Vent de bout est un terme de navigation à voile indiquant qu'un bateau se trouve exactement face au vent et n'avance donc plus. Qu'il est privé de vitesse et de possibilité de manœuvre, toutes voiles dégonflées, inerte. C'est donc dans un sens faux que cette expression est devenue insidieusement un tic de la langue médiatique et politique, une dizaine d'années après l'an 2000. Lorsqu'un orateur politique nous annonce aujourd'hui que ses partisans sont " vent debout contre " telle ou telle réforme, il s'imagine nous annoncer qu'ils s'y opposent avec vigueur, comme redoutablement campés sur leurs deux jambes dans un vent funeste. Mais il dit exactement le contraire : il nous apprend qu'ils sont réduits à l'impuissance et immobiles dans une mer qui s'agite sans eux... Ce n'est pas une lourde impropriété de terme, juste une petite erreur de cap sémantique. Car à 15° près dans la rose des vents, ces opposants pourr...
En France [contrairement à d'autres pays francophones], chez les journalistes et les orateurs politiques, on constate depuis fin 2018 un terrible appauvrissement du vocabulaire dans l'expression des émotions et réactions : " la colère ", ils ne connaissent plus que cela. Tout est " colère ". On reprend en gros titre ce seul mot pour résumer la position d'un président d'association humanitaire, qui a en effet déclaré ceci : " je suis très en colère depuis plusieurs jours ". Ah bon ? Depuis plusieurs jours cet homme bienveillant s'exprimant posément a un "accès de contrariété bref et violent " ( définition de la colère ) ? Non. Depuis plusieurs jours, il est très mécontent , voire indigné ou peut-être outré , consterné, effondré, choqué, affligé - à lui de nous le dire. Mais dans l'actuel français médiatique et politique de France, les mots indignation, protestation, réprobation, contestation, consternation, mécon...