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anachronismes lexicaux

L'étude des anachronismes lexicaux dans les dialogues littéraires (romans, scénarios, pièces de théâtre) est un bon révélateur des modes dans le vocabulaire courant. Et notamment, un révélateur des effets des "tueurs sériels" de notre vocabulaire, ces mots qui nous abrutissent par leur pugnacité à s'imposer dans les conversations, à la place du mot juste.

Comme on pouvait le craindre, le barbarisme "sécuriser" et les abus de la préposition "sur" n'ont pas épargné les meilleures productions littéraires historiques du moment.

Prix Goncourt et Grand prix du roman de l'Académie française, le roman Les bienveillantes du très érudit Jonathan Littell en porte la marque en divers endroits.

Ainsi p. 54, deux SS conversent : « Le Generalfeldmarshall nous a ordonné de sécuriser le lieu »
- « Bien sûr, je comprends », répond le héros qui, en réalité, n'aurait rien compris à ce barbarisme en 1942 [première occurrence attestée en 1968, selon le Grand Robert] et ne peut toujours pas comprendre en 2020 davantage qu'en 2006 (parution du roman) si le lieu a été protégé, assiégé, envahi, bombardé, rasé, pilonné, déminé, interdit, bouclé, étayé, rendu sûr, ou si sa population a été rassurée, puisque toutes ces acceptions et vingt autres ont désormais cours pour le barbarisme "sécuriser" !

Parasité cette fois-ci par le mauvais usage de la préposition sur, le même excellent auteur se hasarde à placer dans la bouche de son héros la locution adverbiale "sur le long terme" (au lieu de à long terme) dont il n’existe aucune occurrence attestée avant les abords de l’an 2000.

Plus loin encore dans le même livre, c’est l’actuelle mode des couples adverbe+adjectif à l’anglaise (politiquement correct, sexuellement transmissible, mentalement retardé) qui produit un anachronisme de dialogue, p. 544 : «Docteur, je ne souffre que d’une maladie sexuellement
transmissible et irrémédiablement fatale : la vie.
». Le mot d’auteur est plaisant. Mais en 1942, cette circonlocution n’existait pas et les maladies contagieuses par voie sexuelle étaient dites vénériennes.

Furtivement égaré par le pilonnage du français médiatique, l'écrivain bilingue s'est laissé piéger par la mode. On ne lui retirera pas pour autant l'estime qu'inspirent un texte aussi fort et un aussi petit nombre d'anachronismes en 1200 pages de roman historique...

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Commentaires

Miss LF a dit…
Bonne question. Voici la (bonne) réponse : les deux tournures sont correctes mais n'ont pas le même sens et donc pas le même usage. On veille au bonheur de ses enfants ; mais on veille sur ses enfants. On veille SUR sa langue quand on veille A la manier avec soin. Et la MLF veille sur la langue française en veillant à clarifier la différence entre évolution de la langue et dégradation de la langue.

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