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échelle de la douleur

Les secouristes, pompiers et médecins, au premier rang desquels les médecins urgentistes, ont fréquemment besoin de se représenter la douleur éprouvée par le patient. Pour cela, ils nous  demandent de décrire notre douleur par une nombre sur une échelle de 1 à 10. Les professionnels de santé s'en accommodent et font la part des choses avec sagacité. Mais le nombre donné est hautement subjectif. Or, toute douleur n'est-elle pas subjective ? Si, et c'est pourquoi cette échelle de 1 à 10 a prouvé son utilité et ne souffre pas de critique fondamentale.

Toutefois, on pourrait imaginer de faire correspondre à chaque échelon numérique une évaluation moins abstraite, et la plus parlante possible. Coupler ainsi cette échelle numérique avec une échelle d'adjectifs réduirait les larges approximations dans l'estimation "de 1 à 10". Voici la mise en mots que propose la Mission linguistique francophone.



ÉCHELLE QUALIFICATIVE DE LA DOULEUR
dans le monde francophone

[ 0 • Aucune ]

1 • Négligeable
2 • Très légère
3 • Légère
4 • Modérée
5 • Présente
6 • Insistante
7 • Intense
8 • Extrême
9 • Atroce
10 • Totale 



Cette traduction de nombres en vocabulaire courant ne prétend pas gommer les disparités de gradation subjective entre les douillets et les stoïques, ni exiger d'être connue par cœur en cas d'accident. Mais elle présente l'intérêt de remédier à l'actuel défaut de repères dans l'échelle "de 1 à 10"  : en quoi consiste la "moyenne" de la douleur et où atteint-elle ses limites haute et basse ? Ce sont les points entre lesquels nous calerons l'indication de la nôtre pour en faciliter le décodage par les soignants.

La grille de lecture que nous proposons ici permet de situer plus clairement la moyenne et les extrêmes.

• La moyenne de 5 sur 10 se place à un niveau de douleur présente, c'est-à-dire ressentie sans répit mais encore tolérable, encore soutenable, au moins à court et moyen terme.

Au-dessous de présente, viennent tous les qualifications de douleurs supportables ; les douleurs les plus faibles ne dépassent donc pas l'indice 4 ; mais l'atteignent toutefois.

Au-dessus de présente, viennent les douleurs plus envahissantes, entre difficilement supportables et rigoureusement intolérables ; les douleurs fortes apparaissent donc dès l'indice 6, sans devoir forcément grimper plus haut pour faire entendre au personnel médical un vif besoin d'analgésie.

Chacun pourra moduler l'appréciation qu'on lui réclame en ne perdant pas de vue ce que décrivent les extrêmes.

L'indice 10, qualifié de douleur totale, ne correspond pas à un coup de pied dans le tibia mais doit être réservé à la pire expérience possible de la douleur : une souffrance physique et psychique tellement inhumaine ou surhumaine que la mort immédiate lui est préférée par le patient, à l'instar du soldat criblé d'éclats d'obus et démembré implorant son camarade de l'achever dans la seconde. C'est aussi le degré de douleur dont l'expérience ou la seule menace imminente est tellement insoutenable que, pris dans l'embrasement au kérosène de leur étage de gratte-ciel, de nombreux occupants du World Trade Center ont pu choisir de se défenestrer plutôt que de faire l'expérience d'une douleur d'indice 10. Les rages de dents, les migraines, les douleurs de l'enfantement, les lombalgies, même dans leurs paroxysmes, n'atteignent pas ce niveau.

L'indice 1, qualifié de douleur négligeable, exprime plus une gêne, un commencement de douleur d'un degré si faible que nous devons faire un effort de concentration pour la remarquer.

Nous sommes tous des patients passés, présents ou en puissance, et avons tous notre mot à dire sur la douleur. N'hésitez donc pas à formuler ci-dessous vos remarques sur cette esquisse d'échelle de description par qualificatifs, selon votre propre perception subjective de la douleur... et de notre langue. Cela ne lui fera pas de mal.

POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI 

Article publié initialement en 2015 et remis sur le dessus de la pile.
 

Commentaires

Unknown a dit…
Plutôt que "totale" au niveau 10, au-delà de "atroce, que diriez-vous de "épouvantable", puisqu'elle provoque l'épouvante au point de lui faire préférer mort ?

Miss L.F.
Jagobert a dit…
Rien à redire. La progression est équilibrée et très compréhensible. J'allais proposer PAROXYSTIQUE à la place de TOTALE, mais c'était oublier que vous voulez diffuser des termes compréhensible par par des patients qui n'ont peut-être pas ce type de vocabulaire en tête, surtout au moment où ils souffrent !
Anonyme a dit…
Sa m'embète un peu que le mot extrême ne sois pas a une extrémité de cette échelle ( 10 ), c'est pas logique. Mais le reste est très bien. Je suis aide-soignante militaire.
colvert45 a dit…
Le SAMU m'a posé cette question une fois, et je reconnais que j'ai répondu avec sincérité 9, pour une douleur qui n'était pourtant pas juste au-dessous de l'horreur absolue que vous fixez à 10, mais vraiment très forte. Donc plutôt située à 7 dans cette échelle plus claire. Mais sur le moment, on souffre tant qu'on veut être compris en donnant un nombre très élevé.
Anonyme a dit…
TB.
Miss LF a dit…
ATTENTION : l'échelle proposée ici est une échelle de description de l'INTENSITÉ des douleurs par les mots plutôt que par les nombres.
Il existe déjà tout un vocabulaire médical concernant la DIVERSITÉ des douleurs, leur typologie, tel celui inventorié ici : https://eurekasante.vidal.fr/maladies/douleurs-fievres/prise-charge-douleur.html?pb=mesure-evaluation
Miss LF a dit…
NB : notre proposition initiale a évolué à la suite de remarques internes ou externes.
Ainsi, la valeur médiane qui s'appelait initialement "douleur soutenue" a-t-elle été jugée trop peu intermédiaire et déjà trop du côté des douleurs fortes. Nous l'avons remplacée par "douleur présente", une douleur qui refuse de se faire oublier, qu'on aurait aussi pu qualifier d'insistante mais cela nous a semblé manquer un peu de modération.

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