dimanche 22 juin 2014

les publics et les personnels

La langue syndicale et celle du tourisme sont tombées tacitement d'accord pour imposer peu à peu dans le discours des pluriels vains.

En France, plus un seul musée ne reçoit du public. Tous les musées reçoivent désormais des publics. L'habitude de morceler en un pluriel superflu un terme désignant un groupe composite est récente dans le secteur du tourisme et de la culture, mais déjà ancienne dans le vocabulaire de l'entreprise.

C'est peu après mai 1968 que les Directeurs du personnel se sont trouvés confrontés aux revendications des personnels. Sans doute parce que ce n'étaient pas les mêmes délégués du personnel qui défendaient les intérêts des cadres et ceux des ouvriers, des fraiseurs et des comptables, etc.

Dans le cas de la culture et du tourisme, la justification avancée par les promoteurs de cette mode de l'accueil des publics est la suivante : les handicapés (pardon : "les personnes en situation de handicap") n'appartiennent pas au même public que les valides ; et les enfants (pardon "les scolaires") sont un autre public que les adolescents, les bébés ou les adultes, eux-mêmes dignes d'être subdvisés en séniors, actifs, chômeurs, journalistes, enseignants, touristes, chercheurs, membres de comités d'entreprise, militaires, fonctionnaires civils. Et parmi les fonctionnaires civils, n'oublions pas de distinguer "les publics" purement composés d'employés territoriaux et "les publics" regroupant exclusivement des membres de la fonction publique d'État... Comme si toutes ses composantes n'étaient pas unifiées par un même statut : celui de visiteur actuel ou potentiel. Celui de membres du public, dans toute son inéluctable diversité.

"Les publics", "les personnels" : la préciosité et le dogmatisme s'allient ici pour nier l'existence en français d'un singulier général. Celui grâce auquel nous aimons le bon vin, allons faire bronzette en été et voyageons par le train. Alors qu'il existe certes une multitude de bons vins, plus d'un été dans nos vies et plus d'un train dans nos voyages.

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samedi 14 juin 2014

demander à aller en pension

Sous le titre "Je veux aller en pension",  paraît dans Le Parisien n°21624 un article qui débute ainsi : "Les notes du trimestre sont catastrophiques et tout à coup, votre ado vous demande d'aller en pension." La journaliste a confondu la directive donnée à autrui de faire quelque chose (je te demande de le faire) avec la volonté de faire quelque chose soi-même (je demander à le faire). Et ainsi nous raconte-t-on par mégarde l'histoire d'un adolescent qui demande à ses parents de partir à sa place en pension. Sans doute pour lui laisser les coudées franches près du radiateur au fond de la classe... et couper court à leurs remarques sur sa mauvaise maîtrise du français, accompagnées peut-être de cette moquerie : "continue à baragouiner comme ça et tu deviendras journaliste".

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vendredi 13 juin 2014

forums, aquariums et lavabos

Certains internautes se demandent s'ils participent à des forums ou à des fora (selon le nominatif pluriel neutre du latin forum). L'Académie française a tranché depuis longtemps : les mots étrangers adoptés par la langue française y deviennent des objets grammaticaux du français, et perdent leur pluriel étranger au bénéfice d'un pluriel à la française. Le pluriel d'aquarium est donc aquariums, et le pluriel de forum est forums (1). On notera avec soulagement qu'en nous épargnant de décliner ou de conjuguer les mots français d'origine latine, l'Académie a permis aux plombiers de poser des lavabos (du latin lavabo, "je laverai") plutôt que des lavabimus ("nous laverons") !

(1) L'Académie admet certaines exceptions dont l'usage est solidement ancré dans l'histoire de notre langue, comme lieder (pluriel allemand de lied) ou tennismen (pluriel anglais de tennisman). Mais elle rejette la pédanterie des pluriels pseudo italo-latins. Le pluriel de concerto est donc concertos (et non concerti), et le pluriel de scénario est scénarios (et non scenarii - pluriel italien avec deux i et sans accent aigu). Quant au mot médium (dont l'accent aigu montre bien qu'il n'est plus latin depuis longtemps), son pluriel est médiums quand il s'agit de charlatans qui se targuent de capacités divinatoires, et médias quand il s'agit de supports de communication (forme hybride admise par indulgence à titre exceptionnel, additionnant à mauvais escient le a du pluriel neutre latin et le s français).

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