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veaux-l'ail (et autres chimères phonétiques)

Au journal télévisé de France 2*, une bonne nouvelle économique nous est annoncée : tel grand groupe rachète telle usine en faillite, sauvant ainsi deux cents emplois. Hélas, cette bonne nouvelle s'accompagne d'une autre, désastreuse : la journaliste qui relate cette information est payée pour massacrer la langue française aux heures de grande écoute et sans vergogne. Dans sa bouche, en effet, les volailles conditionnées dans cette usine deviennent des veaux-l'ail (sic). Et nul ne la corrige.

La presse écrite, parce qu'elle est lue, traque sans merci les fautes d'orthographe dans ses articles. D'où vient que la presse parlée, alors qu'elle est écoutée, ne traque pas sans merci les fautes de prononciation de ses journalistes ?

La Mission linguistique francophone rappelle charitablement aux rédacteurs en chef, journalistes et présentateurs de tous les médias parlés que le mot volaille est dépourvu d'accent circonflexe. Et que les orateurs professionnels ne sont donc pas libres de prononcer le o de volaille comme s'il s'agissait d'un ô. Car ce faisant, ils affichent leur ignorance crasse de leur propre langue et leur mépris de sa cohérence interne. Une volaille, c'est un animal que vole. D'où son nom et d'où sa prononciation. Or, la même journaliste qui prononce [vôlaille] au lieu de volaille ne prononce pas [en plein vôl] au lieu de en plein vol. Elle semble donc sourde et aveugle à la cohérence sémantique et aux liens phonétiques logiques qui constituent l'une des composantes de toute langue. Sa place dans la presse parlée semble, dès lors, usurpée.

* France 2 est la principale chaîne de la télévision publique en France ; cet article publié en mai 2015 est remis sur le dessus de la pile, la situation n'ayant pas du tout évolué favorablement.

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