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adorés et adoraient ne sont pas homophones

• Mes parents adorés, regardez les étoiles.
• Mes parents adorés regardaient les étoiles.
• Mes parents adoraient regarder les étoiles.

Depuis plus de trente ans, un lourde et très négligente tendance du style oratoire médiatique consiste à ne plus prononcer correctement les sons Ê en fin de mots (comme dans épais, benêt, Morlaix ou Manet). Cette renonciation ne permet plus de distinguer laquelle des trois phrases ci-dessus est prononcée, puisque adorés et adoraient, regardaient et regarder sont à tort prononcés de façon exactement semblable. Les terminaisons -ais, -aient, -ez, -er, és, êt, -et (jouet) ou -ée (jouée) ne sont pourtant pas homophones [contrairement à regardez/regarder/regardé dont la prononciation correcte est rigoureusement la même].

Une génération montante d'orateurs professionnels [journalistes, enseignants, politiciens, comédiens, avocats] ne ne parle plus des faits (double son Ê) mais "dé fées". Et prononce parquée de doué au lieu de parquet de Douai.

Les plus filous de ces mauvais professionnels de l'élocution se justifient en arguant de la liberté de s'exprimer avec un accent. Bobard. À de très rares exceptions près, cette défaillance articulatoire n'est pas un accent local : ce n'est qu'une coquetterie capricieuse pour les uns (1), un suivisme négligent pour les autres. Leur confusion phonétique est hélas devenue instinctive, chez eux comme au sein d'une très large frange de la population francophone soumise, parfois depuis le berceau, à leur influence lancinante.

Il en résulte une perte de clarté (voir ci-avant) et de chatoiement, par la morne uniformisation de sons distincts dont la distinction même rend le français plus limpide et plus chantant.

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NDA : Les sons Ê sont moins malmenés dans les mots monosyllabiques : grec, bière, paire, aigle, seigle, fer, Aix etc sont rarement, voire jamais, prononcés incorrectement gréc, biér, pér, égl, fér, éx. Ce qui confirme si besoin était qu'il ne s'agit pas d'un accent rendant intrinsèquement imprononçables sans effort les sons Ê de les faits ou de parquet...

(1) Un bon milliers de journalistes et d'enseignants sollicités à ce propos nous ont répondu que le son É leur paraissait plus charmant que le son Ê, et qu'ils continueraient à prononcer épée au lieu de épais ou elle venez au lieu de elle venait, revendiquant la liberté d'opérer cette dérive incohérente. Ils campent sur cette position, insulte à l'appui pour quelques uns d'entre eux, s'insurgeant contre notre prétendue critique de leur particularité locutoire individuelle, alors qu'il s'agit au contraire d'une tendance grégaire massive, dépourvue de lucidité individuelle devant la nécessité objective de ne pas céder à la confusion des voyelles pour ne pas obscurcir le discours ni appauvrir la langue. Une vivante donc vulnérable.

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