lundi 23 avril 2018

serious, c'est grave

Une correspondante de BMFTV au Canada, Marie-Laure J. (ci-contre), nous rapporte une déclaration du maire anglophone de Toronto et lui prête ce propos : "il y a eu un incident sérieux". Non, chère professionnelle du bilinguisme anglo-français, c'est un incident grave (en anglais : serious) qu'annonçait le maire. Et pour cause : avec neuf morts, "incident" est même un euphémisme.

La journaliste se rachète aussitôt en employant dans son sens correct une expression souvent mal comprise : "l'incident s'est produit dans une artère très achalandée de Toronto". Ce qui signifie avec beaucoup de justesse qu'il y avait de nombreux passants en train de faire leurs courses dans les magasins de détail de ce quartier : beaucoup de chalands ; et non beaucoup de marchandises, comme le croient celles et ceux qui parlent à tort d'un magasin "bien achalandé" pour le décrire en réalité comme bien approvisionné. Un magasin bien achalandé est un magasin où les chalands, c'est-à-dire les clients potentiels, sont nombreux.

dimanche 22 avril 2018

érotomanie : le délire amoureux et non la frénésie sexuelle

Contrairement à une méprise fréquente, l'érotomane n'est pas un obsédé sexuel. C'est un obsédé d'un autre ordre : l'érotomanie est une maladie mentale qui porte à se croire aimé d'amour par une personne, souvent importante, qui ne vous manifeste en réalité que peu d'attention et aucun sentiment amoureux. Cette maladie psychiatrique aux effets souvent violents (tentative de meurtre de la personne indifférente au sujet délirant, dénonciations calomnieuses pour viols ou agressions chimériques, chantages) affecte trois fois plus de femmes que d'hommes. Elle fait donc trois fois plus de victimes chez les hommes que chez les femmes, contrairement à une idée reçue selon laquelle toute violence liée à la vie sentimentale serait, bien entendu, l'œuvre des hommes sur les femmes.

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samedi 21 avril 2018

à très vite ou à très bientôt ?

Évidemment, seuls "à bientôt" et "à très bientôt" sont corrects, tandis que "à très vite" est un monstre grammatical dont la présence étonne dans la bouche et sous la plume de personnes qui ne sont ni ennemies de la logique ni esclaves des bourdes en vogue.

En effet, la préposition à ne peut introduire ici que l'annonce d'un moment dans le temps. Or, "très vite" n'est pas une indication de temps mais de manière. On ne peut donc pas faire précéder "très vite" d'une préposition introduisant une indication de moment dans le temps, comme à demain, à jeudi, à plus tard ou à bientôt.

Raisonnons par l'absurde : si "à très vite" [= revoyons-nous très vite] était correct, alors le seraient aussi : "à volontiers" [= revoyons-nous avec plaisir], "à peut-être" [= revoyons-nous si le hasard le veut] et "à hors de question" [= plutôt crever que de nous revoir]. Un jour viendra peut-être où la structure de la langue sera démolie à ce point. Elle ne l'est pas encore.

Sortons-nous donc de la tête les "à très vite", les "suite à", les "au final", les "versions papier" et autres effondrements grammaticaux ravageurs.*


*NDE : les formulations correctes de ces quatre expressions étant respectivement : "à très bientôt" ; "à la suite de" ; "finalement", "version imprimée" ou "version sur papier".

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jeudi 19 avril 2018

métier n'est pas un adjectif

Le site officiel du ministère de l'Intérieur français annonce simultanément un bonne et une mauvaise nouvelle, et le fait en ces termes, extraits d'une offre d'emploi : "intégrer une direction qui comporte une grande diversité de domaines « métier » avec de hauts niveaux d’expertise, c'est l'opportunité que vous propose [le] ministère de l'intérieur."

Cherchant à se libérer de l'obligation de trouver le mot juste, on remarque que le rédacteur de l'annonce du ministère, gêné par sa propre carence, s'est senti obligé d'entourer "métier" de guillemets, comme si cela gommait ou atténuait la faute de français. Détrompons-le charitablement :

1°/ non, "métier" n'est pas un adjectif qualificatif ;
2°/ non, un mot au singulier ne peut pas qualifier un mot au pluriel ;
3°/ non, les guillemets ne gomment pas les fautes, ils les enjolivent à peine.

Il n'est donc pas permis d'écrire domaines "métier" au lieu de domaines professionnels.

Si l'on veut conserver le mot métier, alors cette affligeante "grande diversité de domaines métier" doit devenir simplement une grande diversité de métiers.

La mauvaise nouvelle, c'est qu'il y a ainsi quatre fautes de français dans ce seul membre de phrase : trois impropriétés de termes (dont deux anglomanies : "opportunité" et "expertise") et un viol de la syntaxe.

La bonne nouvelle, c'est que le poste de rédacteur compétent n'étant manifestement pas déjà pourvu, le ministère de l'Intérieur entend peut-être remédier à cette lacune en recrutant quelques rédacteurs avec qualification de haut niveau (alias "haut niveau d'expertise") en langue française.

Mais la mauvaise nouvelle, c'est aussi que tout candidat s'étant appliqué au cours de sa vie à se doter d'une excellente maîtrise de sa langue maternelle s'exposera ici à ne pas voir cette qualité reconnue, dans la mesure où les recruteurs n'ont rien trouvé à redire à la formulation défectueuse précitée et sont donc sourds et aveugles à leur propre langue. Inaptes à distinguer une véritable compétence rédactionnelle ("un bon rédactionnel" comme ils disent) d'une aptitude à imiter servilement les travers langagiers ambiants.

Il existe probablement une autre mauvaise nouvelle encore entre les lignes de cette offre d'emploi : c'est qu'en dépit de l'ordonnance de Villers-Cotterêts [du 5 août 1539, déjà], il n'est pas permis de tenir tête à un chef qui vous dicte une ânerie linguistique à s'arracher les cheveux. Car il est plus périlleux que jamais de se singulariser par sa maîtrise de la langue dans des milieux professionnels qui reprennent à leur compte les formulations les plus navrantes et s'en gargarisent pour mieux se souder, tous métiers confondus.

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mercredi 18 avril 2018

maximal et minimum

Le français a créé depuis plusieurs siècles les adjectifs maximal, minimal et optimal pour qualifier ce qui constitue un maximum, un minimum ou un optimum.

Pourtant, certains lexicographes - dont quelques-uns au sein même de l'Académie française - éprouvent une réticence inexplicable à reconnaître pleinement l'existence de ces adjectifs, et à cesser donc de promouvoir l'emploi des substantifs maximum, minimum et optimum comme adjectifs, au détriment de maximal, minimal et optimal (que tout le monde reconnaît ne pas être des substantifs mais uniquement des adjectifs).

Cette obstination est alimentée par l'anglomanie, puisque maximal se dit en anglais maximum. La Mission linguistique francophone se distingue d'autres organismes d'aide au maniement du français par son absence totale d'anglophobie. Mais elle se distingue surtout par son action en faveur de la clarification et de l'intelligente modernisation des langues - en l'occurrence, le français. Réserver aux mots français minimal, maximal et optimal la fonction adjective, et réserver à minimum, maximum et optimum la fonction substantive, ne contribuerait-il pas à cette clarification ?

mardi 17 avril 2018

internautique : un adjectif pour internet

Le terme anglophone internaut, devenu en français internaute, a été judicieusement formé pour désigner de façon imagée qui navigue dans les méandres d'internet. Ce mot à l'étymologie ingénieuse connaît un succès général qui n'est pas usurpé. Bravo à son inventeur.

On note, au même moment, l'absence d'engouement pour l'adjectif correspondant : internautique, formé sur le modèle de nautique.

Pourtant, la privation d'un adjectif qualifiant rigoureusement ce qui intéresse l'internaute oblige à des périphrases insatisfaisantes car imprécises, comme la locution adverbiale "en ligne". Le jeu en ligne, le recrutement en ligne, sont des formulations trop vagues, qui pourraient aussi bien désigner un mode d'action téléphonique ("restez en ligne") ou une disposition physique ("placez-vous en ligne, les uns à côté des autres"). Dès lors, pour qualifier ce qui se rapporte à la navigation de l'internaute, la Mission linguistique francophone recommande résolument l'usage de l'adjectif internautique.

Un spécialiste de la création publicitaire en ligne, par exemple, pourra se targuer en français de posséder une compétence internautique plutôt qu'une "compétence web", selon l'actuel jargon du marketing où l'on fait dédaigneusement fi du fait que web n'est ni un adjectif (il ne saurait donc qualifier le substantif compétence) ni seulement un mot français ou francisé, contrairement à internaute et internautique. Quant à la désignation "digitale", elle est à écarter sans appel. Elle relève d'une confusion grossière avec le faux ami anglais digital qui signifie numérique, tandis que dans notre langue, le terme digital n'a qu'un seule et unique signification : qui concerne les doigts ; et non les nombres... ni internet !

NDE : nous avons publié cette proposition néologique il y a de cela exactement dix ans. La voici réitérée à l'occasion de cet anniversaire. Miss L.F.

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vendredi 13 avril 2018

fêter un an

En français, le pluriel commence à deux. On ne peut donc pas "fêter ses un an" (sic). On fête son premier anniversaire, sa première année, ou on fête un an ; un an de succès, d'existence, de liberté, etc. D'un bébé, on peut célébrer les douze mois. Mais on ne fête pas "les un an" de qui ni de quoi que ce soit. À moins de fêter par la même occasion son inaptitude à compter jusqu'à 1 sans se tromper.


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dimanche 8 avril 2018

on ne tire pas les conséquences

"Il faut en tirer les conséquences" ne veut rien dire (*) : ce n'est qu'un nœud dans la langue de bois.

On tire le diable par la queue, on tire une histoire par les cheveux, mais on ne tire pas les conséquences de quoi que ce soit. On en tire des conclusions. On peut aussi en tirer la leçon. Mais les conséquences, on ne les tire pas.

Le monde politique francophone fourmille pourtant d'orateurs haut placés qui "tirent des conséquences" (sic) à tout propos, ou exigent que d'autres s'en chargent, au lieu de tirer des conclusions et d'assumer des conséquences.

Cette confusion est à rapprocher du cafouillage "loin s'en faut" (sic), lui aussi vide de sens et très prisé du monde politique, qui résulte également de l'incorrecte hybridation de deux expressions correctes : loin de là et il s'en faut de beaucoup.

(*) Peu importe que divers dictionnaires s'en accommodent et que des auteurs estimables soient tombés dans le piège : cette suite de mots n'a pas de sens.

vendredi 6 avril 2018

cheffe ou chef de service ?



"Un véritable barbarisme", voilà l'arrêt de mort qu'a signé l'Académie française [dès 2002, avec confirmation en 2014] contre la féminisation inepte de chef en cheffe. La respectable assemblée rappelle qu'il importe peu que telle ou tel ministre ponde une circulaire prônant l'adoption d'un barbarisme comme "cheffe de service"ou "proviseure", car nul gouvernement n'est habilité à décider de ce qui constitue le bon usage de la langue française. Nul gouvernement n'est légitimé à promouvoir la cacographie ni le "parler moche", plutôt qu'une langue fluide d'époque en époque, vivante et cohérente. Or, la capacité à juger de la cohérence des évolutions du français et l'autorité de trancher ces question sont l'apanage de la clairvoyante Académie, sans discontinuité depuis quatre siècles comme elle se plaît à le souligner.

La Mission linguistique francophone ajoute à cette mise au point sa propre démonstration : la féminisation de chef par cheffe n'a, en tout état de cause (reconnaissance de l'autorité des Académiciens ou non), ni légitimité ni pertinence, puisque la désinence -effe n'est aucunement le propre du féminin comme en atteste le greffe du tribunal. Réciproquement, la désinence -ef n'est nullement d'une insupportable masculinité, comme en atteste l'existence de la nef. On notera que des apocopes du langage courant, comme la basse def et la haute def [pour basse définition et haute définition], actualisent encore la mixité de la désinence -ef.

Si l'on veut se signaler comme étant la chef plutôt que le chef, il n'est pas indispensable de se signaler à cette occasion comme inapte à réfléchir plus loin que le bout de sa toison de mouton de Panurge, en voyant le mal - qui est ici le mâle, bien entendu - où il n'est pas.

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jeudi 5 avril 2018

note sur les memos et les focus


La Mission linguistique francophone [M•L•F•] ne manifeste aucune aversion pour la langue anglaise, bien au contraire. C'est ce qui la distingue d'autres organisations dites "de défense de la langue française".

Dans sa tâche permanente d'observation des coups portés à la langue française par les professionnels francophones de la communication, la M•L•F• ne s'emploie qu'à dépister les atteintes morbides (1) au vocabulaire et à la syntaxe de notre langue, celles qui lui occasionnent des pertes de sens, de substance ou de cohérence : lorsque le vocabulaire ou la syntaxe d'une autre langue font insidieusement irruption dans la nôtre, par ignorance, par incompétence, par snobisme, par suivisme, par corporatisme parfois, et non par choix créatif ou stylistique.

La Mission linguistique francophone ne s'autorise à émettre aucune objection à la libre anglophilie, voire anglomanie, de certains auteurs ou locuteurs francophones. Elle ne mène ni ce combat rétrograde ni aucun autre de même nature. C'est au contraire la pleine vitalité des langues, chacune dans sa sphère d'intelligence et de sensibilité, que notre organisation promeut pour le présent et l'avenir. Nos observatrices et observateurs réunis sous le pseudonyme collectif de Miss L•F•, ne font guère figure de vieux barbons crispés sur leur dictionnaire de termes vétustes...

C'est donc avec ce seul souci de clarté dans les emprunts langagiers que la Mission linguistique francophone alerte ici les habitués des "mémos" et des "focus" sur le fait que ces termes anglais dérivés du latin n'ont pas leur place dans la langue de travail des entreprises francophones. The focus, c'est le point (le point de netteté focale d'un système optique, vers lequel on fait la mise au point, par exemple) ; par analogie, to focus, c'est se concentrer (sur un sujet, comme les rayon lumineux se concentrent au point focal d'une lentille).

Quant à ce que les anglophones appellent aujourd'hui a memo (contraction de memorandum), en français c'est simplement une note (une note de service, par exemple), un compte rendu (de réunion, par exemple) et non un mémorandum (qui pourrait alors légitimement s'abréger en "mémo" dans notre langue aussi). La Mission linguistique francophone invite donc les responsables d'entreprises francophones à s'abstenir de demander à leurs interlocuteurs "un memo avec un focus sur les actions commerciales" - et à l'exprimer plutôt en français : "une note avec un point sur les actions commerciales" ou "un compte rendu des actions commerciales".

(1) Morbide : [adjectif] qui relève de la maladie ; à ne pas confondre avec sordide (qui évoque une extrême bassesse) ni macabre (qui évoque la mort, avec une certaine délectation).

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mercredi 4 avril 2018

bon déroulement et mauvais déroulé

La Mission linguistique francophone et l'Académie française unissent leurs efforts pour rappeler d'une même voix qu'une action se déroule selon son déroulement et non selon son "déroulé" (sic) - contrairement à ce que l'on lit depuis peu d'années sous la plume de rédacteurs professionnels adeptes de l'approximation. Et dans la bouche de ceux que la répétition des erreurs de langage nouvelles attirent irrésistiblement par la seule vertu de leur nouveauté. Pour ces francophones-là, que nous avons sondés, le bon déroulement est un mot éculé qui manque de dynamisme. Selon eux, le "déroulé" (sic) d'une cérémonie, c'est plus actif [*]. Et de toute façon - tranchent-ils - on est libre de dire ce qu'on veut quand même, non ? Ce dévoiement de la notion de liberté ne suscite ni le "consternement" ni le "consterné", mais bien la consternation.

[*] Faux : le néologisme "un déroulé" est issu du participe passif du verbe (se) dérouler ; il est donc impropre à évoquer l'action autrement que subie. Il appartient indéniablement au registre de la passivité et non de l'activité.

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dimanche 1 avril 2018

les bonzes, amis de la francophonie

En 1818, un voyageur palois parvenu au Tibet apporta dans son havresac une édition des contes de Charles Perrault. Très impressionnés par la lecture qu'il leur en fit, les jeunes moines de Kumbum se prirent d'amitiés pour lui, et par-delà sa personne, pour la fiction francophone.

Il en résulta ce dicton fameux, rapporté du plus haut pays du monde jusqu'à nous : les bons contes font les bonzes amis. Amis de la francophonie et des poissons d'avril, natürlich.

vendredi 23 mars 2018

impacter

Le verbe "impacter" ressemble à du français, mais ce n'en est pas. C'est un barbarisme à prétentions anglophones, employé dans divers sens liés à la notion d'impact.

• Impact physique. Ce sont ici les verbes percuter, heurter, frapper et leurs synonymes qui doivent toujours être employés au lieu du barbarisme "impacter". Exemple correct : "la balle l'a frappé ici ; on en voit nettement l'impact."

• Impact immatériel, symbolique, émotionnel. "Impacter" remplace ici abusivement des verbes comme affecter, toucher, heurter, ébranler et tous leurs synonymes exprimant un effet subtil ou violent sur un élément immatériel, sur une émotion, sur un destin, sur un projet.

Ainsi, une étude d'impact s'efforce-t-elle de déterminer dans quelle mesure une intervention affectera une situation donnée. Dans quelle mesure elle influera sur l'état actuel. Et non dans quelle mesure elle "l'impactera" (sic).

Les professeurs avaient autrefois l'habitude d'étiqueter certains élèves "partisan du moindre effort". C'est un label qui convient bien aux personnes adultes de langue maternelle française qui ne font plus même l'effort de trouver dans un vocabulaire de fin d'études primaires le verbe juste, pour exprimer ce qui résulte d'une influence, d'un choc ou d'un impact.

En ce sens, "impacter" signifie : "avoir un poil dans la main dans la tête".

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jeudi 22 mars 2018

county, le faux ami américain du comté


La plupart des politologues de France, des étudiants en géographie ou sciences politiques, des journalistes, et même la quasi totalité des auteurs de dictionnaires, se fourvoient à traduire des noms d'entités administratives des USA telles "Madison County" ou "Orange County" par "Comté de Madison" et "Comté d'Orange", comme s'il existait ou avait existé aux USA un ordre nobiliaire et donc des principautés, des duchés et des comtés !
 
Non, les USA ne sont pas et n'ont jamais été une monarchie aristocratique, les USA n'ont jamais eu de Comtes ni de comtesses de San Francisco ni de Miami, et la traduction de l'anglo-américain county par "comté" n'est qu'un lourd faux-sens, ourlé d'une légère stupidité.

Le territoire des USA est plus exactement subdivisé en états (states) et en cantons (counties ; et county, au singulier).

Pour ne pas sombrer collectivement dans l'inculture historique la plus navrante, il semble important de ré-instaurer la traduction correcte dans notre langue de la notion de county aux USA, par le terme canton. Et non comté.

La Mission linguistique francophone propose à ceux qui trouvent le terme canton trop helvético-franchouillard ou insuffisamment sexy et exotique pour les USA, de s'en tenir au mot autochtone county ("le county de Madison"), exactement comme le français a intégré les mots blues, musique country ou barman sans les franciser en "bleus", "musique de la campagne" et "homme de la barre". Ce qui sera moins affligeant que de pérorer sur les comtés du royaume des USA.

mercredi 21 mars 2018

dédier

L'action décrite par le verbe dédier possède en français une valeur d'hommage. Dédier une sonate à sa bien-aimée, c'est lui faire symboliquement don de cette composition pour louer ses sublimes qualités.

De même, dédier une conférence à Beethoven, c'est affirmer vouloir honorer la mémoire de Beethoven par le contenu de cette conférence. Ce n'est pas simplement donner une conférence sur Beethoven. Pour cela, on dira que l'on consacre une conférence à Beethoven. On peut aussi donner une conférence sur les répercussions de la surdité chez les musiciens de hard rock, et la dédier à Beethoven. Autrement dit, rendre hommage au passage à Beethoven, qui n'est cependant pas le sujet de la conférence.

Hélas, cette claire et forte distinction de sens tend à se perdre dans l'esprit des professionnels de la communication. Ils propagent dans le public des titres comme "site internet dédié aux étudiants en droit", alors qu'un tel site est en fait destiné aux étudiants en droit, voire réservé aux étudiants en droit. Mais certainement pas "dédié" à la mémoire de ces braves potaches...

Certains dictionnaires ne craignent pourtant pas d'entériner cette bévue sans la mise en garde qui s'impose : l'usage de dédié au sens de destiné, consacré, réservé est défectueux car il appauvrit le sens et l'obscurcit ; cette impropriété de terme s'est infiltrée dans la langue française au gré de mauvaises traductions du faux-ami anglais to dedicate, qui signifie consacrer, réserver, destiner, (se) dévouer, affecter, allouer, et parfois dédier au sens propre.

lundi 19 mars 2018

de dont

Faut-il dire "c'est de ça que je parle" ou "c'est de ça dont je parle" ?

On apprend dès l'école élémentaire que dont signifie "de...que".
Le pronom dont ne doit JAMAIS être précédé de la préposition "de" puisqu'il la contient déjà. Seules ces deux tournures, exactement synonymes et exactement aussi élégante l'un que l'autre, sont donc correctes : "c'est de cela que je parle" ou "c'est cela dont je parle".

Cependant, un nombre impressionnant de professionnels de la parole croient pouvoir nous dire "c'est de ça dont je vous parle", commettant ainsi une lourde faute de grammaire. Si un cuisinier versait systématiquement double dose de sel comme ces orateurs nous versent systématiquement double dose de "de", nul doute qu'ils seraient vite contraints de changer de métier.

vendredi 16 mars 2018

concertos et scénarios

Pas d'excès de zéle, pas de cuistres concerti ou scénarii.

Le pluriel de scénario est scénarios. Le pluriel de concerto est concertos. Tout comme le pluriel de lavabo est lavabos.

L'Académie française a depuis longtemps tranché la question du pluriel des mots étrangers adoptés par le français : ils doivent être traités comme des mots français, c'est-à-dire équipés au pluriel d'un S final.

On trouve pourtant encore de nombreux partisans des "concerti" et des "scénarii", formes d'inspiration italienne [d'inspiration, seulement, car le pluriel italien du mot italien scenario est scenari, avec un seul i] mais fautives en français - langue dans laquelle les pluriels de ces mots sont concertos et scénarios. De fait, le mot scénario n'est manifestement plus un mot italien, puisqu'il est équipé d'un accent aigu, inconnu en Italie. Comme souvent, l'incohérence est au rendez-vous : les mêmes qui veulent écouter des concerti en rédigeant des scénarii ne disent pas qu'ils redoutent la prolifération des "viri dans les aquaria" mais bien des virus dans les aquariums.

Alors, restons sobres et n'étalons pas de prétentions latinistes ni italianisantes quand le français fait tout pour nous faciliter la vie. Ce qui n'est pas toujours dans sa nature... 

jeudi 15 mars 2018

les nouveaux Incroyables

À la fin du dix-huitième siècle, il y eut en France des excentriques des deux sexes qui se plaisaient à ne pas prononcer la consonne R. On les appelait les Incroyables ["Inc'oyables"] et les Merveilleuses ["Me'veilleuses"]. Cette toquade phonétique dura dix ans et passa de mode.

La fin du vingtième siècle a vu apparaître de nouveaux Incroyables qui se plaisent, eux, à ne pas prononcer le son Ê en fin de mot [comme à la fin de sifflet] et le transforment en son É [comme à la fin de sifflé].

Ces partisans de la transformation du son Ê terminal se comptent aujourd'hui par millions [dont un Président de la République en retraite, connu pour avoir déclaré "je veux laper dans le monde", au lieu de "je veux la paix dans le monde"]. À les entendre, leur langue n'est pas le français mais le francé (sic). Ils sont sourds à la musique des voyelles et nous racontent ce qu'ils faisez (sic) au lieu de ce qu'ils faisaient ; entre la main et l'avant-bras, ils ont des poignées, nous qui pensions avoir là des poignets ; ils connaissent des violonistes qui ont un joli coup d'archer et non d'archet. Et bien sûr, ils boivent un breuvage de leur invention, le "lé", qui a fait disparaître le lait de leur propos sinon de leur alimentation...

Les nouveaux Incroyables n'ont pas encore attaqué le son Ê en début ni en milieu de mot. Ils ne disent pas égle au lieu de aigle ni biére au lieu de bière ou mére au lieu de mère. Leur maniérisme ne s'attaque qu'aux désinences, aux sons finissants, comme la hyène ne s'attaque qu'aux bêtes fragilisées traînant à la queue du troupeau.


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mardi 6 mars 2018

goûtu, gourmand ou savoureux ?

L'adjectif savoureux, au sens propre, est en voie d'extinction dans les médias audiovisuels et la publicité, au bénéfice de goûtu et de gourmand. Deux termes rendus indigestes par leur emploi inadapté.

Est goûtu ce qui a un goût prononcé, éventuellement très déplaisant (comme la désopilante liqueur d'échalote au crapaud de la comédie Les Bronzès font du ski, dans les dialogues de laquelle ce mot fait surface). Est savoureux ce qui a une saveur agréable, voire succulente, ce qui a bon goût, voire très bon goût.

Inventé il y a une trentaine d'années dans le registre drôlatique et familier, l'adjectif goûtu n'a pas sa place dans un commentaire gastronomique châtié. Mais de nombreux professionnels de la langue perdent de vue les notions de registre ou de niveau de langue, et emploient un terme comme goûtu sans aucune conscience de sa trivialité ni de la connotation humoristique qui s'y attache.

Quant à "goûteux" (sic), que l'on trouve parfois aussi dans les médias à la place de savoureux, c'est un terme totalement impropre qui n'existe qu'avec l'orthographe goutteux et qui se rapporte alors à une maladie des articulations, appelée goutte. Rien de bien appétissant ! *

"Ta salade de lentilles est gourmande" : l'Académie française a récemment émis une mise en garde contre l'extension de sens abusive de l'adjectif gourmand appliqué, non pas à des êtres friands d'aliments réjouissants ("Robert est gourmand"), mais à des mets dont la consommation est propre à plaire aux gourmands ("un café gourmand"). Cette inversion de sens pollue la publicité et le commentaire médiatique, notamment dans la bouche des candidats et jurés participant aux émissions de compétitions culinaires. La réprobation de l'Académie à ce propos est légitime car il y a là une confusion diamétrale entre le mangeur et le mangé ; entre le sujet et son complément. Son complément alimentaire, bien sûr...

En résumé : Seul un mangeur peut être gourmand. Un plat est bon, savoureux ou succulent. Un plat n'est pas "gourmand" ; il ne peut qu'exciter la gourmandise humaine. Eliminez donc totalement de vos commentaires culinaires le lancinant "c'est gourmand". Et réservez "c'est goûtu" au registre de la blague ; si vous êtes sérieux, dites plutôt :  ça a du goût, ça a bon goût, ça a beaucoup de goût, c'est savoureux, c'est délicieux, etc. Ou tout simplement c'est (très) bon !

*N'est-ce pas, chère Hélène Darroze, qui avez souvent été détrompée par nos soins et ceux de l'Académie française à propos de votre tristement célèbre "goutteux" ou "goûteux", mais n'en avez cure et persistez à donner à votre public télévisuel une indigestion de ce terme impropre, sans vous inquiéter de propager ainsi la méconnaissance générale de votre propre vocabulaire professionnel ?

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dimanche 4 mars 2018

cas par cas et heure par heure

L'expression "au cas par cas" est une faute de français qui s'est répandue très largement depuis l'an 2000.

Dans notre langue, les choses que l'on examine l'une après l'autre se règlent cas par cas, et non "au cas par cas" (sic). Curieusement, cette faute de construction grammaticale n'affecte pas les autres locutions adverbiales construites sur le même modèle, c'est-à-dire par répétition d'un substantif autour de la préposition par. On entend toujours dire aujourd'hui, comme il convient : "marcher deux par deux", "progresser mètre par mètre", "s'informer heure par heure", "réfuter point par point" [et non "au deux par deux", "au mètre par mètre", "au point par point", "à l'heure par heure"]. Pourquoi ces locutions voisines ne subissent-elles pas la même maltraitance que "cas par cas" ? Pourquoi "au cas par cas" mais pas "à l'heure par heure" ? Ce sont les mystères du panurgisme langagier...

Une fois de plus, les altérations de la langue française contemporaine ne vont pas dans le sens d'une simplification mais d'un "suréquipement" syllabique ou lexical. Ici, il faut quatre mots pour commettre une erreur, au lieu de trois dans la formulation correcte.

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jeudi 1 mars 2018

ce qui se passe ou ce qu'il se passe ?

Que se passe-t-il ? La musique familière de cette question anodine et très correctement formulée semble être à l'origine d'une tendance persistante à déformer la tournure correcte de la réponse, et dire "je ne sais pas ce qu'il se passe" (sic) au lieu de "je ne sais pas ce qui se passe.

Personne, pourtant, ne songe à remplacer "je ne sais pas ce qui me plaît en toi" par "je ne sais pas ce qu'il me plaît en toi".

Le maniement des verbes impersonnels fait appel à une perception instinctive, et cependant subtile, du lien entre la syntaxe et le sens, qui piège même les meilleurs auteurs, il est vrai. Le public, quotidiennement soumis aux approximations linguistiques des orateurs professionnels, peine légitimement à s'y retrouver. Dans le doute, la simplicité est toujours salutaire. Et l'on sera bien inspiré de préférer savoir ce qui se passe, plutôt que ce qu'il se passe, question à laisser aux mauvais interviewers.

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mercredi 28 février 2018

le Cdt n'est pas cordial

En français, les trois lettres Cdt sont l'abréviation du mot Commandant.* Il existe pourtant des correspondants par voie de courriels, nullement titulaires du grade de commandant, qui vous terminent leurs messages par les trois lettres "Cdt".

En réalité, ils ignorent les usages épistolaires de base et entendent par là vous saluer cordialement. Mais ils pourraient aussi bien vous tirer la langue ou vous faire un bras d'honneur. Car si l'on n'est pas cordial au point de prendre la peine d'écrire en toutes lettres une formule de politesse déjà concise à l'extrême (un seul mot !), alors on ne l'est pas du tout.

*Tout en capitales, CDT est le sigle des comités départementaux du tourisme.

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lundi 19 février 2018

Ô sœurs et frères, pas de féminicide, par pitié

Une politicienne française s'est mise en tête de faire entrer dans les nôtres le néologisme "féminicide" (sic). En quoi cela est-il une bien mauvaise idée ?

S'il s'agit du meurtre de la femme en tant qu'épouse, se flatter d'employer le mot "féminicide" est une lourde démonstration d'ignorance qui fait honte à qui s'en gargarise, car le mot pour désigner l'homicide de l'épouse existe déjà depuis des lustres, c'est : UXORICIDE (du latin uxor = femme, épouse).

Qu'il s'agisse d'un assassinat (préméditation) ou d'un meurtre (volonté non préméditée de donner la mort), tuer délibérément son épouse s'appelle en français un uxoricide.

Maintenant, si le néologisme "féminicide" prétend fustiger avec une véhémence et une vindicte particulières les homicides frappant les femmes, en tant qu'humains féminins et non en tant que conjointes, on ne peut que refuser cette autre expression d'ignorance exaltée. Car l'HOMICIDE n'est pas l'acte de donner la mort à un homme (qui exigerait deux M !) mais à un être humain (avec un seul M). Comme son orthographe l'indique, l'homicide (avec un seul M) ne fait pas des victimes hommes mais des victimes humaines ! Qu'elles soient femme, homme ou enfant.

Pour l'homicide d'une fillette par une marâtre ivrogne faut-il inventer le filletticide ?

Pour l'homicide par imprudence d'un jeune homme, commis par un groupe de filles et de garçons le bizutant, avons-nous besoin du jeunhommicide ?

Non. Pas davantage que notre langue n'a besoin de "l'hommicide" (avec deux M) quand la victime serait masculine et du "féminicide" pour les victimes féminines. Car bientôt, il faudrait alors équiper le français d'un mot différent selon que la bonté, la gloire, la guérison, le travail, le rire, la jeunesse soient ceux d'un homme ou d'une femme. Un tel mur de démarcation monté par de fébriles hérauts de la guerre des sexes n'a pas sa place dans la bienveillance de notre langue maternelle (*).

Quant à exprimer par "féminicide" l'idée selon laquelle l'homicide commis sur une femme (qu'elle soit tuée par un homme ou une femme) serait plus terrible que l'homicide commis sur un homme (qu'il soit tué par une femme ou un homme), n'est-ce pas absolument inacceptable ? Si. C'est une insinuation sexiste sordide : "les hommes sont en toute circonstance moins à plaindre que les femmes, et leur mort par homicide n'exige donc pas d'être spécialement dénommée, contrairement à la mort des femmes par homicide.  Les victimes masculines se verront refuser tout mot spécifique pour l'homicide qui les emporte, mais les femmes se verront reconnu le droit à un terme qui permette de les pleurer, elles seules et plus tragiquement, parce que les voir mourir est plus pénible." C'est imbécile. Les humains soucieux d'égalité de condition et portés à la compassion sans distinction de genre ne s'y reconnaissent pas.

Allez, retrouvons la raison. Et notre dictionnaire... Laissons mourir l'ignare "féminicide". Car si tuer son époux n'a pas de nom particulier (**), tuer son épouse en a déjà un : c'est l'uxoricide.

Miss L.F.

(**) NDE : Y a-t-il parmi nos chers abonnés des idiots au dernier degré qui s'offusquent que la langue soit dite maternelle et non paternelle, et qui réclament la parité jusque dans cette formule ancestrale ? (*) NDE : Est-ce équitable, au fait ?

mardi 13 février 2018

support papier : le monstre administratif indécrottabe



Sachant que le papier est par nature un support, il est inapproprié de le préciser dans la formule "sur support papier", comme il serait inapproprié de voyager "en véhicule voiture" ou de réclamer "un récipient verre d'eau" pour se désaltérer.

Cette précision superflue se double ici d'un viol de la grammaire : qualifier un terme à l'aide du mot papier, notre langue ne le permet pas car le mot papier n'est pas un adjectif.

Les choses ne sont pas "papier", elles sont en papier ou sur papier ou de papier

Le français connaît les industries papetières (industries du papier), les cocottes en papier et les corbeilles à papiers, mais ne connaît pas les documents papiers (sic), les versions papier (sic), les annuaires papier (sic), le support papier (sic) ni les objets "papier" d'une manière générale. 
Les formules employant le mot papier comme qualificatif sans l'équiper de la construction grammaticale appropriée - de papier, en papier, sur papier - sont donc des barbarismes à proscrire. 

Exactement pour la même raison que sont à proscrire les maisons bois (sic) et les ossatures bois (sic) au lieu des constructions et ossatures en bois. Correctes en anglais, ces agglutinations sans joint syntaxique sont abusives en français.

Merci aux agents et chefs de service des administrations françaises d'en prendre définitivement note, sur quelque support que ce soit. Grrrr...