Accéder au contenu principal

ville durable

"Perpettes-la-Grande, ville durable" (comprenez : "ville écologique"). On lit et entend de plus en plus souvent ce genre de  proclamation municipale inepte, dont les variantes sont : "une politique durable au service du bien-vivre à Perpettes-le-Roi" ou "jardinage durable : préservons le patrimoine naturel Perpettois".

Pourtant, en français non jargonnant, non médiatique, non xyloglotte (qui parle la langue de bois), en français sain de corps et d'esprit, l'adjectif "durable" n'a qu'un seul sens : qui dure.

Non, l'adjectif "durable" n'est pas à lui seul synonyme de "respectueux de l'environnement". Non, "durable" ne signifie pas "écologique".

Oui, l'expression "développement durable" - maladroitement traduite de l'anglais sustainable development, qui signifie exactement croissance soutenable, par opposition à saccage insoutenable -  est bien la terminologie employée, depuis une petite décennie, pour désigner avec beaucoup de préciosité tout ce qui a trait à la protection de l'environnement et aux politiques censées préserver la nature. Mais il n'en résulte pas que l'adjectif "durable" exprime autre chose qu'une certaine persistance dans le temps.

Affecter à un adjectif les vertus d'un des substantifs qu'il qualifie couramment, voilà l'une des plus grandes bévues sémantiques qui soient. L'adjectif "blanc" n'est pas synonyme de "breuvage viticole" du seul fait qu'il qualifie le vin blanc !  Pourquoi, sinon par perte de discernement sous les coups du discours médiatique et technocratique, devrions-nous considérer soudain que l'adjectif "durable" est devenu synonyme de respect de l'environnement ? Certes, nous disons volontiers d'une voix naturelle en binant nos terres : "vive le développement durable !" Mais, non, cela de fait pas du mot "durable" un adjectif synonyme d'amour de la terre et de la nature ! Pas davantage le fait que nous disions volontiers, en levant nos verres, "à la tienne, Étienne !" ne fait de l'adjectif "tienne" un mot qualifiant tout ce qui enivre ou tout ce ce qui se boit de bon cœur, ni même tout ce qui appartient à Étienne.

Il est étonnant de devoir ferrailler avec les moutons de Panurge du discours ambiant (conseillers ministériels en tête, rédacteurs de Wikipédia en queue) pour s'efforcer de faire entendre cette vérité première.

POUR ACCEDER A LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

Commentaires

Articles les plus lus cette semaine

à très vite ou à très bientôt ?

Évidemment, seuls " à bientôt " et " à très bientôt " sont corrects, tandis que " à très vite " est un monstre grammatical dont la présence étonne dans la bouche et sous la plume de personnes qui ne sont ni ennemies de la logique ni esclaves des bourdes en vogue. En effet, la préposition à ne peut introduire ici que l'annonce d'un moment dans le temps. Or, " très vite " n'est pas une indication de temps mais de manière. On ne peut donc pas faire précéder " très vite " d'une préposition introduisant une indication de moment dans le temps, comme à demain , à jeudi , à plus tard , à dans deux mois ou à bientôt . De fait, personne ne dit " à vite !" au lieu de " à bientôt !", comme si seul le petit mot très avait permis la propagation du barbarisme " à très vite " en empêchant la transmission de sens entre la préposition à et l’adverbe vite , nous déconnectant ainsi de l’instinct gram...

similitudes et similarité

Le fait de présenter plusieurs aspects similaires sans être totalement identique se dit comment en anglais ? Similarities (pluriel de similarity) . You are right. Et comment cela s'appelle-t-il en français ? Des similarités ? Non : des  similitudes , ou même une  similitude . La Mission linguistique francophone relève une mise en péril de l'avenir du mot similitude par la mauvaise traduction généralisée de similarity et de son pluriel similarities . Les professionnels concernés (traducteurs, journalistes, pédagogues friands de publications scientifiques en anglais) sont invités à ne pas confondre le français et l'anglais, ni se tromper de désinence. Et donc, à se méfier presque autant du piège tendu aux similitudes par les "similarités", que du piège tendu à la bravoure par la "bravitude"... En français, on emploiera le singulier " la similitude " pour traduire l'idée d'une complète analogie (" la similitude de leurs deux t...

malaisant

Ce qui produit une gêne est gênant, donc ce qui produit un malaise peut bien être malaisant. Faux. Car le verbe gêner existe, pas le verbe malaiser . Cet article est court car il n'y a rien de plus à dire : "malaisant" est un néologisme inepte donc irrecevable. Et l'Académie française le confirme . Honte à la chaîne culturelle Arte et la société de production  Apache Films d'en avoir fait le titre d'une série, pour racoler un public vulnérable aux bourdes langagières ambiantes. POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL DU SITE DE LA MISSION LINGUISTIQUE FRANCOPHONE, CLIQUEZ ICI

d'accord OK ça marche (y'a pas d'souci)

Une nette dévalorisation du mot OUI , voilà la note singulière sur laquelle l'année 2009 s'est achevée en Europe francophone. La Mission linguistique francophone a constaté le succès fulgurant d'une nouvelle manière d'acquiescer : il s'agit de répondre que " ça marche ". Dans des contextes où notre langue emploie d'ordinaire les multiséculaires " oui ", "entendu " ou " d'accord ", la tendance est à répondre maintenant " ça marche ". Cet usage semble issu des métiers de la restauration. "- Une choucroute et deux truites aux amandes !" lançait le serveur ; "- Ça marche !" lui répondait-on en cuisine. Cette vogue n'éclipse pas le très international " OK ", mais s'y joint plutôt. Le couple " OK ça marche " est particulièrement prisé. Fin 2009, plus d'un locuteur sur neuf avait même pris le pli de remplacer " oui ", " entendu " ou "...

peut-on coconstruire ?

Néologisme inutile à souhait, le verbe coconstruire signifie simplement construire . Ou éventuellement construire ensemble , si l'on aime les périssologies [précisions redondantes]. Car dans con struire, le préfixe con- signifie déjà ensemble ! Mais surtout, parce que le contexte indique toujours que la prétendue " coconstruction " se fera à plusieurs : dans " nous allons coconstruire ", le sujet pluriel est déjà là pour exprimer la communauté d'action. Et dans "je vais coconstruire", on voit que l'énoncé est absurde (construire ensemble mais seul ?), ou bien qu'il manque le complément précisant avec qui je vais construire. Or, "je vais coconstruire une maison avec mes cousins" serait un pléonasme, qu'on s'évitera en disant tout simplement " je vais construire une maison avec mes cousin s". La réponse est donc : non, on ne peut pas "coconstruire" sans commettre une maladresse de langage. Ma...

bon déroulement et mauvais déroulé

La Mission linguistique francophone et l' Académie française unissent leurs efforts pour rappeler d'une même voix qu'une action se déroule selon son déroulement et non selon son " déroulé " (sic) - contrairement à ce que l'on lit depuis peu d'années sous la plume de rédacteurs professionnels adeptes de l'approximation. Faute que l'on entend par contagion dans la bouche des francophones que la répétition des erreurs de langage nouvelles attirent irrésistiblement, par la seule vertu de leur nouveauté. Pour ces francophones-là, que nous avons sondés, le bon déroulement est un mot éculé qui manque de dynamisme. Selon eux, le " déroulé " (sic) d'une cérémonie, c'est plus actif [*]. De toute façon - tranchent-ils - on est libre de dire ce qu'on veut quand même, non ? Ce dévoiement (et non ce dévoyé ) de la notion de liberté ne suscite ni le "consternement" ni le "consterné", mais bien la consternation . ...

l'aphone éthique radiophonique : à quoi bon savoir prononcer ?

N'y a-t-il pas de différences subtiles à faire entendre dans les médias parlés entre voyelles voisines, mais distinctes donc porteuses de significations précises ? Si. • poignet ou  poignée • épais ou  épée • archet ou  archer • râblé  ou  Rabelais • incarné ou un carnet • vous irez ou vous iraient • entrait ou  entrée • défaite ou des fêtes • côte ou  cote ou cotte • hotte ou  haute  ou  hôte • pas mâle ou  pas mal ou pas malle • de moi ou  deux mois • cela ou  ceux-là ?  Ou encore : • telle est faune  ou  téléphone ? La justesse phonétique n'est pas la marotte d'auditeurs râleurs mais la compétence première d'un journaliste ou animateur de radio. C'est même son devoir s'il œuvre dans le service public. Voilà pourquoi on attend légitimement d'un journaliste de la presse parlée spécialiste de la Pologne s'exprimant sur France Info et France Inter, qu'il sache parler en français de la ...

passer à la caisse

En France et en Suisse, vous entendez ceci : " le magasin va bientôt fermer, veuillez vous rendre en caisse ". N'en faites rien. Car seuls les billets de banque et les pièces de monnaie sont susceptibles d'aller " en caisse " ; ils y sont d'ailleurs encaissés . Mais les humains, eux, se rendent  à la caisse . De même qu'ils vont au comptoir, au bar, au rayon boucherie , aux toilettes, au jardin, au garage, au vestiaire ou à l'infirmerie.   Avec beaucoup de mauvaise foi ou quelque manque de clairvoyance, un webmestre s'exprimant au nom d'une haute institution académique française a pris l'initiative personnelle de répondre qu'il n'y avait rien à redire à l'injonction de "passer en caisse", invoquant l'expression "se marier en l'église Saint-Louis". Or, il s'agit là d'un rapprochement doublement spécieux, car : • primo : il se réfère au parler médiéval ecclésiastique ...

long terme, moyen terme, court terme

Terme est ici à comprendre au sens d' échéance, au sens de fin , comme dans le verbe terminer et le mot latin devenu français terminus. Pourquoi ne faut-il jamais dire " sur le long terme " ni " sur le court terme " ? En quoi est-ce une faute indéniable, doublée d'une inutile complication ? Parce que toute langue a besoin de cohérence pour sa vitalité. Or, dans notre langue, les chose se font à terme , et non sur terme : un enfant naît à terme , un loyer se paie à terme , un train arrive au terminus , etc.  Un enfant ne naît pas "sur terme", et encore moins "sur le terme". " Sur terme " est donc faux, et " sur le terme " l'est plus encore. Que le terme soit long, moyen ou court, ni " sur " ni " sur le " ne peuvent le précéder. Pour cette raison, on dira donc exclusivement " à long terme, à moyen terme, à court terme ", et on se désintoxiquera de l'incohérent " s...

le running et les runneurs

C'est quoi, le running ? Le "running", comme son nom l'indique aux anglophones, c'est l'acte de courir, c'est la course à pied . Mais la course à pied à l'usage exclusif des amateurs de termes anglais permettant de dire en moins clair ce qui se dit très bien en français, histoire de se la péter un max. C'est quoi, un runneur ? Dans l'hôtellerie, c'est un garçon de salle ("Hep ! Garçon !") ou une fille de salle , employé dont la mission consiste à courir à droite et à gauche pour se rendre utile au reste du personnel de service, maître d'hôtel compris. Ici, il ne s'agit pas seulement de se la péter en parlant un peu anglais mais sans perde complètement contact avec le français (on écrit runneur et non runner ), il s'agit aussi d'en finir avec l'infantilisation désobligeante du garçon ou de la fille de salle. Indulgence, donc, pour ce néologisme de métier. Mais c'est quoi au juste un runner, que l...