jeudi 19 juillet 2018

save the date : l'anglomanie parfaite

L'anglomanie s'exprime par l'abus de termes anglophones ou « anglomorphes », c'est-à-dire d'apparence anglaise.

L'anglomanie s'épanouit dans la tendance à employer des termes anglais bien que leur traduction française existe (par exemple, se présenter comme « consultant » plutôt que comme conseiller) ; elle culmine dans le recours à des termes inexistants dans la langue anglaise mais qui semblent lui avoir été empruntés (par exemple, le « pressing » cher aux commentateurs sportifs, employé par erreur à la place de l'anglais « pressure », dont la traduction correcte en français est « pression »).

Plus insidieusement, l'anglomanie s'infiltre dans la tendance récente des Francophones à généraliser des constructions grammaticales contraires à la syntaxe du français mais conformes à la syntaxe de l'anglais (par exemple, en construisant le complément de nom par juxtaposition : « emploi étudiant » au lieu de : « emploi d'étudiant », « poutre béton » au lieu de « poutre en béton »).

L'anglomanie nous invite à la suivre quand des amis de langue maternelle française s'adressent à nous, qui le sommes aussi, non pas à l'aide d'une invitation mais d'un irritant save the date. Ce sont des amis, alors on leur pardonne. Mais on se demande d'où leur vient ce snobisme, cette illusion que l'anglais les rend plus élégants, plus dynamiques, plus séduisants, plus nobles. Réponse : de leur anglomanie.

mercredi 18 juillet 2018

mondial ou global ?

Le réchauffement climatique de notre planète s'appelle en anglais "global warming", parce que l'adjectif anglais global qualifie ce qui se rapporte au globe (terrestre).

L'adjectif français global n'a pas ce sens. En français, les termes global, globalité et globalement se rapportent à un tout, mais qui n'est pas la terre entière. En français, ce qui concerne tout le globe terrestre est planétaire ou mondial. Employer "global" pour signifier mondial ou international est donc un anglicisme ; et plus précisément, une faute de traduction banalisée par de médiocres traducteurs professionnels et d'innombrables dilettantes de la traduction exerçant le métier de journaliste ou de rédacteur publicitaire.

Il en va de même pour la globalisation (ou globalization) du vocabulaire géopolitique, qui appartient exclusivement à la langue anglaise et s'appelle en français la mondialisation.

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lundi 16 juillet 2018

Mbappé ne s'appelle pas M-Bappé

La prononciation correcte du patronyme camerounais Mbappé ne tend aucun piège. Les journalistes de France et de Navarre s'en inventent pourtant un, et le prononcent majoritairement de façon fautive, en créant une séparation fictive entre la consonne M et les autres lettres. Ce qui donne l'étrange lecture "Êm' Bappé", qui est une absurdité comme le serait "Êss' Tendhal" au lieu de Stendhal, "Zêd Idane"" au lieu de Zidane, ou "Tom Cé Ruise" au lieu de Tom Cruise.

Si les professionnels de la parole ont du mal à articuler la succession de consonnes -mb-, ils peuvent s'y exercer en répétant sans la moindre difficulté : "samba périlleuse sans Mbappé rieur".

Ou encore : " je m'bats contre Mbappé", puis "Mbappé m'bat", et finalement "si tu m'bats, je m'barre !"

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PS : L'articulation subtile d'un M directement accolé à un B, nous la réussissons sans chichis avec Rambo, samba et come back, non ? Avec l'accent du Midi de la France, on l'entend aussi dans imbécile ! Invoquer une trop grande difficulté d'articulation n'a donc aucun fondement. Il s'agit en fait d'une cuistrerie: l'étalage d'un faux savoir, d'une fausse connaissance de la phonétique bantoue (consistant à croire que N'Golo se prononce N-Golo et que Mbappé se prononce M-Bappé).

vendredi 13 juillet 2018

à la caisse

En France et en Suisse, vous entendez ceci : "le magasin va bientôt fermer, veuillez vous rendre en caisse".

N'en faites rien.

Car seuls les billets de banque et les pièces de monnaie sont susceptibles d'aller "en caisse" ; ils y sont d'ailleurs encaissés. Mais les humains, eux, se rendent à la caisse. De même qu'ils vont aux toilettes, au jardin, au garage, au bar, au vestiaire ou à l'infirmerie.

Avec beaucoup de mauvaise foi ou d'incompétence, un linguiste vulgarisateur interrogé sur ce point a répondu qu'il n'y avait rien à redire à l'injonction qui nous est faite de "passer en caisse", invoquant l'expression "se marier en l'église Saint-Louis". Or, il s'agit là d'un rapprochement spécieux, car se référant au parler médiéval ecclésiastique, et désignant un lieu fort vaste en lequel des humains peuvent effectivement se rendre puis se tenir.

Mais des clients peuvent-ils tenir dans la caisse ? Et la responsable du supermarché nous parle-t-elle comme au Moyen Âge et comme au séminaire ? Certes non. Elle nous parle comme une personne bombardée de fautes de syntaxe dans les médias et les réunions de travail, qui se plie aux tournures les plus erronées plutôt qu'aux seules exactes, car ainsi fait son chef et le chef de son chef et ainsi de suite vers le haut. On les lui enseigne même en école de commerce, ces bourdes jargonnantes.

Aller "en" caisse, cela signifie aller en elle, donc aller dans la caisse, comme seuls le peuvent les menus objets de nos paiements.

Dire par pédanterie "en mairie" au lieu de à la mairie, ou dire par ignorance et suivisme "en caisse" au lieu de à la caisse, ce n'est pas un drame national. Ce n'est que surdité au sens des mots, ou banale négligence syntaxique. Tout cela se répète dans des courriers administratifs et des annonces de supermarché qu'aucune oreille attentive à sa propre langue ne vient rectifier.

N'hésitez pas à le faire.

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jeudi 12 juillet 2018

"être vent debout" : sens et contresens

"Vent debout" est un terme de navigation à voile indiquant qu'un bateau se trouve exactement face au vent et n'avance donc plus. Qu'il est privé de vitesse et de possibilité de manœuvre, toutes voiles dégonflées, inerte.

C'est donc dans un sens faux que cette expression est devenue insidieusement un tic de la langue médiatique et politique, une douzaine d'années après l'an 2000.

Lorsqu'un orateur politique nous annonce aujourd'hui que ses partisans sont "vent debout contre" telle ou telle réforme, il s'imagine nous annoncer qu'ils s'y opposent avec vigueur, comme redoutablement campés sur leurs deux jambes dans un vent funeste. Mais il dit exactement le contraire : il nous apprend qu'ils sont réduits à l'impuissance et immobiles dans une mer qui s'agite sans eux...

Ce n'est pas une lourde impropriété de terme, juste une petite erreur de cap sémantique. Car à 15° près dans la rose des vents, ces opposants pourraient cesser d'être immobiles "vent debout" et commencer à lutter "au près". C'est-à-dire en remontant hardiment, et très efficacement, contre le vent qu'ils combattent.

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mercredi 11 juillet 2018

bon déroulement et mauvais déroulé

La Mission linguistique francophone et l'Académie française unissent leurs efforts pour rappeler d'une même voix qu'une action se déroule selon son déroulement et non selon son "déroulé" (sic) - contrairement à ce que l'on lit depuis peu d'années sous la plume de rédacteurs professionnels adeptes de l'approximation. Faute que l'on entend par contagion dans la bouche de celles et ceux que la répétition des erreurs de langage nouvelles attirent irrésistiblement, par la seule vertu de leur nouveauté. Pour ces francophones-là, que nous avons sondés, le bon déroulement est un mot éculé qui manque de dynamisme. Selon eux, le "déroulé" (sic) d'une cérémonie, c'est plus actif [*]. Et de toute façon - tranchent-ils - on est libre de dire ce qu'on veut quand même, non ? Ce dévoiement de la notion de liberté ne suscite ni le "consternement" ni le "consterné", mais bien la consternation.

[*] Faux : le néologisme "un déroulé" est issu du participe passif du verbe (se) dérouler ; il est donc impropre à évoquer l'action autrement que subie. Il appartient indéniablement au registre de la passivité et non de l'activité.

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mardi 10 juillet 2018

ambiguïté et ubiquité

Mot d'enfant d'un commentateur sportif radiophonique, à propos de Machin-Truc, footballeur de son état, pressenti pour jouer à la fois en France et en Espagne :"il n'a pas le don d'ambiguïté".

Contrairement à l'ambiguïté qui ne vous situe nulle part, l'ubiquité est le don d'être partout à la fois. L'étymologie latine en est limpide : ubi signifie ; de là, ubique, qui signifie initialement et où, a pris en latin le sens de partout. L'ubiquité de la maîtrise approximative de la langue par les professionnels de l'actualité sportive se manifeste au détour de confusions de ce genre...



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lundi 9 juillet 2018

de plus en plus compliqué

La complication et la difficulté sont deux notions différentes : les mots pour les désigner ne sont pas interchangeables. Ni en français ni dans la plupart des langues.

Les observateurs de la Mission linguistique francophone constatent pourtant depuis 2012 que cette distinction est en voie de disparition dans l'esprit des orateurs professionnels, et du grand public à leur suite. La confusion de sens s'opère dans leur esprit au détriment de l'adjectif difficile, auquel ils tendent massivement à préférer automatiquement l'adjectif compliqué.

Même lorsque la difficulté en question est dépourvue de complication, tout ce qui est en réalité difficile est devenu "compliqué".

Par un sportif, nager plus vite que ses concurrents serait "compliqué". Non, c'est très simple (il suffit de nager plus vite !) mais c'est très difficile car épuisant.


La Mission linguistique francophone rappelle à ces orateurs imprécis et distraitement suivistes que seul ce qui est dépourvu de simplicité ou de clarté peut être qualifié de compliqué. Ce qui n'est pas facile mais clair et net, est difficile mais non compliqué.

Si c'est prendre le lecteur pour un demeuré que de lui rappeler cette vérité première, que dire du journaliste ou du tribun médiatique qui la perd de vue et décèle désormais du "compliqué" partout et du difficile nulle part ? Qu'il est un demeuré ? Non, ce serait trop facile. Car la cause réelle de cette tendance est sans doute plus... compliquée : s'y mêlent un peu toutes les négligences professionnelles qui altèrent le français médiatique. Nous n'en ferons pas la liste. Ce ne serait ni difficile ni compliqué ; ce serait désobligeant.

Quatre ans après la brusque apparition de ce phénomène régressif (1), la tendance s'est amplifiée et l'éventail de qualificatifs paresseusement remplacés dans la langue médiatique par compliqué s'est accru. Ainsi, les distinctions de sens suivantes sont-elles en passe d'être considérées comme trop "compliquées" à manier par les professionnels de la parole, qui les remplacent graduellement par "compliqué" : difficile, délicat, embarrassant, gênant, maladroit, hasardeux, périlleux, dangereux, exclu, incertain, peu probable, compromis, voué à l'échec, impossible, infructueux, inextricable, malcommode, contraignant, rebutant, inenvisageable, inacceptable, décourageant, déprimant, triste, grave [par exemple : prendre une grave décision et non une décision compliquée, comme le dit aujourd'hui un dignitaire annonçant sa démission].

(1) Il n'y a pas là "évolution" de la langue mais bien régression et atrophie, puisque des distinctions de sens disparaissent et que le discours s'appauvrit au lieu de s'épanouir.

NDE : Cet article a été publié en juin 2014. Devant la persistance de cette confusion, et pour épauler les efforts de l'Académie française qui nous a récemment emboîté le pas à ce sujet, nous le remettons sur le dessus de la pile.
 
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vendredi 6 juillet 2018

lignes intérieures et non domestiques

Dans la langue anglaise, le pays et la patrie sont très fortement assimilés au chez-soi, au foyer, à la maison, le fameux home, sweet home. D'un soldat qui rentre au pays, l'anglais dit qu'il rentre home. Il ne dit pas "to the country", ce qui signifierait "au pays" mais serait qu'une étrange traduction mot à mot du français.

De la même manière, les lignes aériennes qui restent à l'intérieur des frontières d'un même pays sont dites en anglais domestic (du latin domus : la maison). Ces domestic flights ne sont pas en français des vols "domestiques" (des vols effectués à la maison) mais des vols intérieurs (des vols effectués à l'intérieur d'un pays). On constate malheureusement qu'Air France se met à désigner officiellement ses vols intérieurs et lignes intérieures comme "vols domestiques" et "lignes domestiques", se montrant ainsi esclave du snobisme anglomane jusque dans les recoins du vocabulaire aérien le mieux enraciné dans la langue française depuis que l'aviation existe.

On se gardera donc bien d'imiter ce travers et l'on persistera, en bon français et en bons Français, à voler sur des lignes intérieures ou internationales.

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mercredi 4 juillet 2018

cas par cas et heure par heure

L'expression "au cas par cas" est une faute de français qui s'est répandue très largement depuis l'an 2000.

Dans notre langue, les choses que l'on examine l'une après l'autre se règlent cas par cas, et non "au cas par cas" (sic). Curieusement, cette faute de construction grammaticale n'affecte pas les autres locutions adverbiales construites sur le même modèle, c'est-à-dire par répétition d'un substantif autour de la préposition par. On entend toujours dire aujourd'hui, comme il convient : "marcher deux par deux", "progresser mètre par mètre", "s'informer heure par heure", "réfuter point par point" [et non "au deux par deux", "au mètre par mètre", "au point par point", "à l'heure par heure"]. Pourquoi ces locutions voisines ne subissent-elles pas la même maltraitance que "cas par cas" ? Pourquoi "au cas par cas" mais pas "à l'heure par heure" ? Ce sont les mystères du panurgisme langagier...

Une fois de plus, l'altération de la langue française contemporaine par suivisme irréfléchi ne va pas dans le sens d'une simplification mais d'un "suréquipement" syllabique ou lexical. Ici, il faut quatre mots pour commettre une erreur, au lieu de trois dans la formulation correcte.

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mardi 3 juillet 2018

modèles suréquipés

En 2010, une agence de publicité de grande marque automobile a une première fois décrit un modèle de voiture comme étant "suréquipé". Toutes l'ont ensuite imitée.

Un anonyme n'ayant pas perdu le sens des mots a légitimement pu s'interroger devant ce suivisme irréfléchi :
"suréquipée, ma voiture, ça veut dire quoi ? Qu'elle a deux volants ?"

Interrogation restée sans réponse autre que la propagation irritante de ce faux-sens, à coups de centaines de millions d'euros de dépenses publicitaires. Désormais, tout véhicule à vendre est présenté comme suréquipé. C'est le lieu commun obligé des bateleurs de ce secteur. Et bientôt, de tous les secteurs.

Le qualificatif "suréquipé" n'a pourtant qu'un seul sens, et il est fortement péjoratif. Est suréquipé ce qui encombré de trop d'équipements.

Dans le verbe suréquiper, le préfixe sur- exprime un tort par excès. Exactement comme dans surcharger, surestimer, surévaluer, surexposer, surfaire ou surjouer. Étymologiquement, surveiller, c'était aussi veiller de trop près, par méfiance et jusqu'à l'abus de vigilance.

Chers dirigeants de groupes industriels, la prochaine fois qu'un publicitaire ou un dircom vous proposera de vanter vos produits comme étant "suréquipés", demandez-vous si vous ne l'avez pas surestimé.

NDE : Le romancier Grégoire Courtois aussi s'est emparé de ce qualificatif, au tout début de son actuel dévoiement, pour en faire finement le titre d'un récit de science-fiction (Suréquipée, paru en 2015 chez Gallimard) impliquant une voiture effectivement suréquipée, au sens propre, puisqu'elle semble même dotée de la capacité de se mêler de ce qui ne la regarde pas ...


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lundi 2 juillet 2018

portable, consommable, livrable

Le vingt et unième siècle a apporté aux francophones la manie de désigner les choses non plus par des noms communs mais par des adjectifs. Et souvent des adjectifs à désinence en -able.

S'il fallait aujourd'hui inventer un nom pour la bouteille ou le lit, nul doute que ce seraient respectivement la remplissable et le dormable.

Ces exemples n'ont rien e caricaturaux puisque le monde francophone, désormais, consomme des consommables, se fait livrer des livrables et porte avec soi des portables (téléphones ou ordinateurs - who cares ?). Dans les jargons professionnels, les événements sont devenus des événementiels, les références des référentiels, de bonnes relations sont devenues un bon relationnel comme le fait de savoir écrire est désormais un bon rédactionnel, et tout à l'avenant.

La Mission linguistique francophone met en garde les créateurs de désignations commerciales et les inventeurs de termes techniques contre cette tendance. Elle constate que les professionnels du marketing font montre d'une inclination immodérée pour ce procédé et les invite à changer de marotte.

[Le "dormable" illustrant cet article est une sculpture de Ron Mueck]
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vendredi 29 juin 2018

à très vite ou à très bientôt ?

Évidemment, seuls "à bientôt" et "à très bientôt" sont corrects, tandis que "à très vite" est un monstre grammatical dont la présence étonne dans la bouche et sous la plume de personnes qui ne sont ni ennemies de la logique ni esclaves des bourdes en vogue.

En effet, la préposition à ne peut introduire ici que l'annonce d'un moment dans le temps. Or, "très vite" n'est pas une indication de temps mais de manière. On ne peut donc pas faire précéder "très vite" d'une préposition introduisant une indication de moment dans le temps, comme à demain, à jeudi, à plus tard ou à bientôt.

Raisonnons par l'absurde : si "à très vite" [= revoyons-nous très vite] était correct, alors le seraient aussi : "à volontiers" [= revoyons-nous avec plaisir], "à peut-être" [= revoyons-nous si le hasard le veut] et "à hors de question" [= plutôt crever que de nous revoir]. Un jour viendra peut-être où la structure de la langue sera démolie à ce point. Elle ne l'est pas encore.

Sortons-nous donc de la tête les "à très vite", de même que les "suite à", les "au final", les "versions papier" et autres effondrements grammaticaux ravageurs.*


*NDE : les formulations correctes de ces quatre expressions étant respectivement : "à très bientôt" ; "à la suite de" ; "finalement" ; "version imprimée" ou "version sur papier".

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dimanche 24 juin 2018

cartonner, faire un carton, carton plein

La différence de niveau de langue entre "peu importe" et ''je m'en branle" semble échapper à une cohorte d'orateurs professionnels, et spécialement aux présentateurs et journalistes de télévision et de radio qui sont en train d'abandonner collectivement les mots succès, victoire et triomphe au bénéfice de leur synonyme argotique carton ("faire un carton").

Pour une écrasante victoire, ils vont parfois jusqu'au "carton plein", comme s'il s'agissait d'un carton de déménagement ou d'une grille du loto traditionnel pleine de pions gagnants, alors qu'initialement la dérive argotique du mot carton, au sens de succès foudroyant, vient de la cible en carton du stand de tir dont on réussit à atteindre le centre.

Le festival de Cannes 2015 honore-t-il 100% de films français par ses trois palmes les plus en vue ? Pour les présentatrices des deux grandes chaînes françaises d'information télévisée en continu, "le cinéma français cartonne". Et l'on demande au critique de cinéma invité au journal télévisé de la grande chaîne généraliste du service public comment il explique non pas ce triomphe ni ce succès ni cette triple victoire mais, fatalement, ce carton.

La langue du commentaire sportif argotique s'est maintenant emparée du discours analytique sur la culture. L'inculture fait un carton et le mot juste fait ses cartons. Merci qui ?

NB : Aussi appelé registre de langue, le niveau de langue mesure le degré de raffinement de la langue employée par le locuteur. Il ne doit pas être confondu avec le niveau en langue(s) qui mesure le degré d'aisance dans la pratique d'une langue : "j'ai un très bon niveau d'anglais mais je confonds les niveaux de langue du français !"  Telle est l'autocritique que peuvent s'adresser les journalistes de langue maternelle française qui croient correct d'employer "cartonner" ou "faire un carton" à la place de "triompher", "être un succès", "avoir du succès", "gagner", "réussir", "l'emporter", "s'imposer", "briller", "marquer des points", "battre des records", "enthousiasmer le public", "être très applaudi", etc.

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samedi 23 juin 2018

a-t-elle l'air sérieuse ou l'air sérieux ?

 

La forme extrême du purisme s'appelle l'hypercorrection. C'est un une méprise qui porte à considérer comme fautive une formulation ne méritant en réalité aucune réprobation.

 

Ainsi en va-t-il de la croyance erronée selon laquelle l'expression "elle n'a pas l'air méchante" serait fautive, puisque le mot air est masculin et qu'il faudrait donc voir en "méchant" une épithète qualifiant l'air (méchant) de cette personne et non la personne (méchante) elle-même. Or, cette analyse est rarement juste et souvent entachée d'hypercorrection, car fausse.

Lorsque c'est effectivement l'air adopté par la personne qui est qualifié, bien sûr le qualificatif de son attitude ou de son expression du visage doit être au masculin : "elle a un air absent" signifie qu'elle affiche une expression absente, un air absent. Tandis que "elle a l'air absente" signifiera qu'elle semble ne pas être là : "j'ai cherché Adeline, je ne la trouve nulle part, elle a l'air absente" doit s'accorder au féminin car c'est Adeline qui apparaît comme étant absente, ce n'est pas son air qui est absent.

En effet, l'expression "avoir l'air" est aussi employée dans un français impeccable comme synonyme des verbes paraître ou sembler. Dans ce cas, il faut toujours accorder l'adjectif avec le genre du sujet qui a un certain air : si elle semble compétente, alors "elle a l'air compétente" est parfaitement juste, sur le plan grammatical comme sur celui du style.

Car "elle a l'air" signifie ici "elle a l'air d'être", autrement dit, "elle semble". C'est ce que que les linguistes appellent une locution figée, porteuse d'un sens qui doit être prise en compte pour lui-même. Voilà pourquoi notre cosmonaute, dont l'air est rieur, a cependant l'air sérieuse. Elle nous semble sérieuse.

Il est même des cas dans lesquels accorder le qualificatif au masculin en dépit d'un sujet féminin est pour le moins maladroit, voire indéfendable. Ainsi est-il étrange de dire qu'une table a l'air branlant plutôt que branlante. Car on voit mal une table adopter un air : les objets inanimés n'ont pas d'expressions faciales ni de postures comportementales, et n'adoptent donc aucun air qui puisse être qualifié pour lui-même.

Il est préférable de considérer que les qualificatifs ne s'appliquant pas à une expression du visage ni à un comportement doivent toujours être accordés avec le genre du sujet, et non avec le genre du complément air : cette exposition [féminin] a l'air ennuyeuse (elle semble ennuyeuse), cette bague [féminin] a l'air précieuse (elle semble précieuse), cette table a l'air branlante.

L'Académie française le confirme. C'est pourquoi toute contestation du présent rappel aura l'air peu judicieuse - et non l'air peu judicieux.

* Illustration : une femme ayant l'air sérieuse (= l'air d'être sérieuse), puisqu'elle est apte à se voir confier une mission spatiale, mais n'ayant pas l'air sérieux (= n'ayant pas sur le visage un air plein de sérieux) puisqu'elle sourit.

* NDA : en tant que synonyme de sembler ou paraître, le groupe "avoir l'air" peut non seulement ne pas être complété par une épithète du mot air, mais il peut être compléter par un adverbe et non un adjectif : "elle a l'air ailleurs", dira-t-on dans un français irréprochable à propos d'une personne en train de rêvasser.

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jeudi 21 juin 2018

ce qui se passe ou ce qu'il se passe ?

Que se passe-t-il ? La musique familière de cette question anodine et très correctement formulée semble être à l'origine d'une tendance persistante à déformer la tournure correcte de la réponse, et dire "je ne sais pas ce qu'il se passe" (sic) au lieu de "je ne sais pas ce qui se passe.

Personne, pourtant, ne songe à remplacer "je ne sais pas ce qui me plaît en toi" par "je ne sais pas ce qu'il me plaît en toi".

Le maniement des verbes impersonnels fait appel à une perception instinctive, et cependant subtile, du lien entre la syntaxe et le sens, qui piège même les meilleurs auteurs, il est vrai. Le public, quotidiennement soumis aux approximations linguistiques des orateurs professionnels, peine légitimement à s'y retrouver. Dans le doute, la simplicité est toujours salutaire. Et l'on sera bien inspiré de préférer savoir ce qui se passe, plutôt que ce qu'il se passe, question à laisser aux mauvais interviewers.

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jeudi 14 juin 2018

matrimoine et patrimoine

Aïe aïe aïe... La formulation "Journées du matrimoine et du patrimoine" est à l'étude.

Pas difficile de lire l'avenir : UN siège de député devra être remplacé par UNE place de député, LE Collège de France va devoir se trouver un nom moins insupportable, LE Sénat aussi, et tout à l'avenant. Tandis que LA mairie, LA Chambre des députés et l'Académie française pourront conserver leur noms, neutres d'apparence féminine, contrairement aux hôpitaux et aux gymnases, neutres d'apparence masculine. Ce n'est même pas de l'humour. Alors, les livres de Marguerite Yourcenar et Albert Camus sembleront pareillement rédigés dans un vieux français imbitable et indigne, par deux imbéciles qui se foutaient de savoir s'ils  travaillaient sur UNE table ou UN bureau et s'il bâtissaient UNE œuvre personnelle ou UN patrimoine littéraire, dans UN style et UNE langue plus vastes que leur genre.

Photo : Marguerite Cleenewerck de Crayencour, future Yourcenar, enfant.

mardi 5 juin 2018

impacter

Le verbe "impacter" ressemble à du français, mais ce n'en est pas. C'est un barbarisme à prétentions anglophones, employé dans divers sens liés à la notion d'impact.

• Impact physique. Ce sont ici les verbes percuter, heurter, frapper et leurs synonymes qui doivent toujours être employés au lieu du barbarisme "impacter". Exemple correct : "la balle l'a frappé ici ; on en voit nettement l'impact."

• Impact immatériel, symbolique, émotionnel. "Impacter" remplace ici abusivement des verbes comme affecter, toucher, heurter, ébranler et tous leurs synonymes exprimant un effet subtil ou violent sur un élément immatériel, sur une émotion, sur un destin, sur un projet.

Ainsi, une étude d'impact s'efforce-t-elle de déterminer dans quelle mesure une intervention affectera une situation donnée. Dans quelle mesure elle influera sur l'état actuel. Et non dans quelle mesure elle "l'impactera" (sic).

Les professeurs avaient autrefois l'habitude d'étiqueter certains élèves "partisan du moindre effort". C'est un label qui convient bien aux personnes adultes de langue maternelle française qui ne font plus même l'effort de trouver dans un vocabulaire de fin d'études primaires le verbe juste, pour exprimer ce qui résulte d'une influence, d'un choc ou d'un impact.

En ce sens, "impacter" signifie : "avoir un poil dans la main dans la tête".

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vendredi 1 juin 2018

on ne tire pas les conséquences

"Il faut en tirer les conséquences" ne veut rien dire (*) : ce n'est qu'un nœud dans la langue de bois.

On tire le diable par la queue, on tire une histoire par les cheveux, mais on ne tire pas les conséquences de quoi que ce soit. On en tire des conclusions. On peut aussi en tirer des leçons. Mais les conséquences, on ne les tire pas : on les mesure ("mesurez-vous les conséquences de vos actes ?") puis on les assume.

Le monde politique francophone fourmille pourtant d'orateurs haut placés qui "tirent des conséquences" (sic) à tout propos, ou exigent que d'autres s'en chargent, au lieu de tirer des conclusions et d'assumer des conséquences.

Cette confusion est à rapprocher du cafouillage "loin s'en faut" (sic), lui aussi vide de sens et très prisé du monde politique, qui résulte également de l'incorrecte hybridation de deux expressions correctes : loin de là et il s'en faut de beaucoup.

(*) Peu importe que divers dictionnaires s'en accommodent et que des auteurs estimables soient tombés dans le piège : cette suite de mots n'a pas de sens.

lundi 28 mai 2018

snobisme et sexisme des alumni

Inquiétante, cette prise de distance croissante des grandes écoles et universités de France vis-à-vis de leur propre langue : non, il n'y a ni pertinence ni légitimité à rebaptiser "alumni" les associations d'anciens élèves d'écoles francophones ni leurs anciens élèves eux-mêmes.

Le pluriel du mot latin alumnus (signifiant élève, au masculin) n'est évidemment pas arrivé chez nous par le latin, mais par imitation servile d'un emprunt déjà très ancien des étudiants nord-américains au latin. Notre ré-emprunt est nettement digne des moutons de Panurge, comme en atteste sa propagation aussi soudaine et fulgurante que tardive : les moutons ont le réflexe vif mais l'esprit lent.

Nous ferions mieux d'imiter les universités des USA pour leurs extraordinaires fanfares de plusieurs centaines de musiciens. Ces formations artistiques et ludiques persistent à briller par leur absence dans nos universités, où l'apprentissage d'un instrument de musique ne fait plus le poids dans la journée d'un étudiant - non plus que dans l'esprit d'un président d'université, manifestement - face aux joies du pianotage à deux pouces sur un téléphone portable...

Pour en revenir aux alumni, il est étonnant que les institutions de l'enseignement supérieur ne se soient pas émues de l'adoption de ce masculin pluriel nettement genré, puisque le latin comprend aussi le féminin pluriel alumnae et le neutre pluriel alumna. C'est donc bien le masculin mâle qui a été adopté, et non le neutre pluriel plus approprié pour des ensembles mixtes.

A défaut de s'émouvoir de cette nouvelle étape d'américanisation de notre culture estudiantine par l'invasion des alumni directement importés d'outre-Atlantique sans passer par Rome, les étudiantes elles-mêmes eussent pu s'émouvoir de la prédominance masculine qui s'y attache, peu compatible avec les efforts sincères de la société pour éradiquer les marques d'infériorisation d'un sexe par un autre. Encore eut-il fallu qu'elles sussent distinguer le masculin pluriel d'une langue morte, et qu'elles ne fussent pas éblouies par le miroir aux alouettes de l'exotisme américanisant qui étincelle dans ce suivisme cuistre.

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mercredi 16 mai 2018

maximal et minimum

Le français a créé depuis plusieurs siècles les adjectifs maximal, minimal et optimal pour qualifier ce qui constitue un maximum, un minimum ou un optimum.

Pourtant, certains lexicographes - dont quelques-uns au sein même de l'Académie française - éprouvent une réticence inexplicable à reconnaître pleinement l'existence de ces adjectifs, et à cesser donc de promouvoir l'emploi des substantifs maximum, minimum et optimum comme adjectifs, au détriment de maximal, minimal et optimal (que tout le monde reconnaît ne pas être des substantifs mais uniquement des adjectifs).

Cette obstination est alimentée par l'anglomanie, puisque maximal se dit en anglais maximum. La Mission linguistique francophone se distingue d'autres organismes d'aide au maniement du français par son absence totale d'anglophobie. Mais elle se distingue surtout par son action en faveur de la clarification et de l'intelligente modernisation des langues - en l'occurrence, le français. Réserver aux mots français minimal, maximal et optimal la fonction adjective, et réserver à minimum, maximum et optimum la fonction substantive, ne contribuerait-il pas à cette clarification ?

mardi 8 mai 2018

on ne renseigne pas un questionnaire !

On lit presque partout cette injonction, qui n'est même plus perçue par les moins de 20 ans comme une énormité : "Renseignez le questionnaire".

Dans la langue dénaturée que pratiquent la plupart des administrations, cela signifie qu'il faut fournir les renseignements demandés. Qu'il faut remplir ou compléter le questionnaire, qu'il faut y répondre. Car on répond à une question, on ne renseigne pas une question ni donc un questionnaire !

Dans le français spontané des francophones que ces énormités n'ont pas encore désorientés, on renseigne des touristes égarés mais on remplit un formulaire (ou une fiche, une case, un questionnaire, etc).

Nombreux sont ceux pour qui les mots n'ont plus qu'un sens vague, interchangeable. Mais le verbe renseigner désigne exclusivement l'action de fournir des renseignements à des êtres humains : un panneau routier ou un dictionnaire peuvent nous renseigner, mais nous ne pouvons pas renseigner un dictionnaire ni un panneau routier. Cela n'a aucun sens.

On lit pourtant de telles recommandations : "dans la première case, renseignez votre nom" (sic). La Mission linguistique francophone rappelle à ces rédacteurs administratifs en déroute - à qui il manque sans doute plus d'une case - qu'on ne "renseigne" pas son nom dans une case ni même à l'oreille d'un interlocuteur de chair et d'os, on l'indique. C'est la personne à qui vous indiquez votre nom que vous renseignez... Ce n'est pas votre nom que vous renseignez : vous renseignez la personne qui vous demande ce renseignement !

Dans le même esprit, il existe depuis peu une tendance à porter dans les cases non remplies d'un formulaire la mention "Non renseigné" au lieu de "Néant" ou "NC" ("Non communiqué") ou "Sans objet" ou NSP ("Ne sait pas") ou "À remplir". Cette tendance est absurde, pour les raisons expliquées ci-avant. Vous voilà renseignés.

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samedi 5 mai 2018

susceptible et vexatile

Une personne qui se vexe facilement est une personne susceptible. Mais, comme le mot vexer ne présente aucune similitude d'aspect avec le mot susceptible, certains locuteurs francophones ne font pas le lien entre les deux termes et disent d'une telle personne qu'elle est "vexable".

Plutôt que cette fabrication maladroite, la Mission linguistique francophone leur propose l'adoption du néologisme vexatile : "Robert est trop vexatile, ça devient saoulant". Ce mot est formé sur le modèle de versatile (qui change facilement d'humeur, d'opinion, d'état), docile (qui se montre doux devant l'autorité), ductile (qui possède la propriété de s'étirer), gracile (qui possède une grâce fragile), etc.

La surabondance actuelle et passée d'adjectifs formés au moyen du suffixe -able ne doit pas faire oublier que la langue française est riche d'autres désinences. Ici, la similitude entre fragile, versatile et vexatile plaide en faveur du préfixe -ile, ajouté au radical de vexation. En effet, une personne qui se vexe facilement est fragile et devient sujette à des sautes d'humeur qui ne sont pas très différents des sautes d'humeur de la personne versatile.

L'adjectif vexatile rejoindra les facile, difficile, docile, indocile ; ce qui est un choix plus subtil que les innombrables adjectifs en -able dont la langue française se surcharge.


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mercredi 2 mai 2018

Ô sœurs et frères, pas de féminicide, par pitié

Une politicienne française s'est mise en tête de faire entrer dans les nôtres le néologisme "féminicide" (sic). En quoi cela est-il une bien mauvaise idée ?

S'il s'agit du meurtre de la femme en tant qu'épouse, se flatter d'employer le mot "féminicide" est une lourde démonstration d'ignorance qui fait honte à qui s'en gargarise, car le mot pour désigner l'homicide de l'épouse existe déjà depuis des lustres, c'est : UXORICIDE (du latin uxor = femme, épouse).

Qu'il s'agisse d'un assassinat (préméditation) ou d'un meurtre (volonté non préméditée de donner la mort), tuer délibérément son épouse s'appelle en français un uxoricide.

Maintenant, si le néologisme "féminicide" prétend fustiger avec une véhémence et une vindicte particulières les homicides frappant les femmes, en tant qu'humains féminins et non en tant que conjointes, on ne peut que refuser cette autre expression d'ignorance exaltée. Car l'HOMICIDE n'est pas l'acte de donner la mort à un homme (qui exigerait deux M !) mais à un être humain (avec un seul M). Comme son orthographe l'indique, l'homicide (avec un seul M) ne fait pas des victimes hommes mais des victimes humaines ! Qu'elles soient femme, homme ou enfant.

Pour l'homicide d'une fillette par une marâtre ivrogne faut-il inventer le filletticide ?

Pour l'homicide par imprudence d'un jeune homme, commis par un groupe de filles et de garçons le bizutant, avons-nous besoin du jeunhommicide ?

Non. Pas davantage que notre langue n'a besoin de "l'hommicide" (avec deux M) quand la victime serait masculine et du "féminicide" pour les victimes féminines. Car bientôt, il faudrait alors équiper le français d'un mot différent selon que la bonté, la gloire, la guérison, le travail, le rire, la jeunesse soient ceux d'un homme ou d'une femme. Un tel mur de démarcation monté par de fébriles hérauts de la guerre des sexes n'a pas sa place dans la bienveillance de notre langue maternelle (*).

Quant à exprimer par "féminicide" l'idée selon laquelle l'homicide commis sur une femme (qu'elle soit tuée par un homme ou une femme) serait plus terrible que l'homicide commis sur un homme (qu'il soit tué par une femme ou un homme), n'est-ce pas absolument inacceptable ? Si. C'est une insinuation sexiste sordide : "les hommes sont en toute circonstance moins à plaindre que les femmes, et leur mort par homicide n'exige donc pas d'être spécialement dénommée, contrairement à la mort des femmes par homicide.  Les victimes masculines se verront refuser tout mot spécifique pour l'homicide qui les emporte, mais les femmes se verront reconnu le droit à un terme qui permette de les pleurer, elles seules et plus tragiquement, parce que les voir mourir est plus pénible." C'est imbécile. Les humains soucieux d'égalité de condition et portés à la compassion sans distinction de genre ne s'y reconnaissent pas.

Allez, retrouvons la raison. Et notre dictionnaire... Laissons mourir l'ignare "féminicide". Car si tuer son époux n'a pas de nom particulier (**), tuer son épouse en a déjà un : c'est l'uxoricide.

Miss L.F.

(**) NDE : Y a-t-il parmi nos chers abonnés des idiots au dernier degré qui s'offusquent que la langue soit dite maternelle et non paternelle, et qui réclament la parité jusque dans cette formule ancestrale ? (*) NDE : Est-ce équitable, au fait ?