, j'ai multiplié les contacts" et non "suite à ce congrès...")
• etc

On voit que le pire défaut du recours machinal au vague "suite à", quelle que soit sa faute grammaticale, c'est que cela dispense de penser à ce qu'on exprime : c'est de la parole non seulement mal formée mais sans idée précise.

On entend aussi progresser son utilisation abominablement stupide comme pivot doté d'une valeur qualificative, dans une formule comme "il y a trop de noyades suite à des imprudences", ou "la SCNF accumule des pannes suite à la neige". Cela au lieu de ceci :

• par ("noyades par imprudence")
• causées par, occasionnées par, provoquées par
• dues à, consécutives à, imputables à
• résultant de, découlant de
  Alors, que faire contre le cancer suite à ? Ne pas craindre de reprendre avec obligeance les utilisateurs innocents de cette formule coupable.

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mercredi 2 octobre 2019

les vingt-quatre dernières heures

La langue française a subi ces vingt dernières années une sévère poussée de désorganisation dans l'emploi des adjectifs dernier, premier, prochain placés au contact d'un nombre.

La grande majorité des journalistes, des orateurs politiques et des rédacteurs publicitaires [seules cibles de la causticité de nos rappels élémentaires en matière de maniement de la langue] nous parlent des "prochaines 48 heures" ou des "dernières 24 heures". Entraînant le public à patauger dans les fautes qu'ils banalisent, ces professionnels de la langue vivent sous l'influence de mauvaises traductions de l'anglais, langue étrangère dans laquelle l'ordre des mots est ici l'inverse du nôtre.

En français, l'adjectif cardinal (un, deux, trois, etc) doit toujours se situer avant l'adjectif qualificatif. Ce n'est pas une option, c'est une obligation.

Pour expliquer les choses moins savamment, nul n'ignore que le français exige que l'on dise : "j'ai trois grands enfants", et non : "j'ai grands trois enfants" ; et "les dix plus belles villes du Maroc" plutôt que "les plus belles dix villes du Maroc". Sous peine d'incohérence, on ne peut donc pas dire "les dernières vingt-quatre heures", pas plus que "les dernières vingt-quatre secondes". Le seul ordre correct de ces mots est : "les vingt-quatre dernières heures", "les vingt-quatre dernières secondes".

Cette règle intangible du français se vérifie aisément pour les jours écoulés ou à venir : chacun dit bien "dans les deux prochains jours" et non "dans les prochains deux jours". L'ordre à respecter est exactement le même pour "les quarante-huit prochaines heures", synonyme de "les deux prochains jours".

N'est-il pas vertigineux de devoir rappeler à des professionnels de la langue sur quelles fondations doit s'édifier leur discours, et ce jusque dans l'ordre le plus élémentaire des mots ?

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mardi 1 octobre 2019

peut-on coconstruire ?

Néologisme inutile à souhait, le verbe coconstruire signifie simplement construire.

Ou éventuellement construire ensemble, si l'on aime les périssologies [précisions redondantes]. Car dans construire, le préfixe con- signifie déjà ensemble ! Mais surtout, parce que le contexte indique toujours que la prétendue "coconstruction" se fera à plusieurs : dans "nous allons coconstruire", le sujet pluriel est déjà là pour exprimer la communauté d'action ; et dans "je vais coconstruire", on voit que l'énoncé est absurde (construire ensemble mais seul ?), ou bien qu'il manque le complément précisant avec qui je vais construire. Or, "je vais coconstruire une maison avec mes cousins" serait un pléonasme, qu'on s'évitera en disant tout simplement "je vais construire une maison avec mes cousins".

La réponse est donc non : on ne peut pas "coconstruire" sans commettre une maladresse de langage.

Mais supposons que si.

Alors, pour qui construit absolument seul (ce qui est rare mais existe, et pourrait justifier de le préciser : "j'ai construit seul ce gratte-ciel"), faut-il s'encombrer du néologisme soloconstruire, fabriqué sur le modèle de coconstruire ?

Non plus. Chacun le sent bien. Car le français n'est pas une langue du mot mais de la phrase : la langue française n'agglutine pas volontiers les notions en un seul mot, comme le font le basque, le hongrois, l'allemand et bien sûr l'anglais. Elle les juxtapose harmonieusement au moyen d'une construction grammaticale qui devrait être instinctive chez les professionnels de la langue : construire seul est la formulation cohérente avec la nature de notre langue, et non l'artificiel soloconstruire. Il en va de même pour coconstruire.

Mais quitte à employer ce vain verbe par amour de la mode, rien ne justifie de l'écrire sous cette forme : co-construire, qui est une faute d'orthographe. Car ce n'est pas un mot composé (comme abat-jour) mais un mot avec préfixe (comme inconnu = in+connu). Or, il n'y a aucune autre raison que la perte des repères instinctifs dans le maniement de sa propre langue pour aller dé-tacher in-utilement les pré-fixes par un trait d'union. On cohabite, on coécrit, on cogère, on coexiste, on correspond et, si on y tient indécrottablement, on "coconstruit" alors sans trait d'union.

Mais ce néologisme n'a pas d'autre nécessité que le façonnage sans cesse renouvelé d'une langue de bois aux nœuds voyants. On sera bien inspiré d'y renoncer et de le déconstruire... pour reconstruire une langue sobre, claire, sans vanité.

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lundi 30 septembre 2019

de plus en plus compliqué

La complication et la difficulté sont deux notions différentes. Les mots pour les désigner ne sont pas interchangeables. Ni en français ni dans la plupart des langues.

Les observateurs de la Mission linguistique francophone constatent pourtant depuis 2012 que cette distinction est en voie de disparition dans l'esprit des orateurs professionnels, et du grand public à leur suite. La confusion de sens s'opère dans leur esprit au détriment de l'adjectif difficile et une multitudes de notions voisines (rude, éprouvant, tendu, délicat, etc), auquel ils tendent à préférer systématiquement l'adjectif compliqué.

Même lorsque la difficulté en question est dépourvue de complication, tout ce qui est en réalité difficile est devenu "compliqué".

Pour les démunis, les temps ne sont plus rudes, ni difficiles, ils sont "compliqués". Pour un sportif, nager plus vite que ses concurrents serait aussi devenu "compliqué". Non, c'est très simple (il suffit de nager plus vite !) mais c'est difficile car épuisant.

La Mission linguistique francophone rappelle à ces orateurs imprécis et distraitement suivistes que seul ce qui est dépourvu de simplicité ou de clarté peut être qualifié de compliqué. Ce qui n'est pas facile mais clair et net, est difficile mais non compliqué.

Si c'est prendre le lecteur pour un demeuré que de lui rappeler cette vérité première, que dire du journaliste ou du tribun médiatique qui la perd de vue et décèle désormais du "compliqué" partout et du difficile nulle part ? Qu'il est un demeuré ? Non, ce serait trop facile. Car la cause réelle de cette tendance est sans doute plus... complexe : s'y mêlent un peu toutes les négligences professionnelles qui altèrent le français médiatique. Nous n'en ferons pas la liste. Ce ne serait ni difficile ni compliqué ; ce serait désobligeant.

Quatre ans après la brusque apparition de ce phénomène régressif (1), la tendance s'est amplifiée et l'éventail de qualificatifs paresseusement remplacés dans la langue médiatique par "compliqué" s'est accru. Ainsi, les distinctions de sens suivantes sont-elles en passe d'être considérées comme trop fines à manier par les professionnels de la parole, qui les remplacent graduellement par le vague "compliqué" : difficile, complexe, délicat, tendu, embarrassant, gênant, maladroit, hasardeux, périlleux, dangereux, rude, impossible, exclu, précaire, incertain, peu probable, compromis, voué à l'échec, litigieux, infructueux, peu propice, mal engagé, poussif, inextricable, irréalisable, malcommode, impraticable, hésitant, contraignant, rebutant, inenvisageable, inacceptable, inconfortable, insatisfaisant, décourageant, déprimant, triste, grave [par exemple : prendre une grave décision et non une décision compliquée, comme le dit aujourd'hui un dignitaire annonçant sa démission].

(1) Il n'y a pas là "évolution" de la langue mais bien régression et atrophie, puisque des distinctions de sens, voire des significations nettement distinctes, disparaissent et le discours s'appauvrit au lieu de s'épanouir.

NDE : Cet article a été publié en juin 2014. Devant la persistance de cette confusion, et pour épauler les efforts de l'Académie française qui nous a récemment emboîté le pas à ce sujet, nous le remettons sur le dessus de la pile.
 
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samedi 28 septembre 2019

concertos et scénarios

Pas d'excès de zéle, pas de pédants concerti ni scénarii.

Le pluriel de scénario est scénarios. Le pluriel de concerto est concertos. Tout comme le pluriel de lavabo est lavabos.

L'Académie française a depuis longtemps tranché la question du pluriel des mots étrangers adoptés par le français : ils doivent être traités comme des mots français, c'est-à-dire équipés au pluriel d'un S final.

On trouve pourtant encore de nombreux partisans des "concerti" et des "scénarii", formes d'inspiration italienne [d'inspiration, seulement, car le pluriel italien du mot italien scenario est scenari, avec un seul i] mais fautives en français - langue dans laquelle les pluriels de ces mots sont concertos et scénarios. De fait, le mot scénario n'est manifestement plus un mot italien, puisqu'il est équipé d'un accent aigu, inconnu en Italie. Comme souvent, l'incohérence est au rendez-vous : les mêmes qui veulent écouter des concerti en rédigeant des scénarii ne disent pas qu'ils redoutent la prolifération des "viri dans les aquaria" mais bien des virus dans les aquariums.

Alors, restons sobres et n'étalons pas de prétentions latinistes ni italianisantes quand le français fait tout pour nous faciliter la vie. Ce qui n'est pas toujours dans sa nature... 

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vendredi 27 septembre 2019

a-t-elle l'air sérieuse ou l'air sérieux ?

La forme extrême du purisme s'appelle l'hypercorrection. C'est un une méprise qui porte à considérer comme fautive une formulation ne méritant en réalité aucune réprobation.

Ainsi en va-t-il de la croyance erronée selon laquelle l'expression "elle n'a pas l'air méchante" serait fautive, puisque le mot air est masculin et qu'il faudrait donc voir en "méchant" une épithète qualifiant l'air (méchant) de cette personne et non la personne (méchante) elle-même. Or, cette analyse est rarement juste et souvent entachée d'hypercorrection, car fausse.

Lorsque c'est effectivement l'air adopté par la personne qui est qualifié, bien sûr le qualificatif de son attitude ou de son expression du visage doit être au masculin : "elle a un air absent" signifie qu'elle affiche une expression absente, un air absent. Tandis que "elle a l'air absente" signifiera qu'elle semble ne pas être là : "j'ai cherché Adeline, je ne la trouve nulle part, elle a l'air absente" doit s'accorder au féminin car c'est Adeline qui apparaît comme étant absente, ce n'est pas son air qui est absent.

Il se trouve que l'expression "avoir l'air" est aussi employée dans un français impeccable comme synonyme des verbes paraître ou sembler. Dans ce cas, il faut toujours accorder l'adjectif avec le genre du sujet qui a un certain air : si elle semble compétente, alors "elle a l'air compétente" est parfaitement juste, sur le plan grammatical comme sur celui du style.

Car "elle a l'air" signifie ici "elle a l'air d'être", autrement dit, "elle semble". C'est ce que que les linguistes appellent une locution figée, porteuse d'un sens qui doit être pris en compte pour lui-même. Voilà pourquoi notre cosmonaute, dont l'air est rieur, a cependant l'air sérieuse. Elle nous semble sérieuse.

Il est même des cas dans lesquels accorder le qualificatif au masculin en dépit d'un sujet féminin est pour le moins maladroit, voire indéfendable. Ainsi est-il étrange de dire qu'une table a l'air branlant plutôt que branlante. Car on voit mal une table adopter un air : les objets inanimés n'ont pas d'expressions faciales ni de postures comportementales, et n'adoptent donc aucun air qui puisse être qualifié pour lui-même.

Il est préférable de considérer que les qualificatifs ne s'appliquant pas à une expression du visage ni à un comportement doivent toujours être accordés avec le genre du sujet, et non avec le genre du complément air : cette exposition [féminin] a l'air ennuyeuse (elle semble ennuyeuse), cette bague [féminin] a l'air précieuse (elle semble précieuse), cette table a l'air branlante.

L'Académie française le confirme. C'est pourquoi toute contestation du présent rappel aura l'air peu judicieuse - et non l'air peu judicieux.

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* Illustration : une astronaute italienne du nom de Samantha Cristoforetti ayant l'air sérieuse (= l'air d'être sérieuse), puisqu'elle est apte à se voir confier une mission spatiale, mais n'ayant pas l'air sérieux (= n'ayant pas sur le visage un air sérieux) puisqu'elle nous sourit.

* NDA : en tant que synonyme de sembler ou paraître, le groupe "avoir l'air" peut non seulement ne pas être complété par une épithète du mot air, mais être complété par un adverbe et non un adjectif : "elle a l'air ailleurs", dira-t-on dans un français irréprochable à propos d'une personne en train de rêvasser. Car elle a l'air d'être ailleurs.


jeudi 26 septembre 2019

bon déroulement et mauvais déroulé

La Mission linguistique francophone et l'Académie française unissent leurs efforts pour rappeler d'une même voix qu'une action se déroule selon son déroulement et non selon son "déroulé" (sic) - contrairement à ce que l'on lit depuis peu d'années sous la plume de rédacteurs professionnels adeptes de l'approximation. Faute que l'on entend par contagion dans la bouche de celles et ceux que la répétition des erreurs de langage nouvelles attirent irrésistiblement, par la seule vertu de leur nouveauté.

Pour ces francophones-là, que nous avons sondés, le bon déroulement est un mot éculé qui manque de dynamisme. Selon eux, le "déroulé" (sic) d'une cérémonie, c'est plus actif [*]. De toute façon - tranchent-ils - on est libre de dire ce qu'on veut quand même, non ? Ce dévoiement de la notion de liberté ne suscite ni le "consternement" ni le "consterné", mais bien la consternation.

[*] Faux : le néologisme "un déroulé" est issu du participe passif du verbe (se) dérouler ; il est donc impropre à évoquer l'action autrement que subie. Il appartient indéniablement au registre de la passivité et non de l'activité.

NDA : Si le déroulement devient "le déroulé", alors il ne faut pas s'arrêter en si bon chemin mais étendre cette altération pour conserver à notre vocabulaire sa cohérence : l'égarement devient l'égaré, le gouvernement devient le gouverné, le règlement devient le réglé, le stationnement devient le stationné, et la connerie devient reine.

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lundi 23 septembre 2019

à très vite ou à très bientôt ?

Évidemment, seuls "à bientôt" et "à très bientôt" sont corrects, tandis que "à très vite" est un monstre grammatical dont la présence étonne dans la bouche et sous la plume de personnes qui ne sont ni ennemies de la logique ni esclaves des bourdes en vogue.

En effet, la préposition à ne peut introduire ici que l'annonce d'un moment dans le temps. Or, "très vite" n'est pas une indication de temps mais de manière. On ne peut donc pas faire précéder "très vite" d'une préposition introduisant une indication de moment dans le temps, comme à demain, à jeudi, à plus tard, à dans deux mois ou à bientôt.

Raisonnons par l'absurde : si "à très vite" [= revoyons-nous très vite] était correct, alors le seraient aussi : "à volontiers" [= revoyons-nous avec plaisir], "à peut-être" [= revoyons-nous si le hasard le veut] et "à hors de question" [= plutôt crever que de nous revoir]. Un jour viendra peut-être où la structure de la langue sera démolie à ce point. Elle ne l'est pas encore.

Sortons-nous donc de la tête les "à très vite", de même que les "suite à", les "au final", les "versions papier" et autres effondrements grammaticaux ravageurs.*


*NDE : les formulations correctes de ces quatre expressions étant respectivement : "à très bientôt" ; "à la suite de" ; "finalement" ; "version imprimée" ou "version sur papier".

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dimanche 22 septembre 2019

bleu d'Écosse ou bleu des Causses ?

Depuis près de trois mille ans, il existe dans l'alphabet grec deux voyelles distinctes pour les deux types de sons "o" :
• le "grand ô" (en grec : oméga),
• le "petit o" (en grec : omicron).

Les sons ô (comme dans sirop) et o (comme dans poche) sont de nature tellement différente que la civilisation hellénique leur a attribué deux signes distincts dans un alphabet qui ne comporte pourtant que vingt-quatre lettres.

L'alphabet latin, que nous avons préféré adopter, ne faisait pas cette distinction et ne possède qu'un simple o. Cette carence a été palliée en français non seulement par l'accent circonflexe mais par une ribambelle de manières précises d'écrire les deux sons "o" : o, ô, au, aux, eau, eaux, aulx, -ault, -aud, -os, -ot, -ots, -od, -oc (comme dans croc, broc, accroc et non comme dans soc, foc ni troc), liste à laquelle il faut ajouter encore les ô longs du  double oo de zoo et du -oa- de certains termes empruntés à l'anglais (tels toast, goal ou roadster)

Si en français, le son o "ouvert" (comme dans vol) ne peut se tracer que par la lettre "o", on voit que notre langue écrite s'acharne quelque peu à multiplier les efforts dans la représentation de l'absent, à savoir l'oméga (son ô comme dans faux).

En effet, hormis le simple o sans accent circonflexe, les autres manières d'écrire que nous venons de récapituler sont toujours à prononcer comme l'oméga, à savoir le ô fermé, de eau-de-vie, drôle ou Renault.

Il arrive aussi que le o sans accent circonflexe doive se prononcer comme s'il en comportait un ; tel est le cas de tous les o de trop grosse moto rose, par exemple. Au nom d'un accent régional, on peut faire fluctuer cette sonorité, sauf quand la signification en est brouillée : prononcer cote bretonne au lieu de côte bretonne, ou côte de maille au lieu de cotte de maille, par exemple, relève de la confusion de sens générale et non de la musicalité locale.

Alors, puisque le o sans accent circonflexe se prononce ouvert comme un omicron dans certains cas (parole, oral, postnatal, sport, moqueur, écossais, estocade) et fermé comme un oméga dans d'autres cas (scénario, mot, argot, cheminot, gros, héros, repos, zone, escroc), comment s'y retrouver ?

Si vous n'êtes pas un professionnel de la langue parlée - enseignant, orateur juridique ou politique, journaliste, animateur, comédien, etc - faites comme vous voulez ! Mais si votre métier est de transmettre en français des informations par la voix, fiez-vous à votre compétence ou accroissez-la en vérifiant au besoin si l'Écosse se prononce comme les Causses ou non, si les crues atteignent une côte d'alerte ou une cote d'alerte.

Une fois que vous aurez vérifié, ne nous parlez pas au micro d'un "juge écôssé" (sic) car il est écossais. Avec un bel o ouvert (comme dans mode) au milieu, un beau son é (comme dans fée) au début et un beau son ê (comme dans aigle) à la fin. Trois sons voyelles précis, multiples et non interchangeables, sous peine de confondre l'Écosse et les Causses, mais aussi les bolées et les bolets.

Le plus surprenant, c'est que les journalistes confirmés que nos observateurs ont entendu évoquer la décision d'un tribunal "écôssé" au lieu d'écossais ne prononcent pas Écôsse au lieu d'Écosse. Ce qui s'est donc altéré en eux, bien qu'il s'agisse de leur métier, c'est ce que les spécialistes appellent le sentiment linguistique : la maîtrise instinctive des corrélations les plus naturelles au sein de sa langue maternelle. Puisque l'orange tire son nom de l'or, et puisqu'on ne dit pas que l'on porte des bijoux en "ôr" mais en or, de même on ne devrait jamais entendre "Ôrange" mais Orange (comme dans or). Voilà une corrélation simple qui ne relève pas du purisme vétilleux, et moins encore du parisianisme, mais d'une instinctive cohérence phonétique francophone, de Genève jusqu'à Nouméa.

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L'oméga : capitale Ω, minuscule ω  
L'omicron : capitale Ο, minuscule ο

samedi 21 septembre 2019

fêter un an

En français, le pluriel commence à deux. On ne peut donc pas "fêter ses un an" (sic). On fête son premier anniversaire, sa première année, ou on fête un an ; un an de succès, d'existence, de liberté, etc. D'un bébé, on peut célébrer les douze mois. Mais on ne fête pas "les un an" de qui ni de quoi que ce soit. À moins de fêter par la même occasion son inaptitude à compter jusqu'à 1 sans se tromper.


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vendredi 20 septembre 2019

mais pas que

"Mais pas que", placé en fin de phrase sans complément, est une expression humoristique, formée pour se substituer par dérision à "mais pas seulement", "mais pas uniquement", "mais il n'y a pas que ça".

"Tu es un bon mari ; mais tu as d'autres qualités" devient ainsi : "Tu es un bon mari ; mais pas que". L'usage sérieux de ce raccourci est une erreur de registre. Selon l'Académie française, c'est plus exactement "une grave incorrection qu’il convient de proscrire".

Ce que l'Académie française juge grave, c'est de se montrer suffisamment sourd à sa propre langue pour ne pas comprendre qu'en l'absence de complément, que n'est plus le moins du monde synonyme de "seulement". C'est le fait de se montrer capable de supprimer la moitié des mots indispensables, et cela sans aucune intention comique d'imitation du bébé s'emparant incomplètement du langage des grandes personnes avec une maladresse attendrissante.

N'hésitez donc pas à submerger de vos protestations les orateurs médiatiques professionnels qui ont pris le pli aberrant de ponctuer, avec sérieux, leur propos par ce "mais pas que", à la manière d'un enfant en bas âge.

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jeudi 19 septembre 2019

le dadais et la dadette

C'est l'histoire (très courte) d'une présentatrice de l'audiovisuel public qui, sans rire, nous parle d'une "grande dadette".

Moralité : les fautes d'orthographe peuvent s'entendre même quand on n'écrit pas. Et la plus "dadette" des deux n'est peut-être pas celle qu'on croit.

En fait, il n'existe pas de féminin pour le mot dadais [garçon gauche, au maintien embarrassé], dont l'étymologie serait une onomatopée enfantine. Pour une fois que le vocabulaire n'est péjoratif qu'envers les gars, quelle idée d'en faire profiter les filles ? Écartant donc l'irrecevable "dadette", notre chère présentatrice avait à sa disposition godiche, bécasse, gourde, cruche, nigaude, bringue, etc. Ou, bien sûr, le néologisme "grande dadaise", si le désir de fournir un peu de compagnie féminine aux grands et malheureux dadais la taraudait.

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mardi 17 septembre 2019

cas par cas et heure par heure

L'expression "au cas par cas" est une faute de français qui s'est répandue très largement depuis l'an 2000.

Dans notre langue, les choses que l'on examine l'une après l'autre se règlent cas par cas, et non "au cas par cas" (sic).

Curieusement, la passion ambiante pour cette faute de construction grammaticale surchargée d'un mot de liaison inutile n'affecte pas les autres locutions adverbiales construites sur le même modèle ; c'est-à-dire construites sur le principe de la répétition d'un mot autour de la préposition par.

On entend toujours dire correctement : "marcher deux par deux", "progresser mètre par mètre", "s'informer heure par heure", "réfuter point par point" [et non "au deux par deux", "au mètre par mètre", "au point par point" ni "à l'heure par heure"]. Pourquoi ces locutions voisines ne subissent-elles pas la même maltraitance que la locution adverbiale "cas par cas" devenue "au cas par cas" ? Pourquoi examiner des dossiers "au cas par cas" alors que personne ne les examinerait "à l'un par un" ni "au point par point" ? Ce sont les mystères du panurgisme langagier de la langue médiatique, politique et administrative...

Une fois de plus, l'altération de la langue française contemporaine par ce suivisme irréfléchi ne va pas dans le sens d'une simplification mais d'un "suréquipement" syllabique ou lexical. Ici, il faut quatre mots pour commettre une erreur, au lieu de trois dans la formulation correcte.

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NDE : Nos observateurs ont relevé mi-2019 l'apparition de "au coup par coup", sous l'influence manifeste de la faute désormais très ancrée "au cas par cas". Entendrons-nous bientôt se répandre par contamination l'ajout sauvage et irrationnel de la préposition au dans "au un par un" puis "au deux par deux" puis "au chacun pour soi" puis "au dès que possible" ? C'est probable.

lundi 16 septembre 2019

pas de féminicide, par pitié

Tuer une femme ou tuer un homme est un homicide. Ce mot convient à toutes les victimes car il ne hiérarchise pas les humains.

Pourtant, une politicienne française, puis à sa suite le gouvernement et les médias, se sont mis en tête de faire entrer dans les nôtres le néologisme "féminicide" (sic). En quoi cela est-il une bien mauvaise idée ?

S'il s'agit du meurtre de la femme en tant qu'épouse ou partenaire sentimentale, se flatter d'employer le mot "féminicide" est une lourde démonstration d'ignorance qui fait honte à qui s'en gargarise, car le mot pour désigner l'homicide de l'épouse ou partenaire sentimentale existe déjà depuis des lustres, c'est uxoricide (du latin uxor = femme, épouse).

Qu'il s'agisse d'un assassinat (préméditation), d'un meurtre (volonté non préméditée de donner la mort) ou de violences ayant entraîné la mort sans intention de le donner, l'homicide commis spécifiquement sur sa compagne s'appelle en français un uxoricide.

Relevons ici la fausseté de l'invocation d'un mobile sexiste dans les homicides sentimentaux pour justifier une douteuse extension de sens du néologisme féminicide en remplacement de l'uxoricide. Dans un homicide au sein d'un couple ou règne hélas une "envie de meurtre", l'auteur du crime agresse sa moitié en tant que moitié, quel que soit son genre, et non  « en tant que femme » ni "en tant qu'homme". Des hommes voudront tuer leur amant (cf. Verlaine révolvérisant Rimbaud), des femmes tueront leur compagne ou leur compagnon avec ou sans intention de le faire, et ce dans une même éruption de passion violente d’où l’idéologie sexiste est absente de façon flagrante.

Maintenant, si le néologisme "féminicide" prétend fustiger avec une véhémence et une vindicte particulières les homicides frappant les femmes, en tant qu'humains féminins et non en tant que conjointes, on ne peut que refuser cette autre expression d'ignorance exaltée. Car l'HOMICIDE n'est pas l'acte de donner la mort à un homme (qui exigerait deux M !) mais à un être humain (avec un seul M). Comme son orthographe l'indique, l'homicide ne fait pas des victimes hommes mais des victimes humaines ! Qu'elles soient femme, homme ou enfant.
Pour le double homicide d'une fillette et d'un petit garçon par une marâtre faut-il inventer le filletticide et le garçonicide ?

Pour l'homicide par imprudence d'un jeune homme, commis par un groupe de filles et de garçons inattentifs, avons-nous besoin du jeunhommicide ?

Non. Pas davantage que notre langue n'a besoin de "l'hommicide" (avec deux M) quand la victime serait masculine et du "féminicide" pour les victimes féminines. Car bientôt, il faudrait alors équiper le français d'un mot différent selon que la bonté, la gloire, la guérison, le travail, le rire, la jeunesse soient ceux d'un homme ou d'une femme. Un tel mur de démarcation monté par de fébriles hérauts de la guerre des sexes n'a pas sa place dans la bienveillance de notre langue maternelle (**).
 
Quant à exprimer par "féminicide" l'idée selon laquelle l'homicide commis sur une femme (qu'elle soit tuée par un homme ou une femme) serait plus terrible que l'homicide commis sur un homme (qu'il soit tué par une femme ou un homme), n'est-ce pas absolument inacceptable ? Si. C'est une insinuation sexiste sordide : "les hommes sont en toute circonstance moins à plaindre que les femmes, et leur mort par homicide n'exige donc pas d'être spécialement dénommée, contrairement à la mort des femmes par homicide.  Les victimes masculines se verront refuser tout mot spécifique pour l'homicide qui les emporte, mais les femmes se verront reconnu le droit à un terme qui permette de les pleurer, elles seules et plus tragiquement, parce que les voir mourir est plus pénible." C'est imbécile. Les humains soucieux d'égalité de condition et portés à la compassion sans distinction de genre ne s'y reconnaissent pas.

Allez, retrouvons la raison. Et notre dictionnaire... Laissons mourir l'ignare "féminicide" dans son acception signifiant homicide de la partenaire sentimentale. Car si tuer son époux ou son compagnon n'a pas de nom particulier (**), tuer son épouse ou sa compagne en a déjà un : c'est l'uxoricide.

Miss L.F.

(**) NDE : Y a-t-il parmi nos chers abonnés des idiots au dernier degré qui s'offusquent que la langue soit dite maternelle et non paternelle, et qui réclament une parité artificielle jusque dans cette formule ancestrale ?

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