Accéder au contenu principal

Franky Zapata a traversé le lac de Genève à pied-d’ange

Un nom commun cohérent permettant de parler d'une invention aéronautique française dans la langue de Saint-Exupéry et de Mermoz plutôt que dans une imitation maladroite de l'anglais adolescent de Back to the Future.

Quel pays francophone n'en voudrait pas ?

Juste un mois après la traversée de la Manche (English Channel pour le monde anglophone) réussie sans encombre par Franky Zapata avec son engin dont le nom de marque est Flyboard Air, nous remettons ce jour au président de la Commission d'enrichissement de la langue française du ministère français de la Culture et à la présidente-directrice générale de l'Office québecois de la langue française nos propositions de désignation de l'invention en question par un nom commun.

Pour les raisons expliquées ici, un mot français nouveau doit être défini sans délai.

Ne manquons pas l'occasion d'inscrire en toute cohérence cette invention française dans le lexique des engins volants de langue française, où ils ne sont jamais désignés par un nom d'étymologie anglaise et moins encore d'apparence anglaise (avion, aéronef, planeur, dirigeable, hélicoptère, bombardier, parachute, parapente, autogire, fusée, satellite, capsule spatiale, station orbitale, etc).

Si cet objet de curiosité n'est pas promis à l'oubli, alors il importe qu'un mot spécifique à notre langue soit maintenant officialisé et adopté par l'ensemble du monde francophone, avant qu'un usage malencontreux se soit imposé faute de mieux. En l'occurrence, la mauvaise idée serait la lexicalisation [transformation d'un nom propre en nom commun] de Flyboard, qui signifie en anglais "planche à mouche" et non planche volante (qui serait Flyingboard) contrairement à ce qu'on lit dans son dossier de presse, repris machinalement par des professionnels de l'information dont la compréhension de l'anglais est minimale ou la vigilance assoupie.


SEPT PROPOSITIONS DE NOM COMMUN

Issues d'un processus à la fois méthodique et créatif, notre liste courte comprend sept propositions originales de nom commun pour le Flyboard Air et les futurs engins analogues, ci-après classées par ordre alphabétique.

l'expression planche volante n'est pas retenue, pour les raisons expliquées dans le dernier paragraphe de la note de bas de page de ce court article : "Flyboard, vite un nom !".


anthroptère
étymologie : grecque (humain + oiseau)
parenté : selon la même fabrication que hélicoptère (spirale + oiseau) et ses quatre syllabes, on obtient anthropoptère - qui, allégé d'une syllabe, donne anthroptère.
version anglaise : anthropter

"Les anthroptères de marques concurrentes n’ont pas le prestige des Flyboard Air."

citale
étymologie : latine (vite + aile) ; une alternative de même étymologie serait alcite.
parenté : analogie fortuite mais positive avec cigale, animal au vol bref et énergique, puissamment évocateur du berceau méditerranéen de cette invention.
version anglaise : citale (prononciation différente ou non)

"Les citales de marques concurrentes n’ont pas le prestige des Flyboard Air."


cabriolair
étymologie : italo-française et française (cabriole + air)
parenté : sous ses dehors légers, le mot cabriole est un terme employé avec sérieux à l'ère moderne en danse académique et en équitation de haute école, deux arts du mouvement maîtrisé dans lesquels le terme cabriole décrit une action de suspension au-dessus du sol.
Le mot cabriole apparaît en français à la Renaissance, venu de l'italien capriola, la femelle du bouc, connue comme son mâle pour leur aisance à défier les lois de la pesanteur par l'agilité de leurs bonds.
Ce nom commun présenterait donc aussi l'intérêt de rattacher l'invention en question à ses origines méditerranéennes.
version anglaise : cabriolair (même prononciation)

"Les cabriolairs de marques concurrentes n’ont pas le prestige des Flyboard Air."

podoglisseur
étymologie : latine et française (pied +  glisser)
parenté : aéroglisseur et hydroglisseur, noms d'autres systèmes de sustentation dépourvus d'ailes.
version anglaise podoglider

"Les corpoglisseurs de marques concurrentes n’ont pas le prestige des Flyboard Air."

pied-d’ange
étymologie : français (pied d’ange)
parenté : cet appareil qui ne s'accroche pas au dos comme des ailes mais se fixe aux pieds pourrait être un "pied d'ange"; évidemment pas pour des raisons religieuses mais pour l'analogie avec la vision de ce personnage qui se déplace dans le ciel comme s'il ne pesait rien, à l'instar des anges. Avec juste deux syllabes pour une très forte puissance d'évocation, le terme rejoindrait le cercle très fermé des noms communs avec apostrophe intégrée, tels chef-d’œuvre, aujourd’hui, tue-l’amour, quelqu’un, etc ; et la famille beaucoup plus ordinaire des noms communs composés d’un nom ou verbe et de son complément, tels pied-de-biche, queue-de-rat, étouffe-chrétien, brise-soleil, fouille-merde, aide-mémoire, etc).
version anglaise : pied-d'ange (même prononciation)

"Les pieds-d’ange de marques concurrentes n’ont pas la fiabilité des Flyboard Air."

Sur le plan syntaxique, construction avec la préposition à, comme à moto, à cheval, à pied, à pied sec, à la rame : "Franky a traversé le lac de Genève à pied-d’ange".

upsyle
étymologie : grecque (haut)
parenté : similitude fortuite mais positive avec l'anglais up, suivi d'une sorte de crase (contraction phonétique) du mot français et anglais style, également fortuite mais positive, car susceptible d'évoquer aux Anglophones leur locution "in style" qui peut se traduire par "avec panache", "avec classe".
version anglaise : upsyle (prononciation différente)

"Les upsyles de marques concurrentes n’ont pas le prestige des Flyboard Air."


zapate
étymologie : dérivé de nom propre – ici, le patronyme hispanique Zapata de l’inventeur, qui est aussi le nom de la société détentrice de la marque Flyboard.
parenté : rejoindrait la famille des noms communs dérivés d'un nom propre de personne, tels montgolfière, mécénat, mansarde, guillotine, vandaliser, césarienne, praliné, madeleine, etc
version anglaise : zapate (même prononciation ou non)

"Les zapates de marques concurrentes n’ont pas le prestige des Flyboard Air."



CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE 

Illustration ci-dessus : l'arrière-petit-neveu et l'arrière-arrière-petite-nièce d'Antoine de Saint-Exupéry, qui fut non seulement un homme talentueux, audacieux, endurant mais foncièrement bon.

Commentaires

Miss LF a dit…
Le nom de marque a évolué vers AirScooter. Reste à trouver un nom commun. Et francophone.

Articles les plus lus cette semaine

à très vite ou à très bientôt ?

Évidemment, seuls " à bientôt " et " à très bientôt " sont corrects, tandis que " à très vite " est un monstre grammatical dont la présence étonne dans la bouche et sous la plume de personnes qui ne sont ni ennemies de la logique ni esclaves des bourdes en vogue. En effet, la préposition à ne peut introduire ici que l'annonce d'un moment dans le temps. Or, " très vite " n'est pas une indication de temps mais de manière. On ne peut donc pas faire précéder " très vite " d'une préposition introduisant une indication de moment dans le temps, comme à demain , à jeudi , à plus tard , à dans deux mois ou à bientôt . De fait, personne ne dit " à vite !" au lieu de " à bientôt !", comme si seul le petit mot très avait permis la propagation du barbarisme " à très vite " en empêchant la transmission de sens entre la préposition à et l’adverbe vite , nous déconnectant ainsi de l’instinct gram...

similitudes et similarité

Le fait de présenter plusieurs aspects similaires sans être totalement identique se dit comment en anglais ? Similarities (pluriel de similarity) . You are right. Et comment cela s'appelle-t-il en français ? Des similarités ? Non : des  similitudes , ou même une  similitude . La Mission linguistique francophone relève une mise en péril de l'avenir du mot similitude par la mauvaise traduction généralisée de similarity et de son pluriel similarities . Les professionnels concernés (traducteurs, journalistes, pédagogues friands de publications scientifiques en anglais) sont invités à ne pas confondre le français et l'anglais, ni se tromper de désinence. Et donc, à se méfier presque autant du piège tendu aux similitudes par les "similarités", que du piège tendu à la bravoure par la "bravitude"... En français, on emploiera le singulier " la similitude " pour traduire l'idée d'une complète analogie (" la similitude de leurs deux t...

goûtu, gourmand ou savoureux ?

L'adjectif savoureux , au sens propre, est en voie d'extinction dans les médias audiovisuels et la publicité, au bénéfice de goûtu et de gourmand . Deux termes rendus indigestes par leur emploi inadapté. Est goûtu ce qui a un goût prononcé, éventuellement très déplaisant (comme la désopilante liqueur d'échalote au crapaud de la comédie Les Bronzés font du ski , dans les dialogues de laquelle ce mot fait surface). Est savoureux ce qui a une saveur agréable, voire succulente, ce qui a bon goût , voire très bon goût . Popularisé il y a une trentaine d'années dans le registre drôlatique et familier, le régionalisme  goûtu n'a pas sa place dans un commentaire gastronomique châtié. Mais de nombreux professionnels de la langue perdent de vue les notions de registre ou de niveau de langue, et emploient un terme comme goûtu sans aucune conscience de sa rusticité ni de la connotation humoristique qui s'y attache. Quant à " goûteux " (sic), q...

peut-on coconstruire ?

Néologisme inutile à souhait, le verbe coconstruire signifie simplement construire . Ou éventuellement construire ensemble , si l'on aime les périssologies [précisions redondantes]. Car dans con struire, le préfixe con- signifie déjà ensemble ! Mais surtout, parce que le contexte indique toujours que la prétendue " coconstruction " se fera à plusieurs : dans " nous allons coconstruire ", le sujet pluriel est déjà là pour exprimer la communauté d'action. Et dans "je vais coconstruire", on voit que l'énoncé est absurde (construire ensemble mais seul ?), ou bien qu'il manque le complément précisant avec qui je vais construire. Or, "je vais coconstruire une maison avec mes cousins" serait un pléonasme, qu'on s'évitera en disant tout simplement " je vais construire une maison avec mes cousin s". La réponse est donc : non, on ne peut pas "coconstruire" sans commettre une maladresse de langage. Ma...

a minima

En français, on peut préciser qu'une équipe doit être constituée de trois personnes au moins ou constituée de trois personnes au minimum . Les deux expressions sont exactement synonymes et elles sont l'une et l'autre irréprochables. Mais il existe depuis les années 2000 une tendance à remplacer ces locutions adverbiales françaises au moins et au minimum par la locution juridique latine " a minima ". Cette regrettable latinisation, d'inspiration pédante, est fautive car le sens en est inexact, voire opposé. C'est typiquement ce qu'on appelle un abus de langage . En effet, la formule latine a minima n'est utilisée à bon escient que dans l'expression juridique " appel a minima ". Il s'agit d'un appel que le ministère public interjette lorsqu'il estime qu'une peine prononcée par une juridiction est trop clémente. Il y a alors protestation du ministère public " issue de l'insuffisance de la sanction ...

la soudure ou le soudage ?

Que les mots soudure et " soudage " fassent double emploi est flagrant. L'un est correct, l'autre défectueux. On devine facilement lequel. Pour justifier l'usage du barbarisme " soudage ", certains arguent de sa présence dans quelques dictionnaires. Certes, mais il ne leur échappera pas que, pour définir ce vilain " soudage " (sic), les rédacteurs du dictionnaire Larousse donnent étourdiment la définition suivante, qui est mot pour mot la définition de la soudure : " Opération consistant à réunir deux ou plusieurs parties constitutives d'un assemblage, de manière à assurer la continuité entre les parties à assembler, soit par chauffage, soit par intervention de pression, soit par l'un et l'autre, avec ou sans emploi d'un produit d'apport dont la température de fusion est du même ordre de grandeur que celle du matériau de base. " Le fait que des termes inutiles et malformés prospèrent dans les jargo...

le masculin ne l'emporte pas (en paradis)

Voici déjà quatorze ans, b ien avant le déferlement de la cacographie surnommée "écriture inclusive", n ous avions publié cette analyse apaisante.  Elle est lumineuse et imparable. Mais rien n'y fait : l'obscurantisme de la guerre des genres prend de la vigueur. Nous remettons donc cet article sur le dessus de la pile, compte tenu de l'obstination générale à ressasser que " le masculin l'emporte " - ce qui est faux - et à s'en plaindre, voire s'en venger, ce qui n'est pas plus judicieux. Il faut au contraire admettre ceci : la forme francophone des pluriels mixtes se montre alternativement masculine (par exemple : les individus dépravés, les gens connus, tous les témoins ) ou féminine (par exemple : les personnes présentes, les innocentes victimes, les personnalités invitées ). Il en résulte que la guéguerre des sexes ne devrait pas avoir sa place dans cette question grammaticale. Mais il apparaît aussi que la formule " le mas...

rapporteuse et rapporteur

Les féminins corrects des termes • porteur • colporteur • rapporteur sont évidemment • porteuse • colporteuse • rapporteuse . Tandis que "la porteure" et "la rapporteure" sont des barbarismes. Quant à écrire : " En tant que rappor teure , je suis por teuse de mauvaises nouvelles ", on voit l'indéfendable absence de cohérence de ce caprice. La charge parlementaire de rapporteur   (d'un projet de loi, d'une enquête, etc)  est pourtant la cible d'une féminisation erronée et très entêtée dans l'erreur : " rapporteure ", que ces dames préfèrent au féminin multiséculaire et seul correct rapporteuse , exactement aussi noble et indéniable dans sa forme que le sont chercheuse , semeuse, fileuse, chanteuse ou conteuse . Il leur semble que rapporteuse évoque les cafardages de cour d'école. Et alors ? En va-t-il autrement pour les  rapporteurs ?  Non. Mais dans le rejet des titres neutres, coupables de sembler masculins, comme ch...

on ne tire pas les conséquences

" Il faut en tirer les conséquences " ne veut rien dire (*) : ce n'est qu'un nœud dans la langue de bois. On tire le diable par la queue, on tire une histoire par les cheveux, mais on ne tire pas des conséquences, on tire des conclusions . On peut aussi tirer des leçons ou des enseignements . Tandis que les conséquences, on les assume . Éventuellement après les avoir mesurées (" mesurez-vous les conséquences de vos actes ?"). Le monde politique francophone fourmille pourtant d'orateurs haut placés qui "tirent des conséquences" (sic) à tout propos ou exigent que d'autres s'en chargent, par amalgame entre deux expressions justes : tirer des conclusions et assumer des conséquences . Cette confusion est à rapprocher du cafouillage " loin s'en faut " (sic), lui aussi vide de sens et qui résulte également de l'incorrecte hybridation de deux expressions correctes : loin de là et il s'en faut de beaucoup . (*) ...