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fraude et crime

Dans le cadre d'une bataile judiciaire entre un très célèbre acteur américain et son ex-épouse, la presse mondaine (alias presse people) nous informe que le mari a enregistré sa femme en train d'admettre que c'était elle qui le frappait et non l'inverse comme elle s'en était plainte à la justice. On entend l'épouse demander à son mari, qui l'enregistre à son insu, d'admettre qu'elle ne lui faisait pas grand mal et parier que de toute façon il n'oserait jamais aller se ridiculiser à claironner : "moi, le Pirate des Caraïbes, je suis battu par une femme de 52 kg".

Les agences de presse francophones diffusent un communiqué à ce propos et le traduisent au pifomètre, comme souvent, en s'y laissant piéger par chacun des faux amis qui leur tombe sous les yeux : l'utilisation de cet enregistrement effectué à l'insu de la jeune femme, traduisent-elles, "est une fraude et un crime". 


• Faux ami number one : CRIME

En droit français et dans la totalité des pays francophones sauf erreur, l'utlisation d'un enregistrement sans le consentement de la personne enregistrée n'est pas un crime mais un délit. L'anglais ne fait pas de distinction et utilise son mot crime pour désigner un triple infanticide comme un accès de tapage nocturne.

• Faux ami number two : FRAUD

L'enregistrement n'a pas été passé en fraude ni obtenu en fraudant une institution (le fisc, l'université, etc), ce n'est pas ce que lui reproche l'avocat adverse, mais d'avoir été obtenu frauduleusement, d'être une escroquerie, une tromperie, une malhonnêteté, ce qui se dit fraud en anglais. Certes, l'acte d'obtenir quelque chose frauduleusement est ce qui définit une fraude ; mais aussi une tricherie, un dol, une tromperie, une escroquerie, un abus de confiance, une imposture, une usurpation, une captation d'héritage et même un vol. Les synonymes sont nombreux et précis. Or, il se trouve que nous attachons culturellement autant que juridiquement à la notion de fraude une idée de tricherie envers les règles d'une institution et non de coup bas porté à son conjoint en enregistrant sa sincérité pour la retourner contre elle ou lui.

Tout journaliste doit avoir instinctivemet ces finesses de sens à l'esprit et tiquer lorsqu'il écrit qu'un mari fraude sa femme et commet un crime en diffusant des confessions intimes qui le disculpent. Tout professionnel de la traduction doit se défier de la séduction trompeuse (et non frauduleuse) des faux amis.

Subsidiairement, comme disent les juristes, il se trouve que les propos mêmes de la personne enregistrée évoquent, selon elle et son avocat, non pas une fraude mais une escroquerie intellectuelle, une malhonnêteté intellectuelle : comment un homme digne de ce nom peut-il se plaindre d'être victime de maltraitance conjugale alors que celle qui le frappe et vise son visage d'acteur ne pèse que 52 kilogrammes ? En effet, on se demande pourquoi il n'a pas l'amour-propre de se laisser plutôt traiter publiquement de mari violent...

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