
La Mission linguistique francophone avait constaté le succès fulgurant d'une nouvelle manière d'acquiescer : il s'agissait de répondre que "ça marche". Dans des contextes où notre langue emploie d'ordinaire les multiséculaires "oui", "entendu" ou "d'accord", la tendance était désormais à répondre "ça marche". Cet usage semble issu des métiers de la restauration. "- Une choucroute et deux truites aux amandes !" lançait le serveur ; "- Ça marche !" lui répondait-on en cuisine.
Cette vogue n'éclipsait pas encore le très international "OK", mais s'y joignait plutôt. Le couple "OK, ça marche" était même particulièrement prisé, fin 2009. Près d'une décennie plus tard, "ça marche" a fini par supplanter nettement "OK". Plus d'un locuteur sur quatre a maintenant pris le pli de remplacer "oui", "entendu" ou "d'accord" par l'incongru "ça marche". Il n'est pas rare d'entendre ajouter encore, avant ou après : "y'a pas d'souci", et éventuellement : "on fait comme ça". Qu'une telle surcharge de syllabes et de phrases toutes faites, un peu idiotes, soit devenue nécessaire pour exprimer son approbation est le signe que, sur le plan du langage, ça ne marche pas tant que ça... et qu'il y a un souci.
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