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comment dire non

Non est notre adverbe de négation. Sa prononciation est bien connue : non, c'est "non" !

Pourtant, cette sonorité est déformée par de nombreux professionnels francophones de la parole qui croient devoir dissocier les deux lettres O+N de non dans certaines circonstances. C'est l'erreur que l'on entend par exemple dans la lecture de "non identifié" ou "non européenne" lorsque ces expressions sont prononcées "nonne européenne" et "nonne identifiée".

Quels que soient nos accents nationaux ou régionaux (qui sont ici une considération hors-sujet comme nous allons le voir plus loin), la seule prononciation correcte de non identifié ou non européenne est celle qui ne modifie pas le moins du monde la prononciation du phonème traduit par les lettres O+N dans non, tout en respectant la liaison obligatoire du N devant un mot commençant par une voyelle.

La prononciation sans faute est donc celle que l'on peut transcrire ainsi : "non n-identifié", "non n-inscrit", "non n-élucidé", "non n-européenne", etc.

Car il n'y a pas de traitement phonétique variable à réserver à l'adverbe invariable non. C'est aussi simple que ça : dans non conflictuel comme dans non intentionnel, c'est toujours le son -on de l'adverbe non que l'on doit entendre, jamais sa déformation en une syllabe composite NO+N.


EXPLICATION

Pourquoi ne faut-il jamais prononcer l'adverbe de négation non comme le mot nonne, même devant un mot commençant par une voyelle ?

Pourquoi ne s'agit-il pas d'une scandaleuse restriction de la liberté fondamentale de parler comme on veut mais de la simple nécessité d'éviter une confusion sonore objective, considérée à juste titre comme fautive par l'Académie française ?

Parce que, dans l'adverbe non comme dans frisson ou dans Lyon, les deux lettres O+N = ON n'ont plus d'existence sonore indépendante. Il faut oublier ce que chacune représente isolément.

Elles ne doivent évidemment pas être comprises phonétiquement comme la succession du son voyelle O et du son consonne N, mais comme une unité sonore fondamentale, un phonème, qui s'orthographie ON par convention graphique, mais que l'on pourrait aussi bien écrire ɔ̃.

Chacun sait bien [mais certains professionnels ont fini par l'oublier, d'où notre présent rappel] que pour articuler le son nasal ɔ̃ qui forme la rime de notre non et de notre nation, il faut faire abstraction de son écriture O+N héritée du latin, sous peine de répondre "nonne merci" au lieu de "non merci" !

Il en va de même pour le son voyelle ou de "flou" et de "oui mon chéri", écrit O+U bien qu'il ne soit pas à prononcer comme la succession d'un son O et d'un son U mais comme un phonème unique traduit par les deux signes ou dans notre convention graphique française, faute de mieux.

On se convaincra qu'il s'agit d'une pure convention orthographique visant à pallier l'absence d'une lettre spéciale pour le son ou en remarquant que, contrairement à nous, les anglophones n'ont jamais tranché entre de multiples conventions graphiques pour ce même phonème, l'écrivant tantôt OO ("food"), tantôt U ("flu", "rude"), tantôt UE ("true", "Sue", "blues") et tantôt OU ("you").


OBJECTION

Mais revenons à la prononciation de notre non si français pour nous faire l'objection suivante.

S'il est vrai - et ce l'est - que l'on ne doit en aucun cas transformer sa prononciation dans "non identifié" en "nonne identifié", pour ne pas dénaturer sa nasale ɔ̃, pourquoi bon+homme devient il un bon homme  (prononcé comme un bonhomme et non "un bon n-homme"), et pourquoi bon+ami se prononce-t-il correctement "bo n-ami" ?

Parce que notre langue n'est pas dépourvue d'exceptions et qu'il s'agit, en l'occurrence, d'un vestige de la diction latine réservé à l'adjectif bon.

Mais pour le reste, la règle du français moderne, c'est que la nasale ɔ̃ (alias ON) est une unité phonétique insécable et qu'elle ne se "féminise" pas sous la forme en -onne devant une voyelle. L'exception affectant l'adjectif bon ne s'applique ni à l'adverbe non ni aux pronoms possessifs se terminant par -on (mon, ton, son) ni à aucun nom commun se terminant par -on.

La règle du français moderne, c'est donc que mon ami n'est pas "monne ami" mais bien "mon n-ami". Et qu'une telle erreur d'articulation est non admise, elle n'est pas nonne admise...


ACCENTS RÉGIONAUX OU NATIONAUX

Quelle que soit la manière dont vous prononcez "non" isolément - que ce soit "nan" comme l'enfant boudeur ou "non" comme dans les "non merci" les plus courtois -  la seule prononciation correcte de l'adverbe non suivi d'un mot débutant par un son voyelle (non autorisé, non élucidé) sera celle qui ne modifie pas le moins du monde votre prononciation de cette syllabe transcrite par les lettres O+N,  tout en respectant la liaison obligatoire du N devant un mot commençant par une voyelle.


CONCLUSION

Dès lors, un chiffre de mortalité en temps de pandémie n'est pas à nous annoncer comme "nonne officiel" mais comme officieux (c'est le mot juste) ou à la rigueur comme non officiel - à condition de prononcer correctement : "non n'officiel".

La diction intelligible est une des belle dimensions de toute langue.

En cela, la démonstration qui vient d'être faite de l'invariabilité phonétique de la négation non n'est pas une "instructionne impérieuse" ni une "obligationne insupportable", juste une explication aimable que la raison entend et que le zèle des orateurs de métier n'oublie plus.

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