Accéder au contenu principal

raz-de-marée de tsunamis



 

 

 

 

 

 

 

 

Ce qui s'appelle en français raz-de-marée se dénomme en japonais tsunami. La vogue de ce terme japonais est telle chez les anglophones que nous avons fini par les imiter en France depuis le début des années 2000, au point que l'anglo-japonisme tsunami tende à éclipser le français raz-de-marée dans la presse, dans à peu près tous les articles de Wikipédia et chez beaucoup de traducteurs scientifiques peu regardants - par la négligence desquels, étudiants, pédagogues et chercheurs croient à leur tour pertinent de remplacer tous les raz-de-marée du globe par des tsunamis de la mer du Japon.

À propos d'un raz-de-marée déferlant ou ayant déferlé loin des côtes du Japon et sans aucun lien avec l'activité sismique ou météorologique nippone, l'emploi du mot tsunami est totalement impropre par son incongruité culturelle.

Concernant la préhistoire, la Grèce antique ou la civilisation inca, par exemple, ce japonisme est en outre anachronique, donc doublement aberrant.

Dans ce raz-de-marée de tsunamis, le français médiatique et scientifique continue de se noyer chaque jour, comme se noyèrent les moutons de Panurge. Et par le même réflexe grégaire.

POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI 
Pour prendre directement connaissance des missions de la Mission, cliquez ici.

Commentaires

Anonyme a dit…
Un tsunami est en fait plus précis, car il désigne un raz-de-marée provoqué par un séisme, et non par le vent par exemple, ou la chute d'une quantité importante de matière.
Miss LF a dit…
Commentaire : "Un tsunami (...) désigne un raz-de-marée provoqué par un séisme, et non par le vent par exemple, ou la chute d'une quantité importante de matière." Réponse : Un tsunami et un raz-de-marée sont exactement la même chose, si ce n'est que le raz-de-marée est le terme correct en français, quelle que soit la cause du phénomène ou son époque, tandis que le "tsunami" est un japonisme en vogue dont rien ne justifie la prédominance dans le langage courant dès lors qu'un raz-de-marée ne se produit pas aux abords du Japon. La distinction de sens que vous nous signalez aimablement est fictive et n'est pas pertinente. Peu importe qu'elle ait cours dans certains esprits, cela ne lui retire pas son caractère inadéquat. Miss LF
Anax6Mandre a dit…
En effet, raz-de-marée et tsunami sont synonymes. Ce sont les géologues et climatologues US qui ont adopté le mot tsunami pour désigner les raz-de-marée de Hawaï ouis du monde entier. Leurs collègues français ont lu leurs articles et ont un peu "servilement" repris ce japonisme dans leur langue de travail, jusqu'à l'enseigner aujourd'hui à leurs étudiants. J'en sais quelque chose !

Les journalistes ont fait la même chose en "couvrant" le tsunami de 2004, qui était un raz-de-marée puisque ce terme est générique pour ce phénomène en français, mais qu'on pouvait légitimement désigner alors sous ce nom local de tsunami, par exotisme ou par souci de précision sur son origine, ou encore sous le coup de l'émotion et de l'urgence qui empêchait de réfléchir deux secondes à sa bonne traduction en français.

Le problème, c'est que le public s'est ensuite gargarisé de ce nouveau mot et que raz-de-marée est en train de disparaître, englouti par une surabondance de tsunamis notamment dans les articles de Wikipédia, vous avez hélas raison. Merci.
Gilles-Pascal a dit…
En plus de cautionner totalement ce qui a été déjà dit auparavant, voici quelques éléments supplémentaires (redondants ?) :

Le problème c'est que la majorité communicante préfère les mots ou expressions contenant peu de syllabes.

L'influence anglo-saxonne dans ce domaine est très puissante : par exemple, "dream-team" (2 syllabes) est plus rapide à prononcer que "équipe de rêve" (4 syllabes).

Si je pousse le raisonnement, à l’extrême, on trouve désormais le "à très vite" au lieu de "à bientôt". Vous pourriez trouver curieux que je vienne renforcer mon argumentaire avec cette comparaison entre 2 expressions qui contiennent chacune 3 syllabes. Mais cela semble très révélateur d'une époque qui recherche une concision toujours plus grande dans l'expression écrite ou orale : comme le temps actuel est au zapping, celui qui s'exprime préfèrera sacrifier à la règle grammaticale pourvu qu'il soit écouté ou lu. Or si l'on analyse l'expression "à très vite" on sent bien que l'association "très vite" semble satisfaire davantage à l'impatience des personnes qui reçoivent l'information que le mot "bientôt" alors qu'il est totalement erroné de l'utiliser après "à" (merci pour l'article très intéressant sur votre site sur l'expression "à très vite").

Pour revenir au sujet de l'article ci-dessus, le mot Tsunami, qui ne fait que 3 syllabes, en plus d'être bien dans la mouvance d'un langage toujours plus compact (raz-de-marée contient 4 syllabes), il apporte une touche de culture pour les franchouillards en mal d'exotisme. Cela donne l'impression d'être cultivé (et donc bien) d'utiliser des mots étrangers. Si à présent la langue japonaise peut apporter cette fantaisie, dès lors ce mot n'est pas près d'être détrôné par notre pendant littéraire et bien français raz-de-marée...
Miss LF a dit…
Gilles-Pascal, je ne peux que vous proposer ma succession (bénévole !) à la direction de la publication de ce blogue ! Nos vues et nos consternations se recoupent en tout point. Je vous invite à lire l'article "à très ou à très bientôt ?" et "vent debout : sens et contresens".
Je vous invite aussi à partager largement ce ou ces articles, pas pour nous permettre de collectionner le nombre de vues, mais pour essayer d'endiguer ces suivismes.
Enfin, je vous invite à nous adresser vos coordonnées personnelles via scamdanse@free.fr (du nom de la société d'auteurs SCAM - Société civile des auteurs multimédia - et non de l'anglais "scam" qui signifie "arnaque" !). Bien à vous F.A. pour Miss L.F.
Good reaading your post

Articles les plus lus cette semaine

à très vite ou à très bientôt ?

Évidemment, seuls " à bientôt " et " à très bientôt " sont corrects, tandis que " à très vite " est un monstre grammatical dont la présence étonne dans la bouche et sous la plume de personnes qui ne sont ni ennemies de la logique ni esclaves des bourdes en vogue. En effet, la préposition à ne peut introduire ici que l'annonce d'un moment dans le temps. Or, " très vite " n'est pas une indication de temps mais de manière. On ne peut donc pas faire précéder " très vite " d'une préposition introduisant une indication de moment dans le temps, comme à demain , à jeudi , à plus tard , à dans deux mois ou à bientôt . De fait, personne ne dit " à vite !" au lieu de " à bientôt !", comme si seul le petit mot très avait permis la propagation du barbarisme " à très vite " en empêchant la transmission de sens entre la préposition à et l’adverbe vite , nous déconnectant ainsi de l’instinct gram...

similitudes et similarité

Le fait de présenter plusieurs aspects similaires sans être totalement identique se dit comment en anglais ? Similarities (pluriel de similarity) . You are right. Et comment cela s'appelle-t-il en français ? Des similarités ? Non : des  similitudes , ou même une  similitude . La Mission linguistique francophone relève une mise en péril de l'avenir du mot similitude par la mauvaise traduction généralisée de similarity et de son pluriel similarities . Les professionnels concernés (traducteurs, journalistes, pédagogues friands de publications scientifiques en anglais) sont invités à ne pas confondre le français et l'anglais, ni se tromper de désinence. Et donc, à se méfier presque autant du piège tendu aux similitudes par les "similarités", que du piège tendu à la bravoure par la "bravitude"... En français, on emploiera le singulier " la similitude " pour traduire l'idée d'une complète analogie (" la similitude de leurs deux t...

goûtu, gourmand ou savoureux ?

L'adjectif savoureux , au sens propre, est en voie d'extinction dans les médias audiovisuels et la publicité, au bénéfice de goûtu et de gourmand . Deux termes rendus indigestes par leur emploi inadapté. Est goûtu ce qui a un goût prononcé, éventuellement très déplaisant (comme la désopilante liqueur d'échalote au crapaud de la comédie Les Bronzés font du ski , dans les dialogues de laquelle ce mot fait surface). Est savoureux ce qui a une saveur agréable, voire succulente, ce qui a bon goût , voire très bon goût . Popularisé il y a une trentaine d'années dans le registre drôlatique et familier, le régionalisme  goûtu n'a pas sa place dans un commentaire gastronomique châtié. Mais de nombreux professionnels de la langue perdent de vue les notions de registre ou de niveau de langue, et emploient un terme comme goûtu sans aucune conscience de sa rusticité ni de la connotation humoristique qui s'y attache. Quant à " goûteux " (sic), q...

peut-on coconstruire ?

Néologisme inutile à souhait, le verbe coconstruire signifie simplement construire . Ou éventuellement construire ensemble , si l'on aime les périssologies [précisions redondantes]. Car dans con struire, le préfixe con- signifie déjà ensemble ! Mais surtout, parce que le contexte indique toujours que la prétendue " coconstruction " se fera à plusieurs : dans " nous allons coconstruire ", le sujet pluriel est déjà là pour exprimer la communauté d'action. Et dans "je vais coconstruire", on voit que l'énoncé est absurde (construire ensemble mais seul ?), ou bien qu'il manque le complément précisant avec qui je vais construire. Or, "je vais coconstruire une maison avec mes cousins" serait un pléonasme, qu'on s'évitera en disant tout simplement " je vais construire une maison avec mes cousin s". La réponse est donc : non, on ne peut pas "coconstruire" sans commettre une maladresse de langage. Ma...

a minima

En français, on peut préciser qu'une équipe doit être constituée de trois personnes au moins ou constituée de trois personnes au minimum . Les deux expressions sont exactement synonymes et elles sont l'une et l'autre irréprochables. Mais il existe depuis les années 2000 une tendance à remplacer ces locutions adverbiales françaises au moins et au minimum par la locution juridique latine " a minima ". Cette regrettable latinisation, d'inspiration pédante, est fautive car le sens en est inexact, voire opposé. C'est typiquement ce qu'on appelle un abus de langage . En effet, la formule latine a minima n'est utilisée à bon escient que dans l'expression juridique " appel a minima ". Il s'agit d'un appel que le ministère public interjette lorsqu'il estime qu'une peine prononcée par une juridiction est trop clémente. Il y a alors protestation du ministère public " issue de l'insuffisance de la sanction ...

métier n'est pas un adjectif

Le site officiel du ministère de l'Intérieur français a annoncé simultanément un bonne et une mauvaise nouvelle, et l'a fait en ces termes, extraits d'une offre d'emploi : "intégrer une direction qui comporte une grande diversité de domaines « métier » avec de hauts niveaux d’expertise, c'est l'opportunité que vous propose [le] ministère de l'intérieur." Cherchant à se libérer de l'obligation de trouver le mot juste, on remarque que le rédacteur de l'annonce du ministère, gêné par sa propre carence, s'est senti obligé d'entourer " métier " de guillemets, comme si cela gommait ou atténuait la faute de français. Détrompons-le charitablement : 1°/ non, "métier" n'est pas un adjectif qualificatif ; 2°/ non, un mot au singulier ne peut pas qualifier un mot au pluriel (ici, le nom commun  domaines ) ; 3°/ non, les guillemets ne gomment pas les fautes, ils les enjolivent à peine. Il n'est donc pas perm...

la soudure ou le soudage ?

Que les mots soudure et " soudage " fassent double emploi est flagrant. L'un est correct, l'autre défectueux. On devine facilement lequel. Pour justifier l'usage du barbarisme " soudage ", certains arguent de sa présence dans quelques dictionnaires. Certes, mais il ne leur échappera pas que, pour définir ce vilain " soudage " (sic), les rédacteurs du dictionnaire Larousse donnent étourdiment la définition suivante, qui est mot pour mot la définition de la soudure : " Opération consistant à réunir deux ou plusieurs parties constitutives d'un assemblage, de manière à assurer la continuité entre les parties à assembler, soit par chauffage, soit par intervention de pression, soit par l'un et l'autre, avec ou sans emploi d'un produit d'apport dont la température de fusion est du même ordre de grandeur que celle du matériau de base. " Le fait que des termes inutiles et malformés prospèrent dans les jargo...

on ne tire pas les conséquences

" Il faut en tirer les conséquences " ne veut rien dire (*) : ce n'est qu'un nœud dans la langue de bois. On tire le diable par la queue, on tire une histoire par les cheveux, mais on ne tire pas des conséquences, on tire des conclusions . On peut aussi tirer des leçons ou des enseignements . Tandis que les conséquences, on les assume . Éventuellement après les avoir mesurées (" mesurez-vous les conséquences de vos actes ?"). Le monde politique francophone fourmille pourtant d'orateurs haut placés qui "tirent des conséquences" (sic) à tout propos ou exigent que d'autres s'en chargent, par amalgame entre deux expressions justes : tirer des conclusions et assumer des conséquences . Cette confusion est à rapprocher du cafouillage " loin s'en faut " (sic), lui aussi vide de sens et qui résulte également de l'incorrecte hybridation de deux expressions correctes : loin de là et il s'en faut de beaucoup . (*) ...

rapporteuse et rapporteur

Les féminins corrects des termes • porteur • colporteur • rapporteur sont évidemment • porteuse • colporteuse • rapporteuse . Tandis que "la porteure" et "la rapporteure" sont des barbarismes. Quant à écrire : " En tant que rappor teure , je suis por teuse de mauvaises nouvelles ", on voit l'indéfendable absence de cohérence de ce caprice. La charge parlementaire de rapporteur   (d'un projet de loi, d'une enquête, etc)  est pourtant la cible d'une féminisation erronée et très entêtée dans l'erreur : " rapporteure ", que ces dames préfèrent au féminin multiséculaire et seul correct rapporteuse , exactement aussi noble et indéniable dans sa forme que le sont chercheuse , semeuse, fileuse, chanteuse ou conteuse . Il leur semble que rapporteuse évoque les cafardages de cour d'école. Et alors ? En va-t-il autrement pour les  rapporteurs ?  Non. Mais dans le rejet des titres neutres, coupables de sembler masculins, comme ch...