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loin s'en faut

Très prisée de certains orateurs politiques et commentateurs médiatiques, l'expression "loin s'en faut" (sic) est une contorsion vide de sens, qui résulte de l'hybridation difforme de deux ou trois expressions, toutes parfaitement correctes quand on ne les mélange pas : loin de là et il s'en faut de beaucoup ou il s'en faut de peu, avec un zeste de loin de moi cette idée.

On s'étonne que des êtres doués de raison, et ayant pour mission ou pour ambition de régler le fonctionnement de la vie sociale, s'égarent à ce point dans l'absurde et soient à ce point privés de la capacité de s'assurer qu'une formule dont ils se gargarisent possède bien une queue et une tête. Car vraiment,  c'est quoi Monsieur le Sénateur un loin qui s'en faut ? Vous pouvez nous en faire l'analyse grammaticale ? Certes non.

Vous qui ne pérorez pas dans les médias, n'allez pas non plus imaginer que "loin s'en faut" vous fera paraître meilleur orateur que les adeptes de l'irréprochable "loin de là", car ce sera tout le contraire : vous passerez juste pour une grenouille occupée à tenter de se faire plus grosse qu'un bœuf.

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Commentaires

Anonyme a dit…
Bonjour, j'ai une question:
"tant s'en faut" comme synonyme de "loin de là" est de bon usage?
Merci beaucoup
Miss LF a dit…
Intéressante question.
Il est probable que "Loin s'en faut" soit né de la gêne qu'éprouvaient certaines personnes à dire "Tant s'en faut", et qui l'ont amalgamé avec "Loin de là". Mais "Tant s'en faut" est tellement archaïque et précieux que l'employer revient à se présenter comme pédant ("moi, je parle le français d'avant la Renaissance !") et précieux... ou comme suiviste, qui le répète parce qu'il l'entend. C'est un peu le même cas que "il faut raison garder". On ne sait pourquoi cet archaïsme a soudain repris vie chez les politiciens, autour de l'an 2000, mais il est déjà parfaitement ridicule de continuer à l'employer. Pour ce qui est du vieux français "Tant s'en faut", cela signifie "Il s'en faut de tant". Mais on dit plutôt depuis des siècles, en bon français non pédant ni précieux : "Il s'en faut de beaucoup". Bref, "Tant s'en faut" n'est pas absurde comme l'est "Loin s'en faut" - qui n'a aucun sens, mot pour mot. mais c'est d'une préciosité qui ne peut convenir qu'à l'auto-dérision : je sais que c'est archaïque, mais à cet instant précis, je m'amuse à me montrer archaïque.
D'accord, pas d'accord ? Miss L.F.
Anonyme a dit…
Merci de votre réponse rapide!
Je parle relativement bien le français mais ce n'est pas ma langue maternelle, et j'ai appris l'expression "tant s'en faut" parce qu'un logiciel de correction me le proposait à la place de "loin s'en faut". Je lui trouvais un charme désuet qui me plaisait bien, mais ne l'ayant jamais entendue dans le langage courant, je ne savais pas quoi en faire.
J'hasarde une explication pour la renaissance de "il faut raison garder": ça vous donne un air de hibou sage, prof bienveillant* devant les petits, les sans grade, ils doivent avoir l'impression que ça passera mieux que "il faut être raisonnable".
*Je n'ai pas eu le temps d'explorer votre site, vous en avez peut-être déjà parlé, et dans ce cas, excusez-moi, mais est-ce qu'on met "bienveillant" et "bienveillance" à toutes les sauces parce que "gentil" et "gentillesse" sont devenus presque péjoratif à force d'être utilisés comme euphémismes de "gentillet" "fade" ou autres mots moins polis?
Merci encore!
Gema

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