samedi 20 avril 2013

jeune couple homoparental

"Homoparental" et "homoparentalité" sont des néologismes formés par croisement de grec (homo) et de latin (parent), ce qui n'est pas recommandé en principe : mieux vaut polychrome (tout grec) et multicolore (tout latin) que polycolore et multichrome qui s'emmêlent les pinceaux. Mais là n'est pas le problème.

La Mission linguistique francophone a noté que les néologismes homoparental et homoparentalité étaient employés dans des sens incompatibles avec leur étymologie, donc incohérents avec la langue française.

En effet, homoparental est employé aux sens suivants : constitué de parents homosexuels (couple homoparental) ; sollicité ou accompli par un couple homosexuel (adoption homoparentale). Homoparentalité est employé pour désigner la condition parentale d'un couple homosexuel.

Or, le préfixe grec homo signifie de même nature, identique. Et non homosexuel. Les homonymes ont le même nom (ils n'ont pas un nom homosexuel), les homophones ont la même sonorité (et non une consonance homosexuelle), et ce qui est homogène a la même origine (et non une origine homosexuelle). Des individus homoparentaux ont donc les mêmes parents, et non des parents homosexuels ! Il en découle qu'un "couple homoparental" est un couple dont les deux éléments ont les mêmes parents, autrement dit un couple constitué d'une frère et d'une sœur (ou de deux sœurs ou de deux frères).

Cette tendance à oublier ce que signifie un préfixe, se retrouve dans l'affligeant "téléthon" - qui devrait signifier "thon lointain" puisque le préfixe télé signifie loin et que thon signifie thon. Au lieu de quoi, certains préfixes ou suffixes sont aujourd'hui employés avec un sens emprunté à l'un des mots qu'ils ont servi à former (télévisé, homosexuel, en l'occurrence) et non à leur hellénisme ou latinisme d'origine. Avec de tels raisonnements néologiques, un parachute vous protégerait des chutes de pluie (parapluie + chute).

L'adjectif homoparental, correctement utilisé, pourrait cependant avoir son utilité dans une société où se multiplient les familles recomposées. On pourrait alors préciser s'il s'agit de demi-frères et sœurs, ou d'enfants homoparentaux, c'est-à-dire ayant les mêmes parents.

Quant aux enfants élevés par un couple homosexuel, en attendant un néologisme intelligemment pensé - si besoin est - il suffit de les qualifier d'une courte périphrase. Sauf erreur, des enfants de parents roux sont des enfants de parents roux, et non les enfants d'un "couple coquinoparental" (du grec kokinos : rouge) !


[illustration : Cornelius KETEL, Double portrait de frère et sœur]
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jeudi 11 avril 2013

travaux publics et enseignement laïque



Le gouvernement français est-il laïc ? Non.

En effet, il a choisi d'être un gouvernement laïque qui communique actuellement par voie d'affiches sur l'enseignement laïque (sic) de la morale. Quitte à promouvoir ainsi la désuétude de la distinction entre le masculin laïc et le féminin laïque, il va falloir s'attaquer maintenant à la forme masculine de l'adjectif public pour la faire disparaître à son tour. Et harmoniser l'orthographe officielle des travaux publiques, des établissements publiques, des amoureux qui se bécotent sur les bancs publiques, du secteur publique et des pouvoirs publiques avec celle de l'enseignement laïque. Sans cette précaution, le français médiatique et politique poursuivrait toujours plus avant son cheminement dans l'incohérence : pourquoi neutraliser laïc et pas public ? Si l'on en juge par l'irréprochable prospérité des adjectifs à désinence unique en -ique à tous les genres, renoncer totalement à la charmante exception des adjectifs en -ic au masculin ne serait pas inepte. Mais y renoncer partiellement serait inconséquent.

De fait, à quelques semaines des examens et concours de fin d'année scolaire, la Mission linguistique francophone recommande aux étudiants francophones du monde entier de ne pas écrire "travaux publiques laïcs" ni "travaux publics laïques". Il y a encore des correcteurs qui pourraient tiquer. Non pas qu'ils soient couverts de tiques, mais plutôt saisis de tics.

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