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compter de zéro à sans


Sans aucun doute, "zéro doutes" et "zéro défauts" ne sont pas sans défaut.

Au gré d'un infantilisme langagier indéniable, le marketing a un jour remplacé la préposition "sans" par le nombre "zéro". Pour vendre, par exemple, du "Coca-Cola zéro sucres". Avec un S de pluriel fautif à "sucres", comme si zéro était un nombre supérieur ou égal à 2, quantité minimale exigée pour un pluriel.

Ou plutôt, comme si zéro devenait la nouvelle préposition exprimant l'absence, en lieu et place de sans. Or, contrairement au chiffre zéro, l'irremplaçable terme sans est seul apte à être suivi d'un pluriel. En effet, la notion d'absence qu'il exprime ne coïncide pas forcément avec un singulier.

Prenons cet exemple : "sans enfant" ou "sans enfants" ? Réponse : les deux. Car un couple sans enfant demandera à ses amis de venir sans enfants.

Ce couple n'a pas d'enfant, pas un seul enfant, d'où le singulier. Les couples invités, au contraire, ont des enfants mais il leur est demandé de venir "sans eux" (qui est bien un pluriel), sans leurs enfants, sans enfants.

La préposition "sans" est ainsi le seul mot approprié en français pour marquer aussi bien l'absence singulière [sans carbone, sans moi, sans argent, sans encombre] que l'absence de ce qui ne s'exprime ordinairement qu'au pluriel [sans obsèques, sans représailles, sans pertes humaines, sans ambages, etc].

Inversement, si on s'obstine à employer zéro comme marque d'absence, le pluriel sera toujours fautif ; car zéro commande le singulier, sans aucune exception arithmétique ni orthographique. Dès lors, un élu s'engageant par écrit à créer une ville ou un quartier "zéro chômeurs" (*) fait surtout de cette belle promesse un contre-exemple pédagogique.


Il en va de même pour les jargons "zéro défaut", "zéro sucre", "zéro enfant" qu'il est toujours fautif d'écrire au pluriel, car les adjectifs numéraux 1 et 0 sont par définition incompatibles avec un pluriel.

Quant à la rengaine tautologique "le risque zéro n'existe pas", on l'exprimera elle aussi moins niaisement à l'aide de la préposition "sans" : "rien n'est sans risque".

Bref, il est grand temps d'effacer de nos esprits cet infantilisant ZÉRO et de redonner son éclat à la préposition SANS.

(*) NDA : le logo officiel ci-dessus qui ne comporte pas cette faute d'accord, commise dans un communiqué officiel du maire du 18e arr. de Paris et quelques autres, emportés par l'enthousiasme d'éradiquer TOUS les chômeurs (de longue durée). Soulignons que le choix du singulier n'est pas judicieux. Car ce sont en effet les chômeurs, en leur grand nombre, qui ces "territoires" aspirent à voir libérés de cette condition angoissante. En français non jargonnant ni infantilisant et sans erreur de raisonnement ni impropriété de terme : Territoires sans chômeurs de longue durée.

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