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snobisme et sexisme des alumni

Inquiétante, cette prise de distance croissante des grandes écoles et universités de France vis-à-vis de leur propre langue : non, il n'y a ni pertinence ni légitimité à rebaptiser "alumni" les associations d'anciens élèves d'écoles francophones ni leurs anciens élèves eux-mêmes.

Le pluriel du mot latin alumnus (signifiant élève, au masculin) n'est évidemment pas arrivé chez nous par le latin, mais par imitation servile d'un emprunt déjà très ancien des étudiants nord-américains au latin. Notre ré-emprunt est nettement digne des moutons de Panurge, comme en atteste sa propagation aussi soudaine et fulgurante que tardive : les moutons ont le réflexe vif mais l'esprit lent.

Nous ferions mieux d'imiter les universités des USA pour leurs extraordinaires fanfares de plusieurs centaines de musiciens. Ces formations artistiques et ludiques persistent à briller par leur absence dans nos universités, où l'apprentissage d'un instrument de musique ne fait plus le poids dans la journée d'un étudiant - non plus que dans l'esprit d'un président d'université, manifestement - face aux joies du pianotage à deux pouces sur un téléphone portable...

Pour en revenir aux alumni, il est étonnant que les institutions de l'enseignement supérieur ne se soient pas émues de l'adoption de ce masculin pluriel nettement genré, puisque le latin comprend aussi le féminin pluriel alumnae et le neutre pluriel alumna. C'est donc bien le masculin mâle qui a été adopté, et non le neutre pluriel plus approprié pour des ensembles mixtes.

À défaut de s'émouvoir de cette nouvelle étape d'américanisation de notre culture estudiantine par l'invasion des alumni directement importés d'outre-Atlantique sans passer par Rome, les étudiantes elles-mêmes eussent pu s'émouvoir de la prédominance masculine qui s'y attache, peu compatible avec les efforts sincères de la société pour éradiquer les marques d'infériorisation d'un sexe par un autre. Encore eut-il fallu qu'elles sussent distinguer le masculin pluriel d'une langue morte, et qu'elles ne fussent pas éblouies par le miroir aux alouettes de l'exotisme américanisant qui étincelle dans ce suivisme cuistre.

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Commentaires

Anonyme a dit…
Critique très pertinente et bien venue du mot "alumni", entendu encore à la dernière proclamation de diplômes de Normale sup rue d'Ulm (2025). C'est en effet une sorte de protubérance latine du franglais.
Pourtant l'argument suivant est problématique: « Pour en revenir aux alumni, il est étonnant que les institutions de l'enseignement supérieur ne se soient pas émues de l'adoption de ce masculin pluriel nettement genré, puisque le latin comprend aussi le féminin pluriel alumnae et le neutre pluriel alumna. C'est donc bien le masculin mâle qui a été adopté, et non le neutre pluriel plus approprié pour des ensembles mixtes. »
Car en latin "alumna", "alumni" et "alumnæ" ne sont pas sur le même plan. "Alumna" est un neutre pluriel; "alumni" ajoute une spécification (dite du "masculin") impliquant par exemple accord avec un mot masculin ou que le référent animé (ou quelque chose de ce genre); puis "alumnæ" ajoute à la précédente une sur-spécification impliquant accord avec un mot dit "féminine" ou que le référent (animé) est femelle. Donc à l'intérieur du couple "alumni-alumnæ" le 1er terme est bien relativement neutre - pour le sexe par exemple -, alors que le neutre absolu pluriel "alumna" retirerait même la spécification d'animé. Et "alumni" n'est pas PLUS genré que "diplômé" (vs "diplômée") en français.
Miss LF a dit…
Merci pour cette précision. Nous allons l’ajouter en note de bas de page. Nous avions choisi ce nous en tenir à la maîtrise des déclinaisons de classe de 6e, dépeint par la Rosa de Brel… Mais votre remarque est importante pour approfondir le sujet. Merci.
Miss LF a dit…
Merci pour cette précision. Nous allons l’ajouter en note de bas de page. Nous avions choisi ce nous en tenir à la maîtrise des déclinaisons de classe de 6e, dépeint par la Rosa de Brel… Mais votre remarque est importante pour approfondir le sujet. Merci.

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